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YOURCENAR, Marguerite

L’Œuvre au Noir

Paris, NRF, 1968

INSCRIPTION FROM MARGUERITE YOURCENAR TO JULES ROMAINS

ÉDITION ORIGINALE

In-8 (204 x 139mm)
TIRAGE : exemplaire du tirage ordinaire
ENVOI AUTOGRAPHE signé au feutre rouge :

À Jules Romains
qui a mis dans son œuvre les foules de notre époque,
[L’Œuvre au Noir]
cet individu en fuite parmi les foules du XVIe siècle,
Hommage de l’auteur,
Marguerite Yourcenar

BROCHÉ

L’Œuvre au Noir paraît en avril 1968, peu de temps avant les événements de Mal. L’obtention du Prix Femina, le 26 novembre 1968, donnera à Yourcenar la consécration de la critique et de la république des lettres : son œuvre change de stature.

Cet envoi à Jules Romains (1885-1972) ne tient à aucune circonstance particulière. Il ne s’adresse pas simplement à un écrivain consacré par son entrée à l’Académie française en 1946 et dont Yourcenar se sentirait soudainement l’égale, mais bien à l’auteur d’une œuvre qui depuis les années trente accompagne intimement la gestation de l’une des grandes œuvres de la littérature du XXe siècle. Dès ces années, Mémoires d’Hadrien comme L’Œuvre au Noir existaient sous une forme primaire. Pour ce dernier texte, Yourcenar avait en effet composé, à l’âge d’environ vingt ans, une ébauche d’une cinquantaine de pages à L’Œuvre au Noir parue en 1934 chez Bernard Grasset sous le titre “D’après Dürer” dans le volume intitulé La Mort conduit l’attelage.

La BnF conserve un important fonds Jules Romains, dans lequel se trouvent trois lettres de Marguerite Yourcenar (NAF 28403).

“La correspondance échangée entre Marguerite Yourcenar et Jules Romains à l’occasion de la sortie de Mémoires d’Hadrien en 1951 et de l’ouvrage de Jules Romains Marc-Aurèle ou l’empereur de bonne volonté en 1968 révèle que les deux écrivains s’estimaient mutuellement. L’académicien français salue le 25 décembre 1951 la hauteur de pensée, la perfection du style et “la sûreté d’information, qui dépasse de loin celle de maints spécialistes” chez l’auteur de Mémoires d’Hadrien. Marguerite Yourcenar est d’autant plus sensible à ce jugement laudatif qu’il vient d’un écrivain dont elle connaît bien l’œuvre, lui dit-elle, pour l’avoir enseignée et qui possède une solide culture classique. Elle apprécie tout particulièrement chez lui que “l’une des œuvres les plus modernes qui soient” - elle vise là, à n’en pas douter, son immense fresque de la vie sociale française entre 1908 et 1933, Les Hommes de bonne volonté - qui repose sur de “solides fondations antiques”. Ainsi l’aristocrate qui s’est formée sans recourir à l’école et le normalien se rejoignent dans la perception de l’Antiquité gréco-romaine comme ferment de la vie présente, même si la trace en est moins manifeste chez le second. Dans une lettre adressée au maître le 23 mai 1952 destinée à rectifier une information erronée parue dans Les Nouvelles littéraires, où “les à-peu-près du journalisme” lui faisaient dire que c’était Jules Romains qui l’avait encouragée à reprendre le projet de Mémoires d’Hadrien qu’elle avait abandonné avant la deuxième guerre mondiale, elle proteste de sa bonne foi ne voulant pas laisser croire qu’elle ait pu user abusivement du “nom d’un des écrivains de [son] temps qu[’elle] respecte le plus”, mais elle rappelle une certaine parenté de culture entre eux : si elle prise tant l’opinion de Jules Romains, c’est comme “émanant, non seulement d’un grand romancier, mais d’un lettré au courant des textes dont [elle s’] étai[t] servi [sic] et capable d’en critiquer l’emploi”. Le 3 juillet 1969, elle le remercie de lui avoir envoyé son Marc Aurèle, dont elle a pris connaissance avec quelque retard car elle était éloignée des U.S.A. :

“J’ai lu avec grand intérêt votre biographie si sagement établie dans la réalité humaine” (…) Jules Romains est crédité ainsi d’avoir restitué la vérité de la vie dans sa complexité. Ces trois lettres de Marguerite Yourcenar témoignent du sentiment de réelles affinités littéraires avec son aîné.” (Rémy Poignault)

BIBLIOGRAPHIE : 

J. Savigneau, Marguerite Yourcenar, l’invention d’une vie, Paris, 1990 -- A. Halley, Marguerite Yourcenar en poésie. Archéologie d’un silence, Amsterdam, 2005, pp. 62, 297 -- Rémy Poignault, Hadrien et Marc Aurèle : les choix de Marguerite Yourcenar et Jules Romains. Séance publique du 15 novembre 2003 : Marguerite Yourcenar, le sacre du siècle. Bruxelles, Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, 2007

WEBOGRAPHIE : R. Poignault : “Hadrien et Marc Aurèle, les choix de Marguerite Yourcenar et Jules Romains”, http://www.arllfb.be/ebibliotheque/seancespubliques/15112003/poignault.pdf

CORRESPONDANCE : Marguerite Yourcenar, Lettres à ses amis et quelques autres, Paris, 1995, p. 97, n. I