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CHATEAUBRIAND, François-René de

Trois Lettres autographes signées « de Chateaubriand »

Paris, 1808, mars-avril.

CES LETTRES APPARTIENNENT À L’ENSEMBLE CHATEAUBRIAND-DURAS.

LES TOUTES PREMIÈRES ET SEULES LETTRES AUTOGRAPHES SIGNÉES DE CHATEAUBRIAND À LA DUCHESSE DE DURAS. ELLES SONT MARQUÉES D’UN CERTAIN FORMALISME ET N’ONT ENCORE RIEN D’INTIME

3 pages et demie sur papier bleuté, petit in-4, 2 adresses

1. “Ce dimanche. Il y a environ huit jours que j'eus l'honneur de chercher Madame Amédée de Duras dans tous les hôtels de la rue de Varenne. Je crains bien de m'être trompé, et d'avoir laissé ma carte chez Mde de Duras la mère à qui ma visite aura paru fort extraordinaire1 . Madame Amédée se souvient-elle encore de mon nom ? et voudroit-elle me permettre d'aller aujourd'hui ou demain, ou un autre jour, lui présenter mes respectueux hommages ? de Chateaubriand”

2. Avec suscription “à Madame de Duras, hôtel de La Rochefoucauld, à Paris” :

“Mardi matin. Si Madame de Duras veut me le permettre, j'aurai l'honneur d'aller lui présenter mes respects vendredi au soir, à huit heures. Je la prie d'agréer mes très humbles civilités. de Chateaubriand”

3. Avec suscription “à Madame de Duras, hôtel de La Rochefoucauld, rue de Varennes, Paris” :

“Ce Lundi 11 avril. Je suis désolé, Madame, il me sera impossible d'aller vous faire ma cour mercredi au soir, comme je m'en étais flatté. Mais, Madame, j'ai osé vous faire tant de questions, hier, chez Mde de Las Cases2, qu'une nouvelle indiscrétion ne peut guère me compromettre davantage auprès de vous. Voulez-vous donc, Madame, me donner à déjeûner cette semaine, tel jour qui vous plaira ? Demain, par exemple, vous conviendrait-il ? Je vous demande un million d'excuses pour cette franchise un peu sauvage et je vous prie d'agréer mes hommages respectueux. de Chateaubriand”

PROVENANCE : succession des marquis de Lubersac, descendants directs de la duchesse de Duras par sa fille Clara de Duras (1820-1866) qui épousa Ernest, marquis de Lubersac (1812-1878). Ces lettres passèrent en vente le 24 octobre 2013. Il s’agit ici d’un choix que nous avons voulu faire, relié par Loutrel dans le goût des cahiers de Leca pour Maurice Chalvet

1. La confusion était facile puisque la duchesse douairière de Duras et sa belle-fille habitaient deux hôtels contigus aux n° 31 et 33 de la rue de Varenne. Louise Charlotte de Noailles (1745-1832) avait épousé Emmanuel-Céleste de Durfort, 5e duc de Duras (1741-1800)
2. Rose-Raymonde de Guébriant (1756-1810) épousa en 1774 Pierre-Jean, marquis de Las-Cases-Beauvoir, lointain cousin du mémorialiste de Sainte-Hélène

La première des trois lettres autographes signées de Chateaubriand à la duchesse de Duras (1777-1828) marque le début d'une grande rencontre littéraire. La deuxième prend un ton neutre et poli. Dans la troisième lettre, la "franchise un peu sauvage" de Chateaubriand prend le tour de la séduction. La rencontre a eu lieu et le dialogue des âmes s'est établi. La Correspondance générale date cette lettre de 1808 et non de 1809 comme le pensait autrefois Louis Thomas, éditeur de la correspondance Chateaubriand-Duras.

“Claire de Duras (1777-1828) fut, à partir de 1808, l’amie la plus fidèle et la plus dévouée de Chateaubriand, celle avec qui il connut la plus grande intimité de cœur et d’esprit. À sa demande, il l’appela “ma sœur” et il en était “le frère” d’élection. Non que cette amitié fût toujours sans nuages. Le caractère passionné de Mme de Duras et ses exigences provoquaient l’impatience, voire la colère de Chateaubriand. Leur importante correspondance, qui traite aussi bien de questions politiques que de complications sentimentales, témoigne de leurs querelles et de leurs réconciliations. Elle nous apprend plus sur leurs relations que les passages un peu convenus des Mémoires, où Chateaubriand rend hommage à “la chaleur de l’âme, la noblesse du caractère, l’élévation de l’esprit, la générosité de sentiments” de cette “femme supérieure”, qui fut “ambitieuse pour [lui]”. Grâce à son réseau d’influences, Mme de Duras soutint constamment la carrière politique de Chateaubriand, intervenant auprès des ministres et des hommes de pouvoir, aussi bien pour les ambassades de Berlin et de Londres, que lors de l’accession au ministère des Affaires étrangères” (Dictionnaire Chateaubriand).

À la mort de la duchesse de Duras, Chateaubriand écrivit à Hyde de Neuville, le 25 janvier 1828 : “J’ai appris hier en vous quittant la mort de la meilleure amie que j’eusse au monde”. Précisons que les lettres de Chateaubriand à la duchesse de Duras figurant dans la Correspondance générale ne se retrouvent pas dans l’ouvrage de M.-B. Diethelm (François de Chateaubriand, Delphine de Custine, Claire de Duras. L’Amante et l’amie. Lettres inédites 1804-1828, 2017) qui ne publie que les lettres encore inédites en 2017. Pour comprendre cette correspondance remarquable dans son ensemble, il faut donc ouvrir les deux livres en même temps sur une même table et passer de l’un à l’autre chronologiquement : une publication générale serait souhaitable.

BIBLIOGRAPHIE : 

Correspondance générale, II, 378, 379, 38