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CHATEAUBRIAND, François-René de

Les Martyrs ou le triomphe de la religion chrétienne

Paris, Le Normant, Lyon, Ballanche, 1810

EXEMPLAIRE DE MARIE-LOUISE IMPÉRATRICE DANS UNE ÉCLATANTE RELIURE À SES GRANDES ARMES IMPÉRIALES.

LE SOMMET DU RAPPROCHEMENT ENTRE NAPOLÉON ET LE GRAND ÉCRIVAIN, AU MOMENT DE SON ENTRÉE À L’ACADÉMIE FRANÇAISE

ÉDITION EN PARTIE ORIGINALE, donnant le texte définitif : “précédée d’un examen, avec des remarques sur chaque partie du livre et des fragments de l’auteur en Grèce et à Jérusalem” (page de titre)

3 volumes in-8 (199 x 119mm)
COLLATION : (Vol. I) : [I]-XXI (“Préface”) [22]-92 (“Préface de la Troisième édition”) [1]-334 ; (Vol. II) : 2 ff.n.ch., [1]-380 ; Volume III : 2 ff.n.ch., [1]-427
RELIURES UNIFORMES DE L’ÉPOQUE. Maroquin rouge à grain long, décor doré, armes au centre des plats, encadrement d’une roulette et d’un filet, dos à nerfs ornés, tranches dorées, doublures et gardes de soie bleue
PROVENANCE : Marie-Louise de Habsbourg (1791-1847), Impératrice des Français (1810-1814 ; armes) -- Martin Breslauer (Berlin, 1931, n° 8) -- Bernard Malle

Petites épidermures sur le troisième volume

Les Martyrs, publiés la première fois en 1809, connurent un succès très important : “il s’est plus écoulé d’exemplaires de mon dernier ouvrage en quelques mois qu’il ne s’est vendu d’exemplaires du Génie du Christianisme en plusieurs années” (préface).

Cet exemplaire des Martyrs aux armes de Marie-Louise Impératrice s’inscrit au cœur des relations compliquées entre Chateaubriand et l’Empire. Depuis l’exécution du duc d’Enghein, en 1804, Chateaubriand est devenu un ennemi de Napoléon. En 1807, un article qu’il publia contre lui dans le Mercure de France, provoqua son exil hors de Paris, à la Vallée-aux-Loups. En mars 1809, son cousin Armand de Chateaubriand, accusé d’espionnage au profit des Princes et peut-être des Anglais, est fusillé. Le fait que Chateaubriand plaide sa cause auprès de Fouché, de l’Impératrice Joséphine et même de l’Empereur n’y changea rien. La rupture entre Chateaubriand et Napoléon parut définitive.

L’année 1809 est aussi celle du grand tournant de l’Empire et de la rupture avec un passé révolutionnaire qui jusqu’alors pesait encore sur le régime. Après la victoire de Wagram, le 6 juillet 1809, c’est la paix avec l’Autriche. Napoléon répudie Joséphine et épouse Marie-Louise, nièce de la Reine Marie-Antoinette. Il se rapproche des Bourbons. Les régicides disparaissent de son entourage. Fouché est chassé, remplacé par Savary, duc de Rovigo, nommé ministre de la Police. Les écrivains sont appelés à participer à cette réconciliation avec la monarchie. À la fin de l’année 1809, Napoléon visitant le Salon de peinture, constate l’absence du portrait de Chateaubriand par Girodet et exige de Vivant Denon qu’il lui soit présenté : “on a dit que je ne les aimais pas [les hommes de lettres]… Ce sont des hommes utiles qu’il faut distinguer parce qu’ils font honneur à la France”.

En 1810, Chateaubriand est au fait de sa gloire. Alors qu’il apparaît comme une figure de proue de l’opposition à Napoléon, il connaît justement un retour en grâce auprès du pouvoir. Napoléon serait même venu discrètement visiter la Vallée-aux-Loups, en l’absence de Chateaubriand. L’édition définitive des Martyrs est publiée cette même année 1810. Le 2 avril 1810 est célébré le mariage de Napoléon et Marie-Louise, soit le retour de l’Ancien Régime à la tête de la France impériale.

Les grandes armes frappées sur cet exemplaires sont bien celles de Marie-Louise impératrice, dans sa gloire. Et on sait que les livres aux grandes armes de Marie-Louise sont rares. Cet exemplaire célèbre donc la réconciliation momentanée du plus grand écrivain français d’alors et du premier souverain d’Europe.

Chateaubriand fut élu à l’Académie française le 20 février 1811. L’élection plut à Napoléon qui, le soir même, dit au marquis de Fontanes :

“Messieurs de l’Académie, vous avez voulu rivaliser de finesse avec moi. Vous prenez l’homme au lieu du livre.” Et il ajouta : “Je verrai s’il n’y a pas moyen de donner au nouvel élu quelque grande place, une direction générale des bibliothèques de l’Empire.”

L’épreuve du discours allait à nouveau opposer Chateaubriand et Napoléon. Chateaubriand oscilla entre les souvenirs du duc d’Enghien et d’Armand de Chateaubriand, d’une part, et la reconnaissance des mérites de Napoléon d’avoir voulu renouer avec la tradition religieuse et monarchique de la France. Napoléon se procura le discours avant qu'il ne soit prononcé. Le discours lui déplut. Chateaubriand ne put occuper son siège sous la coupole qu'à la Restauration.

BIBLIOGRAPHIE : 

M. Clouzot, Guide du bibliophile français, p. 63 -- Olivier, Hermal, de Roton, Manuel de l’amateur de livre armoriés, pl. 2654 -- Martin Breslauer, Die Bibliothek Napoleons I und der Kaiserin Marie Luise. Ausstellung einer Leihgabe, n° 8, Berlin, 1931