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CHATEAUBRIAND, François-René de

Vie de Rancé

Paris, H.-L. Delloye éditeurs, [1844]

L’UN DES PLUS GRANDS TEXTES DE L’ENCHANTEUR ET, SANS DOUTE, SON ŒUVRE LA PLUS CONSIDÉRÉE AUJOURD’HUI : LE VÉRITABLE TESTAMENT DES MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE.

BEL ET RARE EXEMPLAIRE DE ROBERT DE MONTESQUIOU, ANNOTÉ DE NOMBREUX COUPS DE CRAYON, DANS UNE JOLIE RELIURE SIGNÉE DE PAUL VIÉ.

COMBLE DU DANDYSME : LE SIGNET DE SOIE JAUNE ET ROUGE EST AUX COULEURS DE LA MAISON DE MONTESQUIOU

ÉDITION ORIGINALE contenant de nombreux passages retranchés ou modifiés dans les éditions ultérieures

In-12 (223 x 138mm)
COLLATION : π2 a4 1-178 184
CONTENU : π1r : faux-titre, π2r : titre, a1r : dédicace à l’abbé Seguin, a2r : Avertissement, 1/1r : livre premier, 4/5r : livre deuxième, 11/2r : livre troisième
ANNOTATIONS MARGINALES : près de 95 interventions de Robert de Montesquiou au crayon noir (croix, traits, mais le plus souvent accolades de quelques lignes ou d’un grand paragraphe dans son entier)
RELIURE SIGNÉE DE PAUL VIÉ. Bradel de percaline à décor moiré en deux tons bistre et brique, non rogné, signet de soie aux couleurs des Montesquiou (sang et or)
PROVENANCE : comte Robert de Montesquiou, avec son ex-libris au contreplat et son chiffre doré au dos de la reliure (1855-1921 ; sa vente, cat. III, avril 1924, n° 1464) -- Georges Grappe, ex-libris (1879-1945). Critique littéraire et artistique français, Pierre François Georges Grappe fut de 1925 à 1944 conservateur du Musée Rodin. Entre 1902 et 1905, il avait collaboré avec Robert de Montesquiou à la revue La Renaissance latine -- P. Tissot timbre humide)

Quelques pîqures, petite restauration dans la marge extérieure sans aucune atteinte au texte aux pp. 157-158 et 159-160. La marbrure a disparu sur le dos qui est néanmoins intact, décharge sur les gardes, le doreur a commis une erreur de date et confondu au dos de la reliure “1844” avec “1864”

Entre les contemporains de l’Enchanteur, amis et ennemis, et la redécouverte de la Vie de Rancé dans la seconde moitié du XXe siècle, orchestrée par Julien Gracq et Roland Barthes, se glisse, par cet exemplaire, Robert de Montesquiou. Ce renouvellement de la lecture de Chateaubriand vers 1900 a été perçu par certains historiens de la littérature :

“C'est seulement à l'aube du vingtième siècle qu'une réaction favorable commence à s'esquisser. Si Jules Lemaître prend à son compte les critiques de Sainte-Beuve, il ne paraît plus tout à fait insensible au charme subtil de cette œuvre “décadente”. Dès lors, on songe à rapprocher Rancé des Mémoires d’outre-tombe et l’admiration va grandissant. Même, dans le livre de Chateaubriand presque octogénaire, M. Émile Henriot est “tenté de voir le chef-d’œuvre de l’écrivain” et ces mots, écrits en 1927, exagèrent à peine l’opinion commune à notre temps” (F. Letessier, cf. infra).

Montesquiou est bon lecteur. Il repère la célèbre phrase de Chateaubriand : “la vieillesse est une voyageuse de nuit : la terre lui est cachée ; elle ne découvre plus que le ciel” (pp. 16-17). L’auteur des Pas perdus, qui ne sont pas les Mémoires d’outre-tombe, n’en déplaise au dandy, est frappé par la splendeur rhétorique du style de Chateaubriand. Il indexe la fameuse phrase du parallèle entre Bonaparte et Rancé (Chateaubriand lui-même bien sûr, puisque la Vie de Rancé transpose celle de l’Enchanteur) : “il jalonnait le chemin de la gloire comme Rancé le chemin du ciel” (p. 38). L’idée de l’innéité de la vocation artistique, pressentie par François-René dès les premières pages de l’Essai sur les révolutions, réapparaît dans Rancé et se trouve marquée au crayon par Montesquiou : “quiconque est voué à l’avenir a au fond de sa vie un roman, pour donner naissance à la légende, mirage de l’histoire” (pp. 66-67). Montesquiou apprécie surtout la description nostalgique de Chambord.

Mais la notion de vacuité du temps inévitablement perdu marque Montesquiou. Il ne rate pas la célèbre phrase sur l’inanité du passé et des songes, au livre II : “Le cœur se brise à la séparation des songes, tant il y a peu de réalité dans l’homme” (p. 109) ou celle de la fin de ce même livre II : “je ne suis plus que le temps” (p. 161). En bien d’autres lieux qu’il conviendrait d’étudier, Montesquiou s’affirme comme un lecteur attentif de Chateaubriand. On regrette simplement que le dialogue avec Proust sur Rancé soit impossible. Si l’on sait que la mère de Proust lui lisait les Mémoires d’outre-tombe, si l’on sait aussi que l’auteur du Contre Sainte-Beuve connaissait “Chateaubriand les cheveux au vent”, on n’a pour autant aucune trace d’une lecture directe de la Vie de Rancé par Marcel Proust, d’où l’intérêt de cet exemplaire : il restitue ce climat intellectuel des années 1900 qui permit la redécouverte de l’un des chefs-d’œuvre du romantisme.

BIBLIOGRAPHIE : 

M. Clouzot, Guide du Bibliophile français, p. 66 : "De plus en plus recherché. Les beaux exemplaires en sont rares.” -- Jean-Paul Clément, Bertin ou la naissance de l’opinion, Paris, 2018, et plus particulièrement le ch. VII des pp. 180 à 210

WEBOGRAPHIE : Fernand Letessier, “Chateaubriand et la Vie de Rancé”, Bulletin de l'Association Guillaume Bud, https://www.persee.fr/doc/bude_0004-5527_1951_num_1_3_4990 --