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Essai historique, politique et moral, sur les Révolutions anciennes et modernes
"CHATEAUBRIAND EN 1797” : COMME L’ÉCRIT LA PIÈCE DE TITRE DE CE VOLUME.
LE PREMIER LIVRE DE CHATEAUBRIAND ET “LE PREMIER INCUNABLE D’UNE POÉTIQUE DE DÉRACINÉS” (MARC FUMAROLI). SA RARETÉ EST RAPPELÉE DANS LES ÉTUDES SUCCESSIVES QUI LUI SONT CONSACRÉES DEPUIS PLUS D’UN SIÈCLE.
EXEMPLAIRE DES PRINCE D'ARENBERG (EX-LIBRIS) EN RELIURE DE L'ÉPOQUE, ET DONC TRÈS CERTAINEMENT CELUI DE LOUISE PAULINE DE BRANCAS, DUCHESSE D'ARENBERG, AMIE DE CHATEAUBRIAND
ÉDITION ORIGINALE. Titre en troisième état (avec date en chiffres arabes et nom de l'auteur). Bien complet des deux planches dépliantes entre les pages 338-339 et 512-513, du feuillet d’errata (en A3) et des deux pages de titre
2 tomes en un volume in-8 (197 x 129mm)
CORRECTIONS manuscrites à l'encre brune : p. 53 : une virgule rayée, p. 60 : "pour" rayé, p. 72 : "subsistera" biffé et corrigé dans la marge en substituera, p. 148 : "ils n'en existent" corrigé et mis au singulier, par biffure, p. 213 : "en peu" biffé et corrigé à l'encre en presqu' dans la marge, p. 281 : "différentes" corrigé en différents par l'ajout d'un "s", p. 282 : "époque" corrigé en "période", "s'était élevé" corrigé en "s'éleva", p. 284 : "se réduisoient" corrigé en "se réduisoit" et ajout d'un "dans", p. 31 : dans la note, "ne contoient" corrigé en "ne comptoient", p. 348 : "gauche" corrigé en "droite", p. 360 ajout d'un "r", p. 475 : ajout de "on" et correction sur une citation latine "ventrem" pour "vetram", p. 792 : "1749" corrigé en "1649", p. 582 : "le Christianisme" corrigé en "la foi évangélique", p. 643 : "Eminence" corrigé en "Excellence"
RELIURE DE L'ÉPOQUE. Dos et coins de maroquin vert à grain long, étiquettes de titres et de tomaison en maroquin rouge à grain long au dos avec la mention en lettres dorées "Chateaubriand en 1797", plats de papier vert-bleu, tranches mouchetées de rouge
PROVENANCE : Louise Pauline de Brancas, duchesse d’Arenberg (?) -- Princes d'Arenberg, ex-libris armorié avec cote de leur bibliothèque de Bruxelles gravé par Vermorcken d'après un dessin de Auguste Schoy (1838-1885) avec la cote à l'encre brune "32-VII-4593" -- Maurice Chalvet, avec une note autographe signée au crayon sur le premier contreplat -- Michel Bolloré (ex-libris)
Cet exemplaire porte l’ex-libris des Princes d’Arenberg : il pourrait avoir appartenu à Louise Pauline de Brancas (1766-1812), fille du comte de Lauraguais, épouse de Louis-Engelbert, sixième duc d’Arenberg. Elle avouait son amitié pour Chateaubriand à Delphine de Custine :
“Je ne l’aime ni pour moi, ni même pour lui, mais seulement pour sa gloire future ! Mon âme est toute romaine dans mon sentiment pour lui. Je veux qu’il vive pour la postérité, plus pour ses amis. Je ne sais s’il me saurait gré de cet héroïsme !” (rapporté par André Maurois, p. 180)
La pièce de titre “Chateaubriand en 1797” rend présent au lecteur le jeune Chateaubriand à un moment précis de sa vie, celui justement de l’année où il devint écrivain avec ce premier livre, et suppose surtout qu’il existât un ensemble plus large de volumes “contextualisant” Chateaubriand par d’autres années. La numérotation “1-2” au dos du volume va aussi dans ce sens.
Maurice Chalvet (1963) recensa vingt-cinq exemplaires de l'édition originale de l’Essai sur les Révolutions et distinguait trois états de la page de titre. Une dizaine fut depuis ajoutée à ce décompte de Maurice Chalvet. Nous en comptons aujourd’hui trente-cinq. Un certain nombre de ces exemplaires ont disparu ou sont conservés dans des bibliothèques publiques.
Census des exemplaires aujourd’hui connus de l’Essai sur les Révolutions (nous reprenons celui établi par Maurice Chalvet et le complétons)
Avec la page de titre en premier état :
1. Exemplaire de l’auteur, couvert de corrections autographes. Disparu et probablement détruit, selon Marcel Duchemin (1923)
2. Second exemplaire de l’auteur, avec quelques corrections autographes. Incomplet de plusieurs feuillets
3. L’exemplaire d’Auguste Simon Bérard. Celui-ci. “Marcel Duchemin lui a donné le nom de son dernier possesseur François Pradeau, et il le cite comme le plus beau des exemplaires actuellement connus” (M. Chalvet)
4. Exemplaire Jules Frédéric (vente 1952) puis Auguste Lambiotte. Demi veau de Thouvenin
5. Exemplaire Armand Weil. Composé de la réunion de deux exemplaires. Demi veau vers 1830
6. Exemplaire Yves Lévy. Demi basane fauve vers 1820
7. Exemplaire conservé à la Bibliothèque nationale de France (Rés. G. 2958). Reliure anglaise de l’époque en veau
Avec la page de titre en deuxième état :
8. Exemplaire Marcel Duchemin. Basane de l’époque
9. Exemplaire Victor Cousin, conservé à la Bibliothèque de la Sorbonne (cote G 135 93-94). Basane racinée
10. Exemplaire Sainte-Beuve. Basane de l’époque
11. Exemplaire figurant au catalogue 43 de la librairie Ronald Davis (1938), n° 22. Veau époque. Certainement celui de la collection Alexandrine de Rothschild, spolié pendant la Seconde Guerre mondiale (n° d’inventaire 3555)
12. Exemplaire dit de Charles de La Bédoyère. Vente Ortiz-Patiño (New York, 21 avril 1998, lot 62). Maroquin rouge à grain long. Collection Jean-Baptiste de Proyart
13. Exemplaire Andrieu (Paris, 20-28 mars 1933, lot 1247). Broché
14. Exemplaire conservé au British Museum (cote C. 133.d.6). Relié à la demande du musée vers 1850
15. Exemplaire proposé par la Librairie Stéphane Clavreuil (2025), “relié vers 1830 en demi veau chocolat”
Avec la page de titre en troisième état :
16. Exemplaire Pierre Dauze (Paris, 1914, lot 338), J. Chavaz (1923, lot 185), Maurice Escoffier (1934, lot 85) et Jean Lanssade. Entré par dation (1996) à la Bibliothèque nationale de France (cote Rés. p. G. 54). Veau blond de Bozerian, “d’une beauté supérieure” (Des Livres rares, n° 200)
17. Exemplaire du marquis de Chateaugiron (Paris, 1827, lot 1860). Maroquin bleu de Thouvenin. Considéré comme perdu par Chalvet.
18. Exemplaire de Guilbert de Pixerécourt (Paris, 1838, lot 1707). Maroquin rouge de Bozérian. Considéré comme perdu par Chalvet.
19. Exemplaire de la vente Marc Merle (Paris, 1945, lot 216). Basane de l’époque
20. Autre exemplaire de Marcel Duchemin. Demi-basane fauve de l’époque
21. Exemplaire Henri Piquet (Paris, Porquet, 1884, lot 74). Demi veau de l’époque. Considéré comme perdu par Chalvet.
22. Exemplaire de Henri, comte de La Bédoyère (Paris, 1837, lot 1332). Broché
23. Exemplaire en demi maroquin vert vers 1820
24. Exemplaire figurant au catalogue de la Librairie Pierre Berès (1958, lot 98). Cartonnage de l’époque
25. Exemplaire figurant au catalogue de la Librairie Pierre Berès (1940, lot 35). Papier maroquiné de l’époque
26. Exemplaire Emile Malakis. Incomplet. Veau époque
Exemplaires absents du census de Maurice Chalvet :
27. Exemplaire des Princes d’Arenberg, avec la page de titre en troisième état. Relié en papier maroquiné vert de l’époque
28. Exemplaire Jacques Dennery puis Jacques Chastenet, avec la page de titre en troisième état. Relié en papier maroquiné rouge
29. Exemplaire en maroquin olive, avec la page de titre en premier état
30. Exemplaire conservé à Harvard, avec la page de titre en premier état.
31. Exemplaire Valette. Broché, avec la page de titre en troisième état sur laquelle on a grossièrement collé une page de titre en premier état
32. Exemplaire Troubat. Vente Guérin, 25 mars 1985. Reliure en basane de l’ époque. Incomplet du feuillet d’errata
33. Exemplaire La Rochefoucault-Liancourt. Reliure en demi veau fatigué
34 et 35. Deux exemplaires conservés par Chateaubriand puis remis à Augustin Soulié pour l’établissement de l’édition de 1826
L’Essai sur les Révolutions fut la première œuvre importante de Chateaubriand. Commencé à Londres dès 1793, poursuivi dans le Suffolk, et enfin imprimé chez Thomas Baylis en 1796, le livre est mis en vente chez Deboffe. L'atelier de Cox et Baylis se trouvait dans le quartier de Holborn, au 75 Great-Queen-Street, proche de Lincoln’s Inn Field. Cette imprimerie était spécialisée dans les ouvrages de langue française, et fut le lieu de rencontre du monde de l'émigration, pendant la Révolution française. Edward Cox avait également le privilège de posséder la presse que Benjamin Franklin, utilisa en 1725, lorsqu'il était jeune ouvrier typographe à Londres chez Watts. La presse fut vendue en 1830 à la Société de Philosophie de Philadelphie, où elle se trouve toujours aujourd’hui.
L’Essai sur les Révolutions fut un échec, ne rencontrant que peu de succès auprès de ses concitoyens. Pourtant, selon Marc Fumaroli, ce premier ouvrage de Chateaubriand contient la quintessence de son œuvre, "à la fois son acte de naissance à la prose et le premier incunable d'une poétique de déracinés" (Chateaubriand. Poésie et Terreur, p. 16). Chateaubriand, dans les Mémoires d’outre-tombe jugera quelle était son humeur quand il écrivait son premier livre : “Un écrivain qui croyait toucher au terme, dans le dénuement de son exil, ne pouvait guère promener des regards riants sur le monde” (L. X, ch. 4, t. I, p. 635). La rareté de ce premier livre a été rappelée lors de l’exposition Des Livres rares depuis l’invention de l’imprimerie (1998) :
“L’Essai sur les Révolutions occupe une place à part dans l’œuvre de Chateaubriand : non seulement il est le premier livre publié par l’auteur, mais surtout il offre de ce dernier le visage inattendu d’un penseur rousseauiste. Chateaubriand, qui n’hésite pas à y prononcer l’impossibilité de la monarchie de droit divin et s’y montre très éloigné de la foi chrétienne, a écrit là comme les rêveries d’un émigré solitaire, dans une constante hésitation entre l’essai philosophique et, déjà, le livre de mémoires. Tout en déclarant en avoir ensuite “jeté au feu avec horreur les exemplaires”, l’auteur du Génie du christianisme, s’il a jugé avec sévérité ce premier livre, ne l’a jamais renié, tant il représentait à ses yeux un moment décisif pour une vie vécue sous l’espère du destin : “L’Essai, écrit-il dans les Mémoires d’outre-tombe, parut chez Deboffe en 1797. Cette date est celle d’une des transformations de ma vie. [...] L’Essai offre le compendium de mon existence, comme poète, moraliste, publiciste et politique”. Émigré en Angleterre, Chateaubriand commença son ouvrage à Londres en 1794, le poursuivit très activement pendant un long séjour dans le Suffolk puis l’acheva, ou du moins acheva ce qui en fut publié - qui n’est qu’une partie du projet initial -, de retour à Londres, à l’été 1796. Simultanément, il en confiait les premières pages à l’imprimeur Baylis, qui lui avait été présenté par le publiciste contre-révolutionnaire Peltier. Les premiers exemplaires parurent en mars 1797” (Jean-Marc Chatelain, Des Livres rares, n° 200).
Des livres rares, Paris, BnF, 1998, n° 200 -- Maurice Chalvet, "Les exemplaires connus de l'édition princeps de l"Essai" in Le livre et l'estampe, 1963, n° 6, pp. 309-321-- Marc Duchemin, Bulletin du Bibliophile, 1923, n° 574 -- Carteret I, 159 -- Brunet I, 1822 -- André Maurois, René ou la vie de Chateaubriand, Paris, 1956 (rééd. 2012) -- Inventaires alphabétiques ou topographiques réalisés par les bibliothécaires des ducs entre 1766 et + ou – 1850, Bruxelles, Archives générales du royaume, Fonds des familles. SA 1377 (1766) et SA 1598 I-8 (1822- 1825) -- Claudine Lemaire, « La bibliothèque des ducs d’Arenberg, une première approche » in Liber amicorum Herman Liebaers, Bruxelles, 1984, p. 81-106, en particulier p. 82. Bibliographie : M. Derez, De blinde hertog : Louis Engelbert Van Arenberg & Zijn Tijd : 1750-1820, Gemeentekrediet, 1996
WEBOGRAPHIE : article de Lenderova Milena : https://doi.org/10.3406/slave.2007.7101