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STAËL-HOLSTEIN, Germaine de

Delphine

Genève, J. J. Paschoud, 1802

GERMAINE DE STAËL ET L’ALLEMAGNE : L’EXEMPLAIRE DES PRINCES DE SAXE-ANHALT, DANS UNE BELLE RELIURE DE VEAU FAUVE

ÉDITION ORIGINALE

4 tomes reliés en deux volumes in-12
COLLATION : (t. I) : π2 a12 A-M12 N8 ; (t. II) : π2 A-N12 P6, avec le feuillet d’errata en P5r.v qui figure à la fin du t. IV dans l’exemplaire digitalisé sur Gallica, et sans le dernier f. blanc ; (t. III) : π2 A-X12, sans le dernier f. blanc ; (t. IV) : π2 A-P12 Q6, avec le feuillet d’errata en Q5 et sans le dernier f. blanc 
RELIURES DE L’ÉPOQUE. Veau fauve, décor doré, fine roulette en encadrement, dos lisses très ornés, tranches jaunes
PROVENANCE : Léopold IV Frédéric de Saxe-Anhalt, duc d’Anhalt (1794-1871 ; ex-libris armorié au contreplat et tampon illustré au verso des titres avec la mention : “Schlossbibliothek Dessau”, résidence princière des ducs de Saxe-Anhalt à Dessau, construite dès la Renaissance, et détruite en grande partie en 1945

Quelques feuillets plus courts en tête, quelques petites taches par ci par là

Les différentes maisons princières de Saxe, toutes descendantes des Ascaniens, contribuèrent fortement au réveil intellectuel de l’Allemagne au XVIIIe siècle. Dans la première moitié du XVIIIe siècle, le meilleur exemple en est sans doute le mécénat musical incomparable que le Prince Léopold de Saxe-Köthen (1694-1728) exerça auprès de Jean-Sébastien Bach de 1717 à 1723 : 25% du PIB de la petite principauté était consacré à la musique. Cette branche des Saxe-Köthen s’éteignit au XIXe siècle chez les Saxe-Anhalt. L’ouverture d’esprit des Saxe-Anhalt ou celle des Saxe-Weimar-Eisenach (qu’on songe à Weimar !) les conduisit à devenir plus tard dans le siècle des propagateurs de l’Aufklärung. L’importance de leurs bibliothèques en formait le témoignage réel. Le Prince Léopold III de Saxe-Anhalt (1740-1817) était un fervent disciple de Rousseau et de Winckelmann. Si les Saxe-Anhalt n’appartiennent pas directement au Groupe de Coppet, ils en étaient néanmoins proches. La femme de Léopold III, la Princesse Louise d’Anhalt-Dessau (1750-1811) avait pour précepteur intellectuel le poète Friedrich Matthisson (1761-1831). Ce dernier séjourna à plusieurs reprises en Suisse, notamment de 1787 à 1789, chez son ami Bonstetten, bailli de Nyon, puis chez Madame de Staël à Coppet en 1809. C’est peut-être grâce à lui que le roman de Madame de Staël fit, par cet exemplaire, son chemin vers Dessau.

Les relations de Chateaubriand avec Mme de Staël furent conflictuelles. À celle qui déclara qu’“avec des ciseaux” elle se ferait un très bon exemplaire personnel du Génie du Christianisme, Chateaubriand, en réponse à cette impertinence refusa de rendre compte dans le Mercure de la publication de Delphine. Peu de temps après son passage en Avignon et à Marseille, il lui écrivit à Coppet dans une lettre du 12 décembre 1802 à l’hypocrisie magistralement tournée : “votre livre va paraître, vous allez être exposée à un violent orage. Vous m’avez ôté le moyen de vous servir efficacement en refusant de faire l’extrait de mon livre l’année dernière (...) Vous sentez qu’après cela je ne puis parler de votre roman dans le Mercure (...) Je jette les yeux sur la préface et j’y suis nommé. Nouvel empêchement à l’extrait. Vous êtes une cruelle femme de me ravir le bonheur de vous être utile”. Et le 8 janvier 1803, il en rajoute une nouvelle couche : “Que vous dirai-je de Delphine ? Ce que vous me disiez du Génie du Christianisme. Avec des ciseaux, je ferai une Delphine pour moi. Vous voulez retrancher tous mes mystères. Je retranche la plus grande partie de votre troisième volume”. Le temps était à l’orage.

BIBLIOGRAPHIE : 

L. Carteret, Le Trésor du bibliophile, II, p. 341 (aucun exemplaire cité) -- M. Clouzot, Guide du bibliophile français, p. 254, qui le dit “très rare” ce qui est faux -- Dominique Bourel, “De Dessau à Paris : un voyage des Princes d’Anhalt, 1765-1768”, Formen der Aufklärung und ihrer Rezeption. Expressions des Lumières et de leur réception. Tübingen, 1999, pp. 53-58, dont le ms. est conservé à la Staatsbibliothek de Dessau -- P. Gautier, “Chateaubriand et Madame de Staël”, Revue des Deux Mondes, 1903, pp. 633-677