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Les Paris sont ouverts
LA POÉSIE CONTRE LA POLITIQUE : SURRÉALISME CONTRE STALINISME.
ENVOI DE CLAUDE CAHUN À E. L. T. MESENS
ÉDITION ORIGINALE
In-8 (217 x 138 mm)
COLLATION : 32 pp., (1) f.
ENVOI autographe signé :
à E.L.T. Mesens
Claude Cahun
BROCHÉ, couverture agrafée imprimée en rouge et noir dont les éléments se lisent tête-bêche
PROVENANCE : E. L. T. Mesens (1903-1971 ; envoi)
Lucy Schwob (1894-1954), nièce de Marcel Schwob, alias Claude Cahun, fut une figure polymorphe de la sphère surréaliste. Elle explora la photographie, le collage, la sculpture et l’écriture. Résistante, juive, homosexuelle, elle fut arrêtée en 1944 sur l’île de Jersey avec sa compagne l’artiste Suzanne Malherbe (1892-1972), connue sous le pseudonyme de Marcel Moore. Toutes deux condamnées à mort, elles échappèrent cependant à l’exécution.
Dans ce pamphlet, Les Paris sont ouverts, réflexion sur la puissance subversive de la poésie surréaliste, Cahun vise la politique culturelle du Parti communiste, particulièrement la figure de Louis Aragon, devenu communiste et stalinien béat. Elle insiste sur la différence entre le “poème à sujet qu’un poète s’impose et qui le rend semblable à un acteur” et le “poème qui s’impose au poète par la force d’émotion instantanée”. Pour Cahun, la poésie n’est pas un outil de propagande mais une “arme critique” contre tout genre de dogme :
“La poésie a déjà subi une transformation considérable que la critique enregistre, même la critique bourgeoise – qui naguère prétendait n’attacher de prix qu’à la forme, à l’observance stricte de règles précises ou à l’invention de règles nouvelles, sans souci du contenu idéologique, alors qu’aujourd’hui ce contenu passe au premier plan. La libération du formalisme est précieuse parce qu’elle empêche que la poésie en soit réduite à des jeux de lettrés. Par contre l’exigence des conformismes idéologiques serait la négation même de toute poésie. Je signale ceci : la critique mettant l’accent sur le contenu idéologique manifeste des poèmes est favorable aux tricheurs, à tous ceux qui veulent passer pour autre qu’ils ne sont, et qui pour cela se livrent à une sorte de surenchère idéologique.” (Les Paris sont ouverts, pp. 8-9).
E. L. T. Mesens (1903-1971) et Claude Cahun se connurent par l’intermédiaire d’André Breton. En juin 1936, ils se croisaient à Londres : Cahun et Malherbe accompagnaient Jacqueline Lamba et André Breton à l’occasion de la première exposition internationale du surréalisme, organisée par David Gascoyne, Roland Penrose et E. L.T. Mesens.
F. Leperlier, “Les Paris sont ouverts”, Mélusine. Cahiers du Centre de Recherche sur le Surréalisme, n° XIII : Le Surréaliste et son psy, Paris, 1992, pp. 271-280 -- S. Fauchereau, La Fin des avant-gardes de l’entre-deux-guerres, Paris, 2021, pp. 136-137