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Adeisidaemon, sive Titus Livius a Superstitione vindicatus : in qua dissertatione probatur, Livium Historicum ... Annexae sunt ejusdem Origines Judaicæ
JOHN TOLAND, L’UN DES PREMIERS LIBRES PENSEURS ANGLAIS SELON BERKELEY, AMI DE LOCKE : AUX SOURCES DE L’ATHÉISME AU XVIIIE SIÈCLE.
BEL EXEMPLAIRE DE LOUIS-ANTOINE-AUGUSTE DE ROHAN CHABOT, DUC DE CHABOT, FAMEUX COLLECTIONNEUR DE TABLEAUX
ÉDITION ORIGINALE
In-8 (153 x 94mm). Titre et faux-titre imprimés en rouge et noir. Bandeaux et initiales gravés sur bois
COLLATION : π1 *-**4 ***2 A2 B-Z42A-B42C2, A1r mal signé A3
CONTENU : π1r : faux-titre, *1r : titre, *2r : Epistola ad Antonium Collinum, A1r : Adeisidaemon, N4r (p. 99) : Origines Judaicae, sive, Strabonis, de Moyse et religione Judaica historia, breviter illustrata, C2v : errata
RELIURE FRANÇAISE VERS 1770. Maroquin citron, décor doré, armes au centre des plats, encadrement de trois filets, dos à nerfs richement orné, tranches dorées
PROVENANCE : Louis-Antoine-Auguste de Rohan Chabot (1733-1807), duc de Chabot, puis 6e duc de Rohan en 1791, fils du chevalier de Rohan qui fit bastonner Voltaire [cf. Olivier-Hermal-de Rotton, pl. 2037]. Le duc de Chabot est fait chevalier du Saint-Esprit en 1783. Le cordon ne figure pas sur les armes de cette reliure signifiant qu’elle fut réalisée avant cette date
John Toland (1670-1722), philosophe d’origine irlandaise et disciple de John Locke (1632-1704), qualifié par George Berkeley (1685-1733) de premier libre penseur (“the original free thinker”), dut s’exiler en Angleterre à la suite de la publication de son Christianity Not Mysterious en 1697. Ce livre fameux, brûlé en place publique (11 septembre 1697) suite à sa condamnation par des autorités normalement conciliantes, lança la longue querelle sur le déisme. John Toland voyagea par la suite en Hollande où il rencontra les grands penseurs du protestantisme français exilés, comme Jean Le Clerc (1657-1736) et Pierre Bayle (1647-1706). En 1701-1702, il alla jusqu’à Hanovre où il s’entretint plusieurs fois avec Leibniz avec lequel il correspondit en français. Ses Letters to Serena, publiées en 1704, portent la trace de ces conversations. Preuve de la longue influence du free thinker, elles seront traduites en français en 1768, juste avant la publication du Rêve de d’Alembert (1769).
La préface de l’Adeisidaemon, publié à la toute fin de 1708 mais daté de 1709, le dédie à Anthony Collins (1676-1729), gentilhomme fortuné, ami de Toland et de Locke. Collins fut aussi, avec Toland, l’un des grands matérialistes et libres penseurs de son temps, l’un des pères de l’Enlightenment anglais. Toland et lui étaient également admirés par le baron d’Holbach, traducteur de Toland :
“a wealthy English free-thinker, deist and materialist who in his later years became a country squire and local government official in Essex. Along with John Toland, Collins was the most significant member of a close knit circle of radical free thinkers that arose in England in the first three decades of the eighteenth century” (Standford Encyclopedia of Philosophy).
L’Aideisidaemon, “The Unsuperstitious Man”, met sur le même plan religion et superstition puisque la force de la première dépend de l’irrationalité de la crainte de l’enfer et de l’espoir du salut. Ce texte, plus polémique que systématique, connut un certain succès. Toland alla même jusqu’à envoyer un exemplaire dédicacé au Prince Eugène de Savoie (ÖNB, Autographen 45. 83).
Mais le texte le plus important de ce livre est le second, les Origines Judaicæ. Ici, Toland prétend que Moïse lors de l’exode imposa au peuple juif un État et une religion fondée sur le panthéisme. Le peuple juif ne lui apparaissait pas comme l’initiateur du monothéisme. La continuité entre judaïsme et christianisme, entre histoire sainte et histoire profane, était rompue. Toland visait là l’importante Demonstratio evangelica publiée par Pierre-Daniel Huet en 1679. Le vieil évêque d’Avranches répliqua d’ailleurs aux Origines Judaicæ en publiant dès 1709 dans le très jésuite Journal de Trévoux sa “Lettre touchant le livre de Tolland, anglois, intitulé Adeisidaemon et Origines Judaicae” (IX, pp. 1588-1618).
Faire relier ce texte à ses propres armes ne rangeait pas parmi les dévôts. Louis-Antoine de Rohan Chabot (1733-1807), duc de Chabot en 1775, duc de Rohan en 1791, pour lequel ce livre fut relié, est connu pour sa collection de tableaux vendue en 1787 avec comme expert Jean-Baptiste Lebrun (Catalogue d’une précieuse collection de tableaux, Paris, Prault, 1787). Son épouse, Élisabeth Louise de La Rochefoucauld (1740-1786), tenait un salon réputé où l'on pratiquait notamment le dessin lors de “soirées d’Académie” auxquelles participaient les peintres Jean-Baptiste Pierre (1714-1789) et les Lagrenée père et fils. En matière de livres, cette provenance est rare. On ne connaît pas de catalogue de vente aux enchères de sa bibliothèque.
G. Carabelli, Tolandiana. Materiali bibliografici per lo studio dell’opera e della fortuna di John Toland. Florence, 1975, pp. 137-140 -- Tristan Dagron, Toland et Leibniz. L’invention du néo-spinozisme, Paris, Vrin, 2009 -- L. G. Croker, “John Toland et le matérialisme de Diderot”, RHLF, 1953, pp. 289-295
WEBOGRAPHIE : P. Lurbe, John Toland et la pensée française, https://books.openedition.org/puc/1214 ?lang=fr#bodyftn1, et, du même, “Les Origines juives à la lumière de l’histoire profane : Origines Judaicae de John Toland (1709)”, https://www.persee.fr/doc/xvii_0291-3798_2007_num_64_1_2342 -- sur le duc de Chabot, cf. https://piprod.getty.edu/starweb/pi/servlet.starweb ?path=pi/pi.link5.web&search2=7315