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GONCOURT, Edmond de

La Fille Élisa

Paris, G. Charpentier, 1877

DANS L’ANTICHAMBRE DU BORDEL.

ENVOI D’EDMOND DE GONCOURT À EDGAR DEGAS.

LA LECTURE DE LA FILLE ÉLISA INSPIRA À DEGAS DE REMARQUABLES DESSINS CONSERVÉS AU GETTY MUESEUM.

ÉDITION ORIGINALE

In-12 (181 x 113mm)

ENVOI AUTOGRAPHE SIGNÉ D’EDMOND DE GONCOURT, à l’encre brune, sur le faux-tirtre :

À Degas souvenir bien amical

Edmond de Goncourt

RELIURE janséniste signée de Devauchelle. Maroquin rouge, dos à nerfs, tranche supérieure dorée, couverture conservée

Edmond de Goncourt note dans son Journal, à la date du 12 février 1874 :

"Hier, j'ai passé la journée dans l'atelier d'un peintre bizarre, du nom de Degas. Après beaucoup de tentatives, d'essais, de pointes poussées dans tous les sens, il s'est énamouré du moderne ; et dans le moderne, il a jeté son dévolu sur les blanchisseuses et les danseuses. Au fond, le choix n'est pas si mauvais."

Trois ans plus tard, il lui adressa un exemplaire de son nouveau roman, La Fille Élisa.

La Fille Élisa inspira quelques dessins très vifs à Degas. En 1877, il assiste aux soirées hebdomadaires chez son ami Ludovic Halévy, auteur de livrets d'opéra et de romans populaires. Lors de ces réunions, Degas dessine des portraits de ses amis et réalise des études pour son propre travail. Il remplit rapidement un carnet de quarante et une pages où se suivent des scènes de théâtre, de café-concert, de danse et de maisons closes. Degas offrit son carnet à Halévy quand il l’eut terminé, lequel inscrivit sur la couverture de toile grise “Croquis de Degas 1877”.

Le Getty Museum conserve ce carnet de croquis d’Edgar Degas (cote 95.GD.35.) Il contient, parmi d’autres, sept remarquables scènes de bordel (dont une sur double page). On reconnaît parfaitement certains passages de La Fille Élisa, notamment lorsque la jeune fille éponyme se soûle avec le soldat qu’elle finira pas tuer. Quatre de ces sept dessins portent explicitement la légende “Fille Élisa”, de la main de Degas, et six d’entre eux sont signés par lui. La date “1877” est inscrite sous l’un d’entre eux, révélant que Degas exécute ces dessins exactement au moment de la parution (et de sa lecture) du livre de Goncourt. On imagine aisément Degas chez son ami Halévy, en train de rêver, crayon à la main, au roman dont il vient de lire des scènes. On ne peut imaginer plus belle marque de lecture et d’appropriation d’un livre, par un peintre, que sa restitution par des images.

Ce carnet de croquis appartint successivement à Ludovic Halévy (1834-1908) puis à son fils Daniel Halévy (1872-1862). Il resta en possession de la famille Halévy au moins jusqu’en 1962. Il fut conservé un temps en Suisse avant de rejoindre le Getty Museum. Il a été de nombreuse fois exposé ; l’une des premières fois, justement, lors d’une exposition intitulée Les Goncourt et leur temps, au Musée des Arts Décoratifs de Paris, en 1946. Cette exposition soulignait clairement le lien direct entre Goncourt et Degas à travers ce roman, La Fille Élisa.

Degas réalisa, à la suite de ces dessins, nés de sa lecture de La Fille Élisa, une série de monotypes ayant pour sujet des scènes ayant lieu dans des maisons closes. Le thème des bordels avait surgi dans son œuvre, à côté des salles de danse. Degas pouvait, dans ce sujet, s’adonner à un art libéré de l’académisme. Il rejoignait en même temps une longue tradition en peinture. Ces séries de monotypes où l'on distingue des femmes attendant leurs clients, n’étaient pas destinées au public. Ce n’est qu’après sa mort, en 1917, qu’on découvrit chez lui une cinquantaine de scènes de ce genre. Selon le marchand d’art Ambroise Vollard, le frère de l’artiste avait malheureusement détruit plus de soixante-dix œuvres, en raison du caractère trop cru des scènes représentées. La collection et l’atelier de Degas furent vendus au cours de plusieurs ventes en 1918 et 1919. Le catalogue de vente des Estampes de Degas (novembre 1918) proposa plusieurs de ces scènes de bordel (à partir du numéro 212). Picasso admira cette partie de l’oeuvre de Degas qu’il découvrit chez Ambroise Vollard, en même temps que la technique du monotype, qu’il s’appropria à son tour.

BIBLIOGRAPHIE : 

M. Clouzot, Guide du bibliophile français, p. 137

EXPOSITION : Picasso face à Degas, Barcelone, 2011

WEBOGRAPHIE : le carnet de croquis d’Edgar Degas conservé au Getty (cote 95.GD.35) : http://www.getty.edu/art/collection/objects/490/edgar-degas-an-album-of-pencil-sketches-french-about-1877/ ?dz=0.5000,0.5000,0.38 -- le catalogue de vente des Estampes par Edgar Degas, Paris, 22-23 novembre 1918 : https://bibliotheque-numerique.inha.fr/viewer/30650/ ?offset=1#page=4&viewer=picture&o=bookmarks&n=0&q=