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STAËL-HOLSTEIN, Germaine de

Lettre autographe à la duchesse de Duras

30 juillet 1816

REMARQUABLE LETTRE DE MADAME DE STAËL À LA DUCHESSE DE DURAS : DE FEMME À FEMME : "DEAR DUTCHESS".

MADAME DE STAËL DÉCRÈTE NE PAS AIMER ADOLPHE DONT ELLE EST POURTANT L'HÉROÏNE (C'EST BENJAMIN CONSTANT QU'ELLE N'AIME PLUS) ET ÉCRIT DE LORD BYRON, SON VOISIN, "QU'IL EST L'HOMME LE PLUS SÉDUISANT DE L'ANGLETERRE" MAIS QU'IL "A JUSTE CE QU'IL FAUT DE SENSIBILITÉ POUR ABÎMER LE BONHEUR D'UNE FEMME"

4 pages in-8

"Je ne saurais vous exprimer combien j'ai été touchée de votre lettre, dear dutchess, puisque vous souffriez, pourquoi n'avez-vous pas fait quelque chose de moi ? Il me semble que de tout ce qui vous entoure, je suis la personne qui s'entend le mieux au fond de votre âme. Vous êtes si vraie malgré le genre de vie et la situation qui aurait pu vous gâter si facilement. Je ne puis parler sur rien de loin, mais je répète avec toute la sincérité de mon coeur, que je vous aime vivement et que je n'ai retenu ce sentiment que par des considérations qui vous étaient toutes personnelles. De grâce, une ligne sur votre santé et que Clara soit assez bonne pour me l’écrire si cela vous fatigue.

Vous me demandez des nouvelles de notre intérieur. Ma fille est grosse ce qui décide mon séjour à Paris cet hiver, mais comme je suis libre jusqu’au mois de 9bre [novembre], si vous alliez au midi, je serais bien tentée d’y être avec vous. Naturellement, je serai à Paris vers le 1er d’8bre [octobre] sans être pour cela de l'avis de la chambre ultra-toutes choses. Mon fils va en Amérique. Il faut qu'il apprenne le réel de la liberté. Il divague trop comme il arrive toujours quand à 25 ans l'on n'a pas de carrière. Le duc de Broglie va très bien dans notre intérieur. Il aime sa femme uniquement et son esprit, toujours animé, met du mouvement dans la solitude. Je lui recommande de se refuser la conversation, elle irrite plus que les discours officiels. Vous avez bien raison de regretter le parti que prend Mr de Chateaubriand en renonçant à son histoire. Je crois qu'un homme de talent, mais royaliste moins pur que lui, l'entreprendra.

Je n'aime pas le roman de Benjamin Constant [Adolphe]. Je ne crois pas avec vous que tous les hommes soient Adolphe mais bien tous les hommes à vanité. C'est ce qu'il faut fuir comme la mort du sentiment.

J'ai dans mon voisinage lord Byron que je crois l'homme le plus séduisant de l'Angleterre, mais c'est un homme qui a juste ce qu'il faut de sensibilité pour abîmer le bonheur d'une femme. Vous, adorable personne, vous portez un caractère naturel dans un cercle factice. J'ai fait ainsi, et j'ai failli en mourir. À présent, je ne crains que la maladie ; aucun autre danger ne menace mon sort. Je veux finir, car j’ai besoin de vous tout dire de vous tout demander. Sachez seulement que je suis une chose à vous".

PROVENANCE : succession des marquis de Lubersac (Paris, 24 octobre 2013, n° 222)