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BALZAC, Honoré de

Le Lys dans la vallée

Paris, Werdet, 1836

EXEMPLAIRE EXCEPTIONNEL AVEC UN DOUBLE ENVOI DE BALZAC À ALFRED NETTEMENT.

CE CÉLÈBRE JOURNALISTE LE SOUTINT DURANT LE PROCÈS DU LYS DANS LA VALLÉE. IL EST MENTIONNÉ DANS LA FAMEUSE “PRÉFACE”.

L’UN DES PLUS GRANDS ROMANS DE LA LITTÉRATURE FRANÇAISE : IL NOUS FAIT ENTRER DANS “LE MONDE ENCHANTEUR DES SENTIMENTS PARTAGÉS” (BALZAC).

L’UN DES SIX EXEMPLAIRES AUJOURD’HUI CONNUS AVEC ENVOI.

“MON CHER MONSIEUR, MERCI DE VOTRE LYS QUI EMBAUME” (ALFRED NETTEMENT À HONORÉ DE BALZAC, 15 JUILLET 1836)

ÉDITION ORIGINALE

2 volumes in-8 (202 x 129mm). Le premier volume dont le texte avait, à quelques lignes près, paru dans la Revue de Paris, présente de nombreuses variantes avec la version qui y avait été donnée

COLLATION : 

(vol. 1) : π2 a-c8 d4 I-208 214 ; (vol. 2) : π2 1-218 224


CONTENU : (vol. 1) : π1r faux-titre, π2r titre, a1r Introduction au Lys dans la vallée, a2r Préface, a3r Historique du Procès auquel a donné lieu le Lys dans la vallée, 1/1r troisième faux-titre portant la mention Dédicace, 1/2r dédicace au Dr Nacquart, 1/3r troisième faux-titre, 1/4r texte, 21/4r Table des matières ; (vol. 2) : π1r faux-titre, π2r titre, 1/1r faux-titre : Les Premières amours, 1/2r texte, 22/4v Table des matières

ENVOI : 

DEUX ENVOIS AUTOGRAPHES SIGNÉS, identiques, sur la page de titre de chacun des deux volumes, à l'encre brune, avec une légère décharge de l’encre sur le second faux-titre :

à Monsieur Alfred Nettement avec mille gracieux remerciements de l'auteur

H de Balzac


RELIURES DE L'ÉPOQUE. Demi-basane olive, plats de papier marbré dans les tons verts, dos lisses ornés or et à froid, gardes de papier marbré dans les tons roses et verts, tranches marbrées dans les tons verts

PROVENANCE : 

Alfred Nettement -- Dr Lucien-Graux (Cinquième partie, Paris, 12 décembre 1957, n° 20 : 55.000FF à Andrieux) -- Librairie Coulet-Faure (Cat. 1982) -- Gérard Oberlé, Manoir de Pron (Cat. 1992) -- Collection Jean-Paul Kahn


Quelques modestes restaurations au dos de la reliure. Quelques pâles rousseurs, un peu plus fortes en quelques endroits du vol. 2 mais sans aucune gravité, trois manques angulaires de papier au vol. 2 sans aucune atteinte au texte

Madame de Berny, la célèbre Dilecta de Balzac, lui a inspiré le personnage de Mme de Mortsauf. Sa rivale, la perfide et superbe Lady Dudley, peut avoir comme modèle Sarah Lovell, comtesse Guidoboni-Visconti, Lady Ellenborough et la marquise de Castries. Félix de Vandesse, à la fois héros et narrateur, présente bien des points communs avec Balzac lui-même. On rappellera la magnifique devise des Vandenesse, piliers de la Comédie humaine : “Ne se vend”…

Balzac était entré en délicatesse avec la puissante Revue de Paris, dirigée par François Buloz (1803-1877), pour ne pas lui avoir livré le manuscrit de Séraphita. Il promit alors de donner celui des Mémoires d’une jeune mariée, qu’il ne livra pas non plus, et promit encore de le remplacer par Le Lys dans la vallée. Les engagements étaient signés et les avances faites à trois reprises. Deux de ses romans avaient commencé à paraître dans la Revue de Paris, Séraphita en juin et juillet 1834, Le Lys en novembre 1835. Balzac avait en effet rédigé Le Lys dans la vallée durant le printemps et l’été 1835. La Revue était rentrée dans ses avances par la publication de la première parie du Lys. Buloz chercha à élargir son profit. Il voulut publier cette première partie dans la Revue étrangère de Saint-Pétersbourg. Avoir vendu le texte à son insu fut pour Balzac un casus belli. Il fit arrêter la publication, n'acceptant pas de mettre sous les yeux des lecteurs un texte encore informe à ses yeux, d'où les innombrables corrections qu'il apporta aux dernières épreuves lors de la publication en librairie. Ce furent alors Buloz et la Revue de Paris qui intentèrent un procès pour non-exécution de contrat. La Revue de Paris y perdra la fin du roman. Le procès durera le temps du premier semestre de 1836, jusqu’au 3 juin : Buloz fut débouté. La parution en volumes se fit donc par Werdet le 10 juin 1836. Ce retentissant procès, gagné par Balzac sur le fond, fut l’élément déterminant de la création en 1838, sous l'impulsion de l'écrivain, de la Société des gens de lettres. En 1836, le monde des lettres à Paris bouillonnait.

Dès l’annonce du procès, la plupart de ses confrères avaient abandonné Balzac, à l'exception de Jules Sandeau (1811-1883) et d'Alfred Nettement (1805-1869). Ce dernier, écrivain, historien, journaliste légitimiste avec qui Balzac collabora, prit sa défense dans la Gazette de France. Car ce procès soutenait les intérêts de tous les gens de lettres, à une époque où ils étaient lourdement lésés par la misérable contrefaçon belge et par la toute puissance d’une presse en pleine croissance. Mais les amis de Balzac craignaient Buloz, maître de refuser par la suite leurs manuscrits, à tout moment. Nombreux furent ceux qui donnèrent raison au directeur de la Revue de Paris. Sans droit d’auteur, seule la presse pouvait en effet nourrir les écrivains.

Alfred Nettement était, comme Jules Sandeau, un ami de l’écrivain avec lequel il échangeait lettres, articles, livres, déjeunant ou dînant souvent avec lui. Nettement avait pris la plume pour défendre l’accusé Balzac. Le romancier voulut donc lui envoyer cet exemplaire de présent, pour le remercier, et en se doutant du rôle que le journaliste pouvait encore jouer. À la fin de février 1836, l’auteur de Séraphita lui avait déjà écrit :

“Mon cher critique, je vous envoie Le Médecin de campagne (…) pour vous remercier des efforts que vous avez faits en ma faveur et dont je vous suis un gré infini. Je puis dire : reconnaissant. Je ne suis pas de ceux qui ignorent qu’en semblable affaire il faut prendre son siècle et le public en travers ; je suis cloué par des travaux extraordinaires, mais je vous porterai moi-même un exemplaire des bonnes feuilles du Lys dans la vallée, que je vous ramasserai fraternellement avec les miennes ; vous savez ce que je fais là” (Correspondance, II, p. 19, n° 36-26).

Quelques mois plus tard, le 15 juillet 1836, après avoir lu cet exemplaire du Lys, Alfred Nettement écrivit à Balzac cette admirable formule :

“Mon cher Monsieur, merci de votre Lys qui embaume”… (Correspondance, II, p. 88, n° 36-109).

Dans l'Historique du procès publié dans l’édition originale de juin 1836, le romancier lui avait rendu hommage en page XII, sans le nommer mais sous ses initiales A. N. Déplorant le silence des écrivains - "pas un ne bouge, non, pas une sympathie !" - Balzac fustigeait la presse :

"Toutefois dans la Gazette de France, récemment un homme d'un beau talent, un vigoureux critique, sans déguiser sa pensée sur mes œuvres, les condamnant ou les approuvant à son gré, a pris mon parti contre ces lâches, qui viennent effrontément s'asseoir chez moi sans y être jamais entrés, raconter ce qui s'y passe, ce qui s'y fait, y clouer de prétendus tapis, y poser des divans fantastiques, m'habiller des laquais, me vernir des carrosses, après avoir porté le désordre dans mes petites affaires. Critiquer les meubles de l'auteur, pour se dispenser de parler de ses livres, est une des faces de la polémique littéraire. Que M. A… N… trouve ici l'expression de ma reconnaissance pour sa politesse ! Et quelle épigramme contre le temps présent que de considérer comme une belle action l'observance des lois de la bonne compagnie !"

Alfred Nettement (1805- 1869) fut élu député de 1849 à 1851. Ses opinions lui valurent d'être brièvement emprisonné à la suite du coup d'État de Napoléon III.

L’envoi est légèrement coupé. Balzac avait, on le sait, l’habitude de dédicacer ses exemplaires lorsqu’ils n’étaient encore que simplement brochés. Les six exemplaires par nous aujourd’hui connus, avec celui d’Alfred Nettement, sont :

1. Celui de la marquise de Castries doublement dédicacé par l’auteur après sa reliure (ancienne collection Pierre Bergé, 11 décembre 2015, € 202.532 avec les frais).

2. L’exemplaire de dédicace du docteur Jean-Baptiste Nacquart (1780-1854), proche de Balzac et doublement dédicacé, est passé dans les collections Maurice Goudeket (Paris, 11 mars 1961, n° 97, 25.100FF), Jacques Guérin (Paris, 20 mars 1985, n° 5, 580.000 FF sans les frais) puis Jaime Ortiz-Patiño (Londres, 2 décembre 1998, n° 25, £ 53.000).

3. L’exemplaire portant un envoi au comte Federigo Sclopis (1798-1878), doublement dédicacé, ami italien mais peu concerné par l’histoire du Lys, est passé dans la première vente du stock de la librairie Pierre Berès (Paris, 28 octobre 2005, n° 167, € 78.000 avec les frais).

4. L’exposition Honoré de Balzac de la Bibliothèque nationale, en 1950, cite un envoi sur un seul volume “à mon cher Surville, son frère, Honoré”, alors conservé par Georges Blaizot et dont nous avons perdu trace (Cat. BN, 1950, n° 407).

5. Un cinquième exemplaire portait un double envoi en anglais très coupé à Mistress Shaw (Londres, 5 juillet 1954, n° 293, £ 58). Nous en avons aussi perdu trace.

Ni Alexandrine de Rothschild (cf. le Répertoire des biens spoliés), ni Maurice Loncle, ni Renaud Gillet, ni Charles Hayot, ni Marcel de Merre, ni Henry Bradley Martin, ni Fernand Vandérem ne possédèrent un exemplaire avec envoi du Lys dans la vallée. Robert von Hirsch (1978) eut l'exemplaire relié en cuir de Russie au chiffre couronné de Demidoff. La Maison de Balzac présente celui de Tsarskoïe-Sélo. Le vicomte de Lovenjoul n’eut qu’un exemplaire relié postérieurement. Ainsi, ce Lys avec envoi à Alfred Nettement est l’un des exemplaires les plus séduisants et les plus évocateurs de l'œuvre maîtresse de Balzac.

BIBLIOGRAPHIE : 

L. Carteret, Le Trésor du bibliophile, I, p.72 -- M. Clouzot, Guide du bibliophile français, p. 22

EXPOSITION : Pierre Berès, Exposition commémorative du cent cinquantième anniversaire de Balzac, 1949, nº 85 à 90 et 298