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CHATEAUBRIAND, François-René de

Congrès de Vérone. Guerre d’Espagne. Négociations : colonies espagnoles

Paris, Leipzig, Delloye, Brockhaus, 1838

SUPERBE EXEMPLAIRE DANS UNE DEMI-RELIURE RUTILANTE.

AVEC L’EX-DONO DU BARON ROGER D’ALDENBOURG ENFANT, À PEINE ÂGÉ DE ONZE ANS, À SA MÈRE, LA BELLE ET CÉLÈBRE MARQUISE DE CASTRIES, ÉGÉRIE D’HONORÉ DE BALZAC, ET GRANDE FIGURE DU ROMANTISME FÉMININ

ÉDITION ORIGINALE

2 volumes in-8 (212 x 130mm), avec à la fin du volume II, la liste des souscripteurs pour les Mémoires d’outre-tombe : “Société pour l’Acquisition des Mémoires et Œuvres inédites de M. de Chateaubriand” (pp. 470-476) et le catalogue du libraire Delloye (4 pp.)
COLLATION : (vol. 1) : π4 1-308 314, soit (2) ff., IV pp., 488 pp. ; (vol. 2) : π2 1-308, soit (2) ff., 476 pp., (2) ff. (catalogue de l’éditeur)
EX-DONO AUTOGRAPHE DU BARON D’ALDENBOURG âgé de onze ans, à sa mère, la duchesse de Castries :

Donné par moi à Maman
 1838, 24 avril Roger

RELIURES DE L’ÉPOQUE. Dos de veau cerise, décor doré et estampé à froid, armes au centre des dos
PROVENANCE : Roger de Metternich, baron d’Aldenbourg (armes ; 1827-1906) -- sa mère, Henriette de La Tour Landry (ex-dono ; 1796-1861), épouse depuis 1816 d’Edmond Hercule de La Croix (1787-1866), devenu duc de Castries en 1842

Le Congrès de Vérone offrait au lecteur un avant-goût de ce que seraient les Mémoires d’outre-tombe. Mais ses lecteurs furent rares et il est peu fréquent de trouver, comme sur cet exemplaire, une trace de transmission d’un texte aujourd’hui oublié qui doit pourtant être adjoint aux Mémoires. Ce livre relate les événements politiques de 1822 à 1824, période pendant laquelle Chateaubriand était ministre des Affaires étrangères. On trouve, parmi les passages remarquables, les portraits de Louis XVIII, du tsar Alexandre, la visite de Chateaubriand à Charles X, ainsi que des pages célèbres sur Waterloo.

“Le Congrès de Vérone est une œuvre oubliée de Chateaubriand. Plaidoyer paru en 1838 en faveur de son action comme ministre des Affaires étrangères au moment de la guerre d’Espagne de 1823, et plus largement en faveur de la Restauration, l’ouvrage n’eut aucun succès. Objet des critiques de la Gauche, qui lui reprochait d’avoir mené en Espagne une guerre visant à renverser un régime constitutionnel, et de la Droite qui l’accusait d’avoir, par son hostilité à Villèle, affaibli la monarchie, Chateaubriand n’a pas convaincu ses contemporains. Le lecteur est aujourd’hui en face d’un chef-d’œuvre, véritable morceau des Mémoires d’outre-tombe. On y retrouve le style éblouissant de l’écrivain, la verve du polémiste, l’imagination du poète. L’ouvrage contient de nombreux passages des Mémoires, Chateaubriand ayant hésité longtemps à réintégrer ce texte dans son œuvre majeure.” (Jacques-Alain de Sédouy)

Le baron Roger d’Aldenbourg (1827-1906) est le fils des amours illicites de la marquise de Castries (1796-1861) et de Victor de Metternich (1803-1829), fils du chancelier. En 1829, une mauvaise chute de cheval - qui la rendit presque infirme – et la mort de son amant de la tuberculose la poussèrent à se retirer du monde. Sans doute aussi était-elle lasse de l'hostilité de ses contemporains qui lui reprochaient ses écarts de conduite. La marquise se réfugia tantôt chez son père, au château de Lormois, tantôt chez son oncle Fitzjames, au château de Quevillon. C'est également en 1829, chez Olympe Pélissier, qu'elle rencontra Balzac. En août 1832, Mme de Castries invita l'écrivain à l'accompagner à Aix-les-Bains, puis en Suisse et en Italie. Impécunieux, Balzac déclina dans un premier temps l'offre. Puis, ayant réussi à réunir les fonds, il rejoignit Mme de Castries, laquelle devait se montrer de plus en plus distante. Dépit de Balzac et début d'une amitié orageuse... Une manière de réconciliation eut lieu lorsque la marquise crut se reconnaître dans le personnage d'Antoinette de Langeais qui, dans La Duchesse de Langeais, est définie comme “l'une des deux ou trois femmes qui, sous la Restauration, continuèrent les mœurs de la Régence”. Stendhal admirait ses aventures amoureuses, dignes à ses yeux, d’un personnage de roman.

On sait qu’elle rendit visite à Chateaubriand à Rome en décembre 1828. Encore tout ému, il écrira à Madame Récamier le 11 décembre :

“C’est encore une de ces petites filles que j’ai fait sauter sur mes genoux, comme Césarine, Mme de Barante. Cette pauvre femme est bien changée. Ses yeux se sont remplis de larmes quand je lui ai rappelé son enfance à Lormois [nous : propriété du duc de Maillé]. Il me semble que l’enchantement n’est plus chez la voyageuse. Quel isolement ! Et pour qui ?”

Il existe bien peu de beaux exemplaires des éditions originales de Chateaubriand portant trace de possessions sympathiques. Ici, ce don d’un enfant à sa mère sur un texte de l’Enchanteur marque l’esprit par sa singularité.

BIBLIOGRAPHIE : 

L. Carteret, Le Trésor du bibliophile, I, p. 163 -- Clouzot, Guide du bibliophile français, p. 66 : “Texte dont l'importance a fini par apparaître. C'est en effet une partie, et non négligeable, des Mémoires d’outre-tombe” -- Jacques-Alain de Sédouy, “Le Congrès de Vérone de Chateaubriand”, Revue des Deux Mondes, juil.-août 2014, pp. 101-109 -- l’œuvre a été republiée en 2014 par les éditions Honoré Champion avec une préface de Béatrice Didier