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Atala. René
“C’EST LA SEULE ATALA QUE JE RECONNAÎTRAI À L’AVENIR” (PRÉFACE).
EXEMPLAIRE EN RELIURE DE L'ÉPOQUE SIGNÉE DE FRÉMONT
Première édition illustrée. Édition définitive, selon l’aveu de l’auteur : “C’est la seule Atala que je reconnaîtrai à l’avenir” (préface)
In-8 (164 x 98mm)
COLLATION : faux-titre, titre, 46 p. (préface), 1 f. bl., 331 p. (René commence à la page 229). Sans le feuillet blanc entre la préface et le corps de l’ouvrage
ILLUSTRATION : six figures gravées à l'eau-forte par Choffard et Saint-Aubin, d'après des dessins de Garnier
RELIURE DE L'ÉPOQUE SIGNÉE DE FRÉMONT, en queue du dos. Veau raciné, triple filet doré en encadrement, dos orné, tranches mouchetées de bleu
René parut la première fois en 1802, dans Le Génie du christianisme. Chateaubriand l’en sépara dans les éditions suivantes et le réunit à Atala. Cette recomposition des premières œuvres de Chateaubriand révèle déjà l’ambition d’une œuvre organisée, construite et globale - qui trouvera bien sûr sa réalisation dans les Mémoires d’outre-tombe.
Atala fut imprimé douze fois entre 1801 et la version définitive illustrée, en 1805 (voir Infra). Ce décompte est tenu par Chateaubriand lui-même dans sa préface :
“Atala a été réimprimée onze fois : cinq fois séparément, et six fois dans le Génie du christianisme ; si l’on confrontait ces onze éditions, à peine en trouverait-on deux tout à fait semblables. La douzième que je publie aujourd’hui, a été revue avec le plus grand soin. J’ai consulté des amis prompts à me censurer ; j’ai pesé chaque phrase, examiné chaque mot. Le style, dégagé des épithètes qui l’embarrassaient, marche peut-être avec plus de naturel et de simplicité. J’ai mis plus d’ordre et de suite dans quelques idées ; j’ai fait disparaître jusqu’aux moindres incorrections de langage [...] J’ai passé quatre ans à revoir cet épisode, mais aussi il est tel qu’il doit rester. C’est la seule Atala que je reconnaîtrai à l’avenir” (pp. 10-11)
L”histoire d’Atala et de René est fortement liée, ce qui explique que Chateaubriand décida de les réunir :
“Imaginé lors du séjour de Chateaubriand à Londres et faisant directement suite à Atala, René met en scène un personnage principal en proie au “mal du siècle” et victime d’un amour incestueux pour sa sœur. Tout comme Atala, auquel il répond dans un jeu de miroirs, ce roman sert d’illustration aux théories défendues dans le Génie du christianisme, tout en préfigurant le romantisme à venir [...] Le choix de publier René d’abord au sein du Génie du christianisme, puis de l’insérer à la suite d’Atala fait sens : la scène où le père Souël raille les sentiments exacerbés de René évoque pour Chateaubriand l’impossibilité de soigner le “mal du siècle” par la religion, qui n’apporte qu’un secours relatif aux tourments du narrateur. C’est d’ailleurs ce qu’il précise dans la préface, en citant un long extrait d’un chapitre du Génie du christianisme intitulé “du vague des passions”” (BnF Essentiels).
Chateaubriand révélait surtout au monde, à travers ces deux premiers textes de fiction, réinventant au passage le récit d’Amérique qui prit son essor au XVIIIe siècle, la naissance d’un grand conteur doué d’un style remarquable :
“Où trouverai-je la vérité parmi une foule d’opinions contradictoires ? L’un vante mon sujet aux dépens de mon style ; l’autre approuve mon style, et désapprouve mon sujet” (préface, p. 5).
Michel Crépu, Le Souvenir du monde : essai sur Chateaubriand, Paris, 2011, p. 183 -- L. Carteret, Le Trésor du bibliophile, I, p. 161 -- M. Clouzot, Guide du bibliophile français, p. 62