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CUSTINE, Astolphe de

Lettre autographe signée [à la comtesse Merlin ?]

[ après le 21 octobre 1848]

CUSTINE LIT LES MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE DANS LA PRESSE ET SE “RÉVOLTE” CONTRE L’EFFACEMENT DE SA MÈRE PAR CHATEAUBRIAND.

L’ENCHANTEUR ET CUSTINE NE SE SONT JAMAIS AIMÉS

6 pp. in-8, encre noire

“Hier au soir, j’ai mis à la poste une lettre pour vous (...) Merci à vous d’avoir pensé à Chasles1 et à lui d’avoir pensé à moi, c’est le seul écrivain auquel je me suis attaché personnellement par le cœur. Je me trompe, j’aimais celui qui vient de mourir, et qui semble avoir remué pour moi le cortège des morts. J’ai lu hier le 2e article de M. de Loménie2 sur ses Mémoires. Il y a des choses sublimes ; c’est tendre, mais pour monter au ciel sur une corde, il faut bien la tendre.

Néanmoins la phrase sur ma mère m’a révolté (ceci bien entre vous et Chasles) car qui le comprendrait ? Si l’on est parvenu à réduire à cet effet de paroles tout ce qu’il avait à dire sur une femme qui n’a vécu que d’adoration pour lui pendant huit ans et qui est morte au bout de 26 le cœur encore saignant des coups qu’il lui a portés, on peut se flatter d’avoir commis une action infâme.

Les femmes ambitieuses et artificielles l’ont détaché de la femme aimante et vraie : c’est dans l’ombre. Mais en fait, elles se sont appliquées à capter leur place dans ce grand monument des Mémoires, comme on se ménage un héritage. La dernière3 m’inspirait du respect, parce qu’une affectation suivie toute une vie, un parti pris de bonté qui oblige à un dévouement éternel, vaut presque une nature.

Mais si elle a fait supprimer des livres entiers où le grand écrivain devait raconter sa vie à Fervaques, où il écrivait Velléda4 qu’il livrait le soir à mes critiques de gamin, quittant le matin son travail pour aller tirer au fusil les carpes de cent ans qui fourmillaient dans les fossés du vieux château, si elle ne lui a pas laissé raconter que c’est à la table de ma mère à déjeuner qu’il a recopié la lettre par laquelle il envoya sa démission le lendemain de la mort du Duc d’Enghien : si je trouve toutes ces lacunes dans les Mémoires, je demanderai à Dieu de me faire vivre assez pour les remplir, et sans égard à la témérité de l’entreprise, je raconterai toutes ces scènes sous le nom de Mémoires de la Mise de Custine pour son fils ; mais peut-être est-ce que je me bats contre des moulins à vents... Nous verrons bien !!! Pardon mais avec qui parlerai-je du fond du cœur.

J’oubliais de vous dire...”

PROVENANCE : Bernard Malle (cachet)

1. La mention ici de Philarète Chasles, ami de la comtesse Merlin, permet de l’envisager comme destinataire de cette lettre
2. Louis de Loménie. “Chateaubriand et ses Mémoires. Deuxième partie”. Revue des Deux Mondes, vol. 23, n° 5, 1er sept. 1848, pp. 674-707. Les MOT parurent dans La Presse du 21 octobre 1848 au 3 juillet 1850
3. Mme Récamier ?
3. Chateaubriand vint souvent retrouver "la paix et le bonheur" à Fervaques, et il y écrivit même une partie des Martyrs, et notamment l'épisode de Velléda, personnage que lui inspira la maîtresse des lieux, Delphine de Custine, que l'on surnommait "La Reine des Roses". La description du séjour à Fervaques et la phrase de Chateaubriand sur Delphine de Custine se trouvent au t. II, livre XIV des MOT