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COURTELINE, Georges

Les Linottes

Paris, Ernest Flammarion, 1912

RAVISSANT EXEMPLAIRE SUR PAPIER JAPON, ADMIRABLEMENT ILLUSTRÉ PAR CHARLES ROUSSEL.

RELIURE DE PIERRE-LUCIEN MARTIN, DÉCORÉE D’UN MOULIN MOSAÏQUÉ.

HEURES INSOUCIANTES SUR LA BUTTE MONTMARTRE

ÉDITION ORIGINALE

In-8 (180 x 114mm)

TIRAGE : un des 50 exemplaires sur japon, second papier après 20 chine, celui-ci numéroté 50

ILLUSTRATION : nombreuses illustrations de Charles Roussel, certaines à pleine page, dont la couverture imprimée en couleurs

RELIURE SIGNÉE DE PIERRE-LUCIEN MARTIN. Dos à nerfs et coins de maroquin havane, décor d’un moulin incisé et mosaïqué au dos, plats de papier doré moucheté de peinture, tranche supérieure dorée, couverture illustrée et dos conservés

Georges Courteline peint avec humour les linottes perchées sur la Butte Montmartre au temps où celle-ci était encore champêtre, dans un décor de cabanes, de cabarets (dont le Lapin agile) et de moulins. Dans la préface de la réédition (1925), Courteline confie ces souvenirs d’une enfance montmartroise :

“De tous les livres que j’ai écrits, il n’en est pas qui m’ait donné plus de joie et de douceur à l’écrire que celui dont les pages suivent et dont chaque phrase, chaque ligne, chaque syllabe est un rappel des heures lointaines qui furent les débuts de ma vie. C’est à Montmartre que je les vécus, ces heures, tant il semble que, Montmartre et moi, ayons été faits l’un pour l’autre, de 1865 qui me vit, le derrière montré aux passants, occupé à tapoter des pâtés de sable du plat de ma pelle de bois blanc, à 1871, époque où la vie de famille fit place pour moi à la vie de collège et la vagabonderie turbulente de la rue aux tristesses provinciales qui devaient pleuvoir sur moi de 1871 à 1878, du haut de la Cathédrale de Meaux, avec les heures, leurs demies et leurs quarts.

La maison où je grandis aux côtés de mes parents et que j’ai tenté, dans Les Linottes, d’évoquer sous le nom de la Villa Bon-Abri, occupait le n° 40 de la rue de la Fontenelle, devenue plus tard rue de la Barre. Entre deux séries de jardins qu’isolaient les uns des autres des haies de sureaux nains et de volubilis, elle dégringolait en pente raide jusqu’à la rue Saint-Vincent où elle prenait fin dans les chaumes d’une habitation de paysan jadis donnée à la belle Gabrielle d’Estrées, en remerciement de son baiser, par le roi galant Henri IV. À deux pas de là, le jardinet paternel que nous étions venus occuper en remplacement de Charles Monselet, longeait l’envers des murs où quelque temps après les généraux Clément Thomas et Lecomte devaient, adossés côte à côte, venir présenter leurs poitrines aux chassepots insurrectionnels.

Montmartre se présentait alors, et, pendant de longues années encore, sous l’aspect d’un village – qu’il était en réalité – avec ses pensionnats de volailles dans l’effarement desquelles le passant perdait pied, et ses ménages de canards barbotant à la queue leu leu par les ruisseaux de la place du Tertre…

La nuit venue et la lune levée, la villa reprenait son calme et les Montmartrois d’occasion, leurs batteries de cuisine et leurs paniers d’osier, lâchés maintenant par la rue Ravignan ou par les pentes de la rue Lepic qu’emplissait d’une gaieté bruyante l’orchestre du Moulin de la Galette, à la recherche du seul omnibus qui desservît vraiment la Butte, la reliât au cœur de Paris : celui de la Halle-aux-Vins à la place Pigalle, vieux serviteur, resté fidèle au poste, d’ailleurs, et toujours vert, ainsi que chacun a le droit de s’en assurer. Et, tandis que maman me fourrait dans le dodo où venait aussitôt me rejoindre le minet, compagnon chéri de mon enfance, dont le ronron berçait mon sommeil toutes les nuits, mon père se remettait au travail… ”