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VOLLARD, Ambroise

Le Père Ubu à l'hôpital

Paris, Édition Georges Crès, 1916

EXEMPLAIRE DE COCO CHANEL.

REMARQUABLE EXEMPLAIRE AVEC UN ENVOI D’AMBROISE VOLLARD À MISIA SERT.

IL A ÉTÉ RELIÉ PAR GERMAINE SCHROEDER EN BEIGE ET NOIR POUR COCO CHANEL, ET PORTE SA MARQUE CARACTÉRISTIQUE

ÉDITION ORIGINALE

In-8 (245 x 153mm)
TIRAGE : exemplaire sur vergé d’Arches, celui-ci numéroté 200. Les exemplaires ne furent pas mis en vente comme l’indique l’inscription sur la couverture : “cette petite tragédie n’est pas mise dans le commerce”.
ILLUSTRATION : deux croquis de Pierre Bonnard reproduits par lithographie, au frontispice et au titre

ENVOI AUTOGRAPHE signé :

À Madame Edwards
Hommage de l’auteur
Vollard

RELIURE ATTRIBUÉE À GERMAINE SCHROEDER. Maroquin brun, bande de quatorze filets verticaux estampés à froid, dos long orné d’un double filet vertical, pièce de titraison en maroquin havane, couverture illustrée conservée, tranche supérieure peinte en noir
PROVENANCE : Misia Sert (1872-1950 : envoi) -- Coco Chanel (1883-1971 ; petit “C” emblématique au crayon, presque effacé)

Misia, née Godebska (1872-1950), porta au fil de ses mariage trois autres noms : ceux de Thadée Natanson (1868-1951) jusqu’en 1904, d’Alfred Edwards (1856-1914) de 1905 jusqu’à son second divorce en 1909. En 1920 elle épouse l’artiste peintre et décorateur espagnol José Maria Sert (1876-1945). Ambroise Vollard, quand il adresse cet exemplaire à Misia, probablement au moment de son impression en 1916, la désigne par son dernier nom de femme mariée : Madame Edwards.

Misia rencontra Ambroise Vollard au temps qu’il avait ouvert sa première galerie, rue Lafitte, en 1893, à quelques dizaines de mètres du bas de la rue des Martyrs où se trouvait La Revue blanche que dirigeait son premier mari, Nathée Natanson. Misia posait alors comme modèle pour Toulouse-Lautrec, Bonnard, Vuillard et d’autres peintres dont les tableaux servaient d’affiches et de couvertures à la revue. Le soir, Misia et son mari invitaient ces mêmes peintres à dîner dans leur appartement de la rue Saint-Florentin, ou à la belle saison dans leur maison de campagne à Valvins. Certains de ces peintres étaient également exposés chez Amboise Vollard. Misia et Vollard et Misia se connaissent donc depuis vingt ans quand est imprimé Le Père Ubu à l'hôpital en pleine guerre.

On connaît l'importance d'Ubu pour Ambroise Vollard. Alfred Jarry et lui rédigeaient les Almanachs du Père Ubu lors de soirées arrosées. Puis Vollard édita d’autres inventions autour du personnage d’Ubu, telles qu'Ubu à la guerre (1923) ou Les Réincarnations du Père Ubu (1925).

Le 30 mai 1917, Misia rencontre la jeune Gabrielle Chanel chez la comédienne Cécile Sorel, lors d’une soirée à la fin de laquelle Coco lui offrit son manteau :

Misia s’enticha de Chanel comme de nul autre et présenta sa mystérieuse amie, dont la renommée était encore balbutiante, à tous les artistes qu’elle rassemblait. Elle lui ouvrit les cercles de l’avant-garde littéraire et artistique. Par elle, Chanel fit la connaissance, parmi tant d’autres, de Jean Cocteau, Pablo Picasso, Igor Stravinski, Serge de Diaghilev, Pierre Reverdy. Ce ne furent pas des rencontres de hasard. Par eux, Chanel affermit son goût, sa vision du style, à côté d’eux, elle s’affirma. Selon ses propres termes, pendant dix ans elle “vécut avec ces gens-là”. (E. Coquery, Misia, reine de Paris, Musée d’Orsay, cat., p. 128).

Coco Chanel aimait les livres. Elle faisait relier ceux qu’elle préférait à ses couleurs beige, brun, noir ou rouge par sa relieuse Germaine Schroeder :

“Elle essayait de lire dès qu’elle le pouvait, par bribes, après le déjeuner, le soir surtout. Elle relisait, consultait ses livres préférés, ceux qu’elle avait fait relier par Germaine Schroeder [… ] Ses livres préférés, qu’elle marquait d’un simple C au crayon, constituaient un réseau, une circularité, ils étaient toujours reliés à quelqu’un. Il y avait ceux qui étaient adressés par les auteurs eux-mêmes, ceux qui étaient donnés par les proches de ces auteurs et, dernière catégorie, les livres qui étaient simplement recommandés par des amis” (Chanel intime).

Misia se tient au cœur de cette “circularité” spécifique aux livres de Coco Chanel puisqu’elle lui offrait ses propres exemplaires. Coco les faisait alors relier et y inscrivait son “C” emblématique. Un exemplaire des Jockeys camouflés (1918), avec envoi de Pierre Reverdy à Misia Sert suivit le même chemin que celui-ci. Il rejoignit la bibliothèque de Coco Chanel après avoir reçu les marques d’appropriation de la reliure et du “C” au crayon. Pierre Reverdy, avant d’être l’ami et l’amant de Coco Chanel fut l’ami de Misia Sert. À eux trois ils formèrent pour Coco Chanel l’une des grandes collections bibliophiliques du XXe siècle, encore largement ignorée.

BIBLIOGRAPHIE : 

Isabelle Fiemeyer, Chanel intime, Paris, 2011 -- Misia Sert, reine de Paris, Musée d’Orsay, cat. d’exposition, 2012, p. 180