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DIDEROT, Denis, et Jean Le Rond d'Alembert.

Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers par une société de gens de lettres... Édition exactement conforme à celle de Pellet, in-quarto

À Lausanne, [puis :] À Lausanne et à Berne, Société typographique, [puis :] Sociétés typographiques, 1778-1781

LES LUMIÈRES EN MARCHE : SÉDUISANT EXEMPLAIRE DE LA PREMIÈRE ÉDITION IN-8 DE L’ENCYCLOPÉDIE.

ROBERT DARNTON A SU MONTRER COMBIEN LES ÉDITIONS IN-4 ET IN-8 CONTRIBUÈRENT AVEC VIGUEUR À L’EXPANSION DES LUMIÈRES EN EUROPE, BIEN DAVANTAGE QUE L’ONÉREUSE ÉDITION IN-FOLIO.

EXEMPLAIRE DANS SA TRÈS ATTRACTIVE CONDITION D’ORIGINE, ABSOLUMENT NON PRESSÉ, ENTIÈREMENT NON ROGNÉ ET À TOUTES MARGES, AVEC TOUS SES TÉMOINS, LES PAGES SONT PARFOIS MÊME NON COUPÉES, DANS UNE BELLE RELIURE CONTEMPORAINE AUX DOS DE PAPIER VERT AMANDE

ÉDITION ORIGINALE DE LA PREMIÈRE ÉDITION IN-8, selon la formule d’Adams (cf. p. 385 pour le fleuron caractéristique de Mercure au t. I, repr. Adams, p. 386). Fleurons imprimés sur les pages de titre, texte imprimé en deux colonnes, quelques bandeaux gravés sur bois
36 volumes in-8 (225 x 145mm) de textes et 3 volumes in-8 (225 x 155mm) de planches, SOIT 39 VOLUMES en tout. Chaque volume est accompagné de son faux-titre et de son titre. Nous ne précisons que lorsqu’il y a deux faux-titres dans un seul volume
COLLATION : (vol. 1) : portrait gravé de d’Alembert, Discours préliminaire (58 pp.), Avertissement des éditeurs des suppléments (pp. 59-90), tableau dépliant du Système figuré des connaissances humaines et Explication détaillée du système des connoissances humaines (pp. 90-104), texte en 784 pp., pl. dépl. aux pp. 536, 592 et 598 ; (vol. 2) : portrait gravé de Diderot gravé par Lardy, texte en 823 pp., pl. dépl. à la p. 378 : “Division générale de l’Amérique” ; (3) : texte en 941 pp., pl. dépl. à la p. 636 : “Division générale de l’Asie” ; (4) : texte en 788 pp. ; (5) : 2 faux-titres, texte en 885 pp. ; (6) : Lausanne et Berne, 1779, texte en 804 pp., sans les deux pl. dépl. réclamées par Adams pour l’édition de 1781 ; (7) : texte en 893 pp., une planche dépliante p. 376 et deux autres à la fin ; (8) : texte en 989 pp. ; (9) : Berne et Lausanne, 1779, titre, texte en 958 pp. (apparemment sans faux-titre, réclamé par Adams qui décrit cependant p. 390 au t. IX un exemplaire au millésime de 1782) ; (10) : texte en 1024 ; (11) : texte en 991 pp. ; (12) : texte en 995 pp. ; (13) : texte en 1013 pp., avec une pl. dépl. “Division de l’Europe” p. 445 ; (14) : texte en 992 pp. ; (15) : texte en 984 pp. ; (15) : texte en 896 pp., avec une pl. dépl. “Système figuré des parties de la géographie” p. 36 ; (16) : texte en 896 pp. ; (17) : texte en 984 pp. ; (18) : texte en 1012 pp. ; (19) : texte en 1052 pp., avec une pl. dépl. se rapportant à l’art. “Itinéraire” à la p. 148 ; (20) : texte en 1015 pp. ; (21) : texte en 963 pp. ; (22) : texte en 896 pp. ; (23) : texte en 980 pp. ; (24) : 2 faux-titre, texte en 504 et 531 pp. ; (25) : 2 faux-titre, texte en 956 pp. ; (26) : 2 faux-titre, texte en 920 pp., avec une pl. dépl. à l’article “poids” p. 415 ; (27) : texte en 924 pp. ; (28) : 2 faux-titre, texte en 924 pp., 482 et 492 pp. ; (29) : texte en 960 pp., avec 2 pl. depl. pp. 83 et 93 se reportant à l’article velours ; (36) : texte en 828 pp., avec à la fin les éloges de Montesquieu, de Du Marsais, 8 pp. n. ch. de caractères d’imprimerie et une pl. suppl. d’horlogerie

ILLUSTRATION : Recueil de planches :
(I) : Lausanne et Berne, Sociétés typographiques, 1779 : faux-titre et titre dans un encadrement gravé sur bois, pp. 1-2 : “Avis au relieur”, 32 pp : liste des planches pour les Arts libéraux et Arts mécaniques suivi par 75 planches (avec une planche de plus qu’Adams pour la Gnomonique), pp. 2-76 : “Évolution de terre. Observations préliminaires” suivi par 19 planches, pp. 1-28 : “Marine” (les deux dernières p. mal numérotées) suivi par 37 planches, 12 pp. : “Marine. Constructions navales” suivi par 7 planches, soit 138 planches
(II) : Lausanne et Berne, Sociétés typographiques, 1780 : faux-titre et titre dans un encadrement gravé sur bois, 48 pp. : “Planches, seconde livraison... Anatomie” suivi par 28 planches (apparemment sans la planche 4 : “Écorché vu de face d’après Albinus”), 40 pp. : “Architecture et parties qui en dépendent” suivi par 64 planches, 9 pp. : “Chymie” suivi par 24 planches, 6 pp. : “Chirurgie” suivi par 34 planches, 40 pp. : “Musique” suivi par 12 planches et 51 pages de tableaux de nombres, soit en tout 162 planches (sur 163)
(III) : Lausanne et Berne, Sociétés typographiques, 1781 : faux-titre et titre dans un encadrement gravé sur bois, 56 pp. : “Mathématiques, Musique...” suivi de 124 planches de mathématiques, musique, architecture, briqueterie, chaufournier, couvreur, architecture navale, art militaire, chirurgie. Avec une planche gr. d’horlogerie à la fin du vol. 36
Soit deux portraits d'après Cochin et en tout 429 planches parfois à double pages ou dépliantes, toutes réunies (sauf 5) dans les trois derniers volumes. Certains tableaux dépliants ne sont pas ici comptés
RELIURE UNIFORME STRICTEMENT DE L’ÉPOQUE. Plats de carton peint de noir, dos lisses de papier vert amande à rebords dépassants, étiquettes de titre du XVIIIe siècle sur les dos, entièrement non rogné, témoins
PROVENANCE : étiquette de cote anonyme au pied du dos du premier volume -- comtes d’Harcourt

Étiquette de titre au dos du t. 25 partiellement manquante, quelques feuillets froissés, exemplaire un peu poussiéreux, une planche d’anatomie est sans doute absente au tome II des planches, comme le faux-titre du vol. 9

Les cinq éditions précédant celle-ci sont toutes au format in-folio ou in-quarto. Cette édition de Lausanne, in-octavo, est la première à avoir été éditée en un petit format portatif. Elle reprend l’édition in-quarto de Genève, publiée par Pellet, un an avant. Panckoucke et ses associés qui possédaient les droits pour cette encyclopédie genevoise s’opposèrent autant qu’ils le purent à cette première édition in-octavo. Celle-ci naquit de l’entente de deux éditeurs à Berne et à Lausanne :

“la société typographique de Berne, à cette époque, subit l’influence d’un jeune homme astucieux nommé Pfaehler, promu d’employé de bureau à codirecteur de la Société, qui possède un véritable don pour les opérations de piraterie. Pfaehler semble taillé dans le même moule que Jean-Pierre Heubach, directeur de la Société typographique de Lausanne. Heubach avait acquis une grande expérience dans le commerce des livres interdits. Il s’était installé à son compte à Lausanne ; en 1771, il monte trois presses et son personnel se compose de quinze ouvriers. En 1773, il agrandit son magasin et prend de nouveaux associés. En 1774, il réorganise son entreprise qu’il nomme Société typographique de Lausanne. L’affaire prospère. En 1775, Heubach possède sept presses, un stock de volumes dont la valeur est estimée à 27388 livres, une résidence en ville, un terrain à la campagne. Il est probablement l’instigateur de la publication de l’in-octavo mais Pfaehler le soutient avec enthousiasme et l’appui mutuel de leurs sociétés représente une menace sérieuse pour l’in-quarto... les éditeurs de l’in-octavo ont contribué à la vulgarisation des Lumières” (R. Darnton, pp. 166-168).

Une guerre s’instaure entre ces deux éditions in-quarto et in-octavo, entrecoupée de tentatives d’accords. Panckoucke ne parvient pas à empêcher la diffusion de l’édition in-octavo. Il pense même s’associer à elle, à un moment, à défaut de la vaincre. Une ligne de partage se dessine finalement :

“la guerre in-quarto in-octavo a créé deux zones d’influence bien distinctes dans le marché international : le consortium de Panckoucke concentré en France et les Sociétés typographiques de Berne et de Lausanne qui travaillent principalement en Allemagne jusqu’aux pays slaves” (R. Darnton, p. 333).

Panckoucke affirme que l’édition in-octavo a du succès “à cause du bas prix et du goût constant du public pour cet ouvrage” (lettre du 22 décembre 1777 à la Société typographique de Neuchâtel). De fait, quand les deux éditions sont présentées simultanément, “l’in-octavo l’emporte toujours... Par exemple, Mayence, ville prospère et animée, absorbe vingt in-octavo et pas le moindre in-quarto” (R. Darnton, p. 333). Quant au goût du public, il ne cesse de réclamer des exemplaires. On estime à environ 24000 le nombre d’exemplaires de l’Encyclopédie sortis des presses, toutes éditions confondues, avant 1789.

Le format et le prix de l’Encyclopédie diminuent d’édition en édition : de l’in-folio à l’in-quarto et à l’in-octavo, le prix de souscription tombe de 980 à 324 à 225 livres. Dans le même temps, l’importance des tirages augmente, 4225 pour l’édition originale in-folio à plus de 8000 pour les in-quarto et 6000 pour les in-octavo :

“La démocratisation de l’Encyclopédie a pourtant des limites car même l’édition la moins coûteuse aurait paru trop chère au commun des mortels. Jusqu’à quel point était-elle hors de portée ? Il est possible de s’en rendre compte en traduisant son prix en kilos de pain, élément de base de leur nourriture. Compte tenu du prix de souscription et du prix d’un pain de sept kilos, l’in-folio vaut 2450 pains, l’in-quarto 960 et l’in-octavo 563. Or, un ouvrier ordinaire avec une femme et trois enfants doit acheter au moins douze pains par semaine pour faire vivre sa famille. Quand il a du travail, il gagne une livre par jour. Même en période faste, la moitié du revenu de la famille est dépensée en pain. Un in-octavo bon marché représente un an de budget nourriture, un in-quarto un an et demi, un in-folio quatre ans. Donc, même s’il sait lire, un ouvrier ne peut pas plus acheter une Encyclopédie qu’il ne peut envisager l’idée d’acquérir un palais. Les artisans spécialisés - serruriers, charpentiers et compositeurs - gagnent quinze livres quand la semaine est bonne. À en juger par les signatures portées sur les certificats de mariage et les inventaires après décès, ils réussissent non seulement à lire mais encore à acheter des livres. Cependant, ils n’auraient jamais pu s’offrir une Encyclopédie. L’œuvre de Diderot reste inaccessible à l’élite des travailleurs, y compris ceux qui l’ont imprimée” (ibid., p. 297).

BIBLIOGRAPHIE : 

D. Adams, Bibliographie des œuvres de Denis Diderot, Ferney-Voltaire, 2000, G8, pp. 384-405 -- Printing and the Mind of Man, 200 : pour l’édition originale -- En Français dans le texte, 156 : pour l’édition originale -- Lough, Essays on the Encyclopédie of Diderot and d'Alembert, Londres, 1968 -- Lumières ! Un héritage pour demain, exposition de la BnF, Paris, 2006 -- J.-C. Brunet, Manuel du libraire, II, col. 701 -- Robert Darnton, L’Aventure de l’Encyclopédie 1775-1800, Paris, 1992 : pour le classement des différentes éditions, cf. pp. 60-62 -- “Notice bibliographique des diverses éditions de l’Encyclopédie” in Encyclopédie des jeunes étudiants et des gens du monde, Paris, 1835, pp. 252-253