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CHATEAUBRIAND, François-René de

Atala. René

Paris, Le Normant, 1805

SUPERBE EXEMPLAIRE EN MAROQUIN DE L’ÉPOQUE SIGNÉ DE SIMIER, IMPRIMÉ SUR PAPIER VÉLIN, AVEC LES FIGURES AVANT LA LETTRE.

DES BIBLIOTHÈQUES LIGNEROLLES, MARCEL DUCHEMIN ET BERNARD MALLE

Première édition illustrée. Édition définitive, selon l’aveu de l’auteur : “C’est la seule Atala que je reconnaîtrai à l’avenir” (préface)

In-8 (174 x 96mm)
COLLATION : faux-titre, titre, 46 p. (préface), 1 f. bl., 331 p. (René commence à la page 229). Sans le feuillet blanc entre la préface et le corps de l’ouvrage
TIRAGE : exemplaire sur papier vélin
NOTE AUTOGRAPHE DE MAURICE CHALVET, à l’encre bleue, sur un feuillet volant : “Atala-René. 1805. Cet exemplaire sur papier vélin fin, avec les figures avant la lettre - relié par Simier - figure dans le Bulletin Morgand n° 22 - janvier 1888 - sous le numéro 14178. Il appartenait au baron Gonzague de Saint-Geniès (membre des Bibliophiles françois et des Amis des Livres) dont il porte l’ex-libris. À sa mort, ses livres furent acquis en bloc par Morgand et figurent avec mention de leur provenance sur un feuillet liminaire de ce bulletin. On retrouve le livre dans la vente Lignerolles - deuxième partie 1894, n° 1854 - La note au crayon est de sa main. Enfin Carteret cite le livre dans Le Trésor du bibliophile - d’une façon très succincte - comme appartenant à Marcel Duchemin. C’est chez lui que je l’ai vu jadis. Vente Vidal-Mégret 27 juin 1980, n° 9. M. C. 1980”ILLUSTRATION : six figures gravées à l'eau-forte par Choffard et Saint-Aubin, d'après des dessins de Garnier et IMPRIMÉES AVANT LA LETTRE
JOINT : coupure de papier avec signature autographe de Chateaubriand, à l’encre brune
RELIURE DE L'ÉPOQUE SIGNÉE DE SIMIER, relieur du Roi, en queue du dos. Maroquin rouge à grain long, décor doré, encadrement d’une roulette et de filets, roulette estampée à froid, dos à nerfs orné, tranches dorées
PROVENANCE : baron Gonzague de Saint-Geniès (1820-1885 ; ex-libris) -- Bulletin Morgand n° 22 - janvier 1888, n° 14178 -- comte de Lignerolles (1816-1893 ; note autographe au crayon, sur la garde ; Catalogue, Paris, 1894, II, n° 1853) -- Marcel Duchemin -- Paris, 27 juin 1980, n° 9 -- Bernard Malle (cachet)

René parut la première fois en 1802, dans Le Génie du christianisme. Chateaubriand l’en sépara dans les éditions suivantes et le réunit à Atala. Cette recomposition des premières œuvres de Chateaubriand révèle déjà l’ambition d’une œuvre organisée, construite et globale - qui trouvera bien sûr sa réalisation dans les Mémoires d’outre-tombe.

Atala fut imprimé douze fois entre 1801 et la version définitive illustrée, en 1805 (voir Infra). Ce décompte est tenu par Chateaubriand lui-même dans sa préface :

Atala a été réimprimée onze fois : cinq fois séparément, et six fois dans le Génie du christianisme ; si l’on confrontait ces onze éditions, à peine en trouverait-on deux tout à fait semblables. La douzième que je publie aujourd’hui, a été revue avec le plus grand soin. J’ai consulté des amis prompts à me censurer ; j’ai pesé chaque phrase, examiné chaque mot. Le style, dégagé des épithètes qui l’embarrassaient, marche peut-être avec plus de naturel et de simplicité. J’ai mis plus d’ordre et de suite dans quelques idées ; j’ai fait disparaître jusqu’aux moindres incorrections de langage [...] J’ai passé quatre ans à revoir cet épisode, mais aussi il est tel qu’il doit rester. C’est la seule Atala que je reconnaîtrai à l’avenir” (pp. 10-11)

Les histoires d’Atala et de René sont fortement liées. Chateaubriand décida donc de les réunir :

“Imaginé lors du séjour de Chateaubriand à Londres et faisant directement suite à Atala, René met en scène un personnage principal en proie au “mal du siècle” et victime d’un amour incestueux pour sa sœur. Tout comme Atala, auquel il répond dans un jeu de miroirs, ce roman sert d’illustration aux théories défendues dans le Génie du christianisme, tout en préfigurant le romantisme à venir [...] Le choix de publier René d’abord au sein du Génie du christianisme, puis de l’insérer à la suite d’Atala fait sens : la scène où le père Souël raille les sentiments exacerbés de René évoque pour Chateaubriand l’impossibilité de soigner le “mal du siècle” par la religion, qui n’apporte qu’un secours relatif aux tourments du narrateur. C’est d’ailleurs ce qu’il précise dans la préface, en citant un long extrait d’un chapitre du Génie du christianisme intitulé “du vague des passions”” (BnF Essentiels).

Chateaubriand révélait surtout au monde, à travers ces deux premiers textes de fiction, réinventant au passage le récit d’Amérique qui prit son essor au XVIIIe siècle, la naissance d’un grand conteur doué d’un style remarquable :

“Où trouverai-je la vérité parmi une foule d’opinions contradictoires ? L’un vante mon sujet aux dépens de mon style ; l’autre approuve mon style, et désapprouve mon sujet” (préface, p. 5).

BIBLIOGRAPHIE : 

Michel Crépu, Le souvenir du monde : essai sur Chateaubriand, Paris, 2011, p. 183 -- L. Carteret, Le Trésor du bibliophile, I, p. 161 -- M. Clouzot, Guide du bibliophile français, p. 6