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Discours préliminaire du Nouveau Dictionnaire de la langue française
L’UN DES PLUS GRANDS TEXTES SUR LA LANGUE FRANÇAISE ÉCRIT PAR QUELQU’UN QUE CHATEAUBRIAND N’AIMAIT PAS.
“CE QUI N’EST PAS CLAIR N’EST PAS FRANÇAIS” (RIVAROL).
EXEMPLAIRE SUR GRAND PAPIER, DE LA COLLECTION STROGANOV
[avec, relié à la suite :] De l’Universalité de la langue française. Sujet proposé par l’Académie de Berlin en 1783. Hambourg, P. F. Fauche et Comp., 1797. Deuxième édition
ÉDITION ORIGINALE du Discours préliminaire
2 ouvrages en un vol. in-4 (263 x 203 mm)
COLLATION : (1) : π2 I-III4 IV2 V4 1-304 : (3) ff., XXXIV pp., (1) f., 240 pp. ; (2) : π1 1-84 : (1) f., 62 pp., (1) f.
CONTENU : (1) : π1r : faux-titre, π2r : titre, I1r : avertissement, I4r : prospectus, IV2r : table des matières, V4r : errata, 1.1r : texte ; (2) : π1r : titre, 1.1r : texte, 6.3r : notes, 8.4r : jugement
TIRAGE : un des quelques exemplaires sur papier Whatman filigrané “1794 J. Whatman”
PIÈCE JOINTE : Avis des éditeurs, 2 pp. in-4 sur le même papier Whatman, relié entre le titre et l’avertissement. Ce feuillet, qui manque souvent, non signalé par les bibliographies, donne des détails sur l’ouvrage, sa publication et la loterie prévue à cette occasion
RELIURE DE L’ÉPOQUE. Maroquin rouge, décor géométrique doré, dos long orné avec titre apparent, gardes marbrées, tranches dorées
PROVENANCE : Bibliothèque impériale sibérienne de l’université de Tomsk, ancienne collection Grigori Alexandrovitch Stroganov (cachet humide) -- Marc Girardin, dit Saint-Marc Girardin (1801-1873 ; ex-libris à la devise “Sursum”) -- Patrice Salin (1825-1899 ; ex-libris à la devise “Tel je suis prends moi”)
Antoine de Rivarol (1754-1801), fils d’un aubergiste italien, avait attaqué les chefs de la Révolution française en 1790 dans son fameux Petit Dictionnaire des grands hommes. Il avait dû émigrer dès 1792 en Angleterre pour fuir les persécutions. Il vécut à Hambourg entre 1795 et 1800 et mourut à Berlin l’année suivante. Cette "première partie" du Discours fut en fait la seule partie parue du dictionnaire : le reste ne fut jamais publié. Deux éditions du Discours préliminaire ont paru dans le même temps, cette dernière, et une autre à Paris, chez Cocheris. Le Discours préliminaire constitue une vibrante apologie de la langue française. Il est suivi du fameux mémoire sur l'Universalité de la langue française, paru pour la première fois en 1784. On connaît le récit des Mémoires d’outre-tombe sur la fameuse rencontre avec Rivarol à Bruxelles :
"Je fus invité à dîner avec mon frère chez le baron de Breteuil ; j’y rencontrai la baronne de Montmorency, alors jeune et belle, et qui meurt en ce moment ; des évêques martyrs, à soutane de moire et à croix d’or ; de jeunes magistrats transformés en colonels hongrois, et Rivarol que je n’ai vu que cette unique fois dans ma vie. On ne l’avait point nommé ; je fus frappé du langage d’un homme qui pérorait seul et se faisait écouter avec quelque droit comme un oracle. L’esprit de Rivarol nuisait à son talent, sa parole à sa plume. Il disait, à propos des révolutions : « Le premier coup porte sur le Dieu, le second ne frappe plus qu’un marbre insensible. » J’avais repris l’habit d’un mesquin sous-lieutenant-d’infanterie ; je devais partir en sortant du dîner et mon havresac était derrière la porte. J’étais encore bronzé par le soleil d’Amérique et l’air de la mer ; je portais les cheveux plats et noirs. Ma figure et mon silence gênaient Rivarol ; le baron de Breteuil, s’apercevant de sa curiosité inquiète, le satisfit : « D’où vient votre frère le chevalier ? » dit-il à mon frère. Je répondis : «De Niagara.» Rivarol s’écria : « De la cataracte ! » Je me tus. Il hasarda un commencement de question : «Monsieur va... ? — Où l’on se bat», interrompis-je. On se leva de table".
Cet exemplaire a appartenu à Grigori Stroganov (1770-1857), grand mécène russe, dont la majeure partie de la bibliothèque fut envoyée à Tomsk en Sibérie à la requête du tsar. Elle fut par la suite dispersée aux enchères dans les fameuses ventes organisées par les Soviets dans les années 1920. Marc Girardin, dit Saint-Marc Girardin (1801-1873), fut maître des requêtes au Conseil d'État après la Révolution de Juillet. Il fut nommé ministre de l’Instruction publique dans le gouvernement envisagé en février 1848 pour remplacer celui de François Guizot, mais la chute de Louis-Philippe entraîna son retrait de la vie politique. Il était l’un des principaux rédacteurs du Journal des Débats et collaborait également à la Revue des Deux Mondes. Il fut élu à l’Académie française en 1844.
J.-C. Brunet, Manuel du libraire, V, col. 1319 -- A. Tchemerzine, Bibliographie des éditions originales et rares d'auteurs français, V, p.409 a, 403 b -- En Français dans le texte, 177