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Lettre en partie autographe de Chateaubriand, signée, et rédigée par Hyacinthe Pilorge
LES LIVRES ET L'ARGENT. IMPORTANTE LETTRE D'AFFAIRE DE CHATEAUBRIAND À PROPOS DE LA PUBLICATION DES MÉMOIRES D'OUTRE-TOMBE :
“JE TIENS À GARDER MA PAUVRETÉ ET MON INDÉPENDANCE, LES SEULS BIENS QUI ME RESTENT” [...] “JE SUIS EN NÉGOCIATION AVEC DES COMPAGNIES ANGLAISES ET HOLLANDAISES POUR LA VENTE DES MÉMOIRES DE MA VIE, QUI NE SERONT PUBLIÉES QU’APRÈS DE LA COLLECTION DU COLONEL SICKLES
3 pages in-8 (198 x 154mm). Encre brune
"Je suis, Monsieur, extrêmement sensible à l'estime et à l'intérêt que vous voulez bien me témoigner. Je voudrais en échange de vos franches propositions pouvoir vous répondre que je les accepte ; mais je tiens à garder ma pauvreté et mon indépendance, les seuls biens qui me restent. Cependant, Monsieur, si je ne puis consentir à des souscriptions purement applicables à la position gênée où je me trouve, il va se présenter une occasion de m'être utile sans m'obliger par des services qui me seraient pénibles.
Je suis en négociation avec des compagnies anglaises et hollandaises pour la vente des Mémoires de ma vie, qui ne seront publiés qu'après ma mort ; mais une compagnie française ne voulant pas laisser sortir mes Mémoires de France se forme en concurrence des compagnies étrangères. Il y a deux plans : par l'un la compagnie française se trouverait propriétaire de tous mes ouvrages déjà publiés et de mes ouvrages posthumes : dans ce plan la compagnie émettrait vingt mille actions chacune de la valeur de 1.000F. Dans le second plan, il ne s'agirait que d’une œuvre posthume et on n'émettrait que trois cents actions également de 1000F chacune. La société serait anonyme, l'action négociable comme toutes les actions industrielles.
Il s'agirait donc, Monsieur, de savoir si dans le département, dont vous avez la bonté de me parler, quelques personnes seraient disposées à prendre des actions. Il suffirait dans ce moment de m'envoyer les noms des personnes qui consentiraient à devenir actionnaires. Elles ne verseraient leurs fonds chez un notaire indiqué que quand l'acte de la société aurait été passé, et quand elles en auraient pris connaissance ou par elle-même ou par leur fondé de pouvoir. Je ne pouvais mieux, Monsieur, reconnaître votre extrême obligeance qu'en entrant avec vous dans ces ennuyeux détails. Je vous demande mille pardons de ne pas les écrire de ma propre main, étant obligé de les dicter à la hâte au milieu des inquiétudes et des soins que me donnent la maladie grave de Mme de Chateaubriand.”
[De la main de Chateaubriand :] “Recevez, je vous prie, mes remerciements les plus empressés et l'assurance de la considération très distinguée avec laquelle j'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. Chateaubriand" (Apostille autographe signée).
PROVENANCE : colonel Daniel Sickles (catalogue XV, 18-19 novembre 1993, n° 6217)
L’auteur des Mémoires d’outre-tombe se fait courtiser par des éditeurs pour la publication des dits Mémoires. Il reconnaît qu’on lui a fait de “franches propositions [...] mais je tiens à garder ma pauvreté et mon indépendance, les seuls biens qui me restent”. Chateaubriand dévoile sa position quant à la publication de ses Mémoires, qu’il veut posthume et leur financement qu’il souhaite par souscription. L’indépendance guide sa conduite : “en négociation avec des compagnies anglaises et hollandaises pour la vente des Mémoires de ma vie, qui ne seront publiés qu’après ma mort ; mais une compagnie française ne voulant pas laisser sortir mes Mémoires de France, se forme en concurrence des compagnies étrangères [...] quelques personnes seraient disposées à prendre des actions. Il suffirait dans ce moment de m'envoyer les noms des personnes qui consentiraient à devenir actionnaires”.
Chateaubriand a dicté sa lettre à Pilorge et ajouté six lignes autographes à la fin, avant de la signer. Il s’en justifie : “mille pardons de ne pas les écrire de ma propre main, étant oblige de les dicter à la hâte au milieu des inquiétudes et des soins que me donnent la maladie grave de Mme de Chateaubriand”.
Société Chateaubriand. Bulletin, 1983, n° 26-30, p. 93
WEBOGRAPHIE : Revue politique et littéraire : revue bleue, 1909, p. 17 : https://www.google.fr/books/edition/Revue_bleue_politique_et_litt%C3%A9raire/t8lYCqEyH2sC?hl=fr&gbpv=1&dq=chateaubriand+%22je+suis,+monsieur,+extr%C3%AAmement+sensible%22&pg=PA17&printsec=frontcover