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J. J. Rousseau, citoyen de Genève, à Mr D'Alembert, sur son article “Genève” dans le VIIe volume de l'Encyclopédie, et particulièrement sur le projet d'établir un théâtre de comédie en cette ville
REMARQUABLE PROVENANCE DES LUMIÈRES : EXEMPLAIRE DU MARQUIS DE VILLETTE, GRAND AMI DE VOLTAIRE, RELIÉ À SES ARMES
ÉDITION ORIGINALE
In-8 (192 x 118mm)
COLLATION : *8 **1 A-R8 (les deux derniers feuillets établissent le catalogue du fonds de Marc-Michel Rey)
RELIURE DE L’ÉPOQUE. Veau raciné, dos orné, armes en queue du dos, tranches rouges
PROVENANCE : Charles, marquis de Villette (1736-1793 ; armes en queue du dos). Il y a d’autres armes au dos, non identifiées -- Pierre Bergé (Paris, 16 décembre 2020, n° 1212. Les armes n’étaient alors pas identifiées)
Le marquis Charles de Villette (1736-1793) fut l’une des figures hautes en couleurs du siècle des Lumières, autant connu pour sa vie dissolue et ses amours masculines que pour sa grande amitié avec Voltaire. Il fit d'abord carrière dans l'armée, avant de se tourner vers la littérature. Interdit de séjour à Paris après divers scandales, il trouva refuge à Ferney chez Voltaire, ami de longue date de sa mère. Voltaire écrivait :
“J'ai actuellement chez moi pour me ragaillardir, un jeune M. de Villette, qui sait tous les vers qu'on ait jamais faits, et qui en fait lui-même, qui chante, qui contrefait son prochain fort plaisamment, qui fait des contes, qui est pantomime, qui réjouirait jusqu'aux habitants de la triste Genève” (lettre à d’Argental du 27 février 1765).
Voltaire mourut chez le marquis de Villette. Villette profita de la Révolution pour prendre la liberté d’effacer, à l’angle de son hôtel l’inscription : “quai des Théatins” pour y substituer “quai Voltaire”, en justifiant son acte : “c’est chez moi qu’est mort ce grand homme, son souvenir est immortel comme ses ouvrages. Nous aurons toujours un Voltaire, et nous n’aurons jamais de Théatins”. Cette nouvelle appellation du quai resta. Villette acheta également Ferney à la mort de Voltaire. Villette, élu député de l’Oise à la Convention nationale en 1792, vota contre la mort du roi. Parmi les nombreux pamphlets qui l’attaquèrent alors, l’un est resté célèbre, intitulé Vie du ci-derrière marquis de Villette. Charles de Villette était aussi, par sa mère, cousin du marquis de Sade. Cet exemplaire mêle intelligence et libertinage en une parfaite image du siècle des Lumières.
Tout texte de Rousseau est immédiatement reconnaissable par ce style éloquent qui dessine, au creuset d’une phrase équilibrée, articulée, un portrait de lui-même. Le lecteur de Rousseau a l’impression de lire, dans ce plaidoyer contre l’implantation de théâtres à Genève, un morceau des Confessions, plus de dix ans avant le début de leur rédaction :
“La solitude calme l’âme, et apaise les passions que le désordre du monde a fait naître. Loin des vices qui nous irritent, on en parle avec moins d’indignation ; loin des maux qui nous touchent, le cœur est moins ému. Depuis que je ne vois plus les hommes, j’ai presque cessé de haïr les méchants. D’ailleurs, le mal qu’ils m’ont fait à moi-même m’ôte le droit d’en dire d’eux. Il faut désormais que je leur pardonne pour ne leur pas ressembler” (Préface, p. XVI).
Et de conclure :
“En reprenant mon état naturel, je suis rentré dans le néant. Je n’eus qu’un moment, il est passé ; j’ai la honte de me survivre. Lecteur, si vous recevez ce dernier ouvrage avec indulgence, vous accueillerez mon ombre : car pour moi, je ne suis plus” (ibid., pp. XVII-XVIII).
Il n’existe pas de petit texte de Rousseau. Chacun d’entre eux est essentiel puisque Rousseau en est lui-même la matière. Il en va de même pour Chateaubriand et Stendhal.
A. Tchemerzine, Bibliographie des éditions originales et rares d'auteurs français, V, 535 -- Olivier-Hermal-de Roton, pl. 2403, fer 3 -- Robert Aldrich et Garry Whoterspoon, Who’s who in Gay and Lesbian History, Londres et New York, 2001, p. 464 : “the most famous sodomite in eighteenth-century France”.