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BEL ENVOI ADMIRATIF DE COLETTE À L’UN DES PLUS GRANDS PEINTRES DE LA BELLE ÉPOQUE : JACQUES-ÉMILE BLANCHE.
L’ARTISTE FIXA L’IMAGE MYTHIQUE DE L’ÉCRIVAINE GRÂCE À UN PORTRAIT CONSERVÉ DEPUIS 1907 AU MUSÉE NATIONAL DE BARCELONE.
À L’INSTAR DES ZOLA DÉDICACÉS À MANET, RARES SONT LES ENVOIS D’UN GRAND ÉCRIVAIN À L’ARTISTE QUI FIT SON PORTRAIT
ÉDITION ORIGINALE
In-12 (188 x 120 mm)
TIRAGE : un des 550 exemplaires sur pur fil Lafuma, celui-ci numéroté 306
COLLATION : 251 pp. 1 f. n. ch.
ENVOI autographe signé :
À Jacques-Émile Blanche
de qui
je [chéri]s tous
les talents
sa vieille amie
Colette de Jouvenel
RELIURE DE L’ÉPOQUE. Bradel de percaline bleue, dos lisse et doré, couverture et dos conservés, non rogné, témoins conservés
PROVENANCE : Jacques-Émile Blanche (envoi)
Colette, par son époux Henry Gauthier-Villars (1859-1931) au pseudonyme de Willy, était voisine de la maison de Jacques-Émile Blanche à Auteuil. Le peintre créa son portrait durant l’année 1905. Acquis par le Museu Nacional d’Art de Catalunya, il y fut exposé dès 1905, comme lors de la grande exposition Colette de la Bibliothèque nationale de 1973 (n° 114), puis de nouveau il y a quelques mois. Dans un texte intitulé Flore et Pomone - “un des chefs-d’œuvre méconnu de Colette” -, publié pour la première fois en 1943, l’écrivaine, évoquant le jardin du peintre son voisin, se remémore les circonstances de la composition de ce portrait. Elle évoque les “talents” - pour reprendre la formule de l’envoi - de son ami.
“Jacques-Émile Blanche me prêtait volontiers le sien [son jardin] sans que j’en fisse usage, parce que je craignais de l’abîmer. C’est maintenant que je m’y promène en pensée, depuis que ses maîtres n’existent plus, ni le caniche café au lait qui, sensible, épris de distinction, se couvrait le front de cendres, voulait mourir, entrer dans les ordres, si J.-É. Blanche lui disait à mi-voix, sur le ton du blâme : “Dieu, Puck, que tu as l’air commun”.
Le jardin de J.-É. Blanche, tourné vers le nord comme l’atelier du peintre, possédait quelques-uns de ces beaux arbres disséminés sur Passy et Auteuil, dont on s’accordait à dire qu’ils avaient connu la Princesse de Lamballe. Dans leur ombre serpentait, pour mon admiration, une rivière figurée en myosotis particulièrement bleus, touffus, égaux, qu’enserraient deux rives de silènes roses. Le ruisseau bleu guidait les visiteurs vers l’atelier où je posai pour trois portraits successifs. Jacques-Émile Blanche détruisit les deux premiers ; le troisième est au musée de Barcelone.
Pendant les séances de pose, la froide lumière d’une grande verrière et l’immobilité m’accablaient de sommeil, et pour me tenir éveillée je regardais au-dessus de ma tête deux toiles également ambiguës: la délicieuse petite [Désirée] Manfred en travesti de Chérubin, et Marcel Proust âgé d’environ dix-huit ans, la bouche étroite, les yeux très grands, paré d’une absence d’expression tout orientale. Il est sans exemple que J.-É. Blanche ait peint autrement que J.-É. Blanche. Seul le portrait de Marcel Proust diffère du reste de son œuvre, par un faire extraordinairement lisse, une affection de symétrie, l’exaltation d’une beauté qui fut réelle et dura peu. La maladie, le travail et le talent repétrirent ce visage sans pli, ces douces joues pâles et persanes, bouleversèrent les cheveux qui étaient non point soyeux et fins, mais gros, d’une vitalité à faire peur, drus comme la barbe noire et bleue qui, à peine rasée, perçait la peau… Ceux qui ont passé des soirées avec Marcel Proust se souviennent qu’ils voyaient sa barbe noircir entre dix heures du soir et trois heures du matin, cependant que changeait, sous l’influence de la fatigue et de l’alcool, le caractère même de sa physionomie.”
le site de Jane Roberts, rédactrice du Catalogue raisonné de Jacques-Émile Blanche : https://www.jeblanche-catalogue.com/fr/jacques-emile-blanche-184-colette -- sur Flore et Pomone : https://www.amisdecolette.fr/colette/presentation-des-oeuvres/flore-et-pomone/