PASCAL, Blaise

Les Provinciales ou Lettres écrites par Louis de Montalte à un Provincial de ses amis, et aux RR. PP. Jésuites. Huitième édition

Cologne, Nicolas Schouten, 1685

BEL EXEMPLAIRE RELIÉ EN MAROQUIN ROUGE DOUBLÉ DE MAROQUIN CITRON, VERS 1730.

L’UNE DES ÉDITIONS DE NICOLAS SCHOUTEN EN 1685

In-12 (127 x 72mm). Titre en rouge et noir
COLLATION : *12 A-S12, en 432 pages
CONTENU : *1r titre, *2r : Avertissement au lecteur, A1r : Lettre écrite à un provincial
RELIURE DOUBLÉE VERS 1730. Maroquin rouge, décor doré, large encadrement formé de différents fers filigranés, DOUBLURE DE MAROQUIN CITRON, encadrement aux petits fers et à motif alterné de croix de Lorraine et de fleurs de lys, garde de papier doré, tranches dorées
PROVENANCE : Fleischmann (ex-libris manuscrit sur la page de titre, daté 1722)

La sixième vente du fonds de la librairie Pierre Berès (Paris, 17 décembre 2007, n° 155) présentait un exemplaire de la même édition des Provinciales, également relié en maroquin rouge mais pour Louis Phélypeaux de Pontchartrain, chancelier de France. Nous en possédons un autre présent sur ce site relié pour La Vieuville. Nicolas Schouten s’était fait une spécialité des Provinciales et on connaît plusieurs éditions imprimées en 1685. L’intérêt principal et évident de cet exemplaire est de porter les armes de l’un des principaux “curieux” de son temps, pour reprendre une expression désormais consacrée, et proposer ainsi une approbation de lecture évidente et strictement contemporaine de l’édition. On se souvient de l’exemplaire des Provinciales en quatre langues (1684) relié plus tardivement pour le comte d’Hoym de la vente Ortiz-Linares (Paris, 14 décembre 2022, n° 58, €9.450)

Ce texte de Blaise Pascal, à la fois classique et capital, comprend dix-huit pièces, suivies d'une dix-neuvième touchant l’inquisition qu’on veut établir en France à l’occasion de la nouvelle bulle du pape Alexandre VII, due à Lemaistre de Sacy et Pascal. Ces lettres anonymes, imprimées au fur et à mesure de leur composition, ont été publiées entre le 23 janvier 1656 et le 24 mai 1657, puis réunies en recueil probablement par les soins de Pierre Nicole. Sous cette forme, elles reçurent un titre d'ensemble et le nom d'un auteur imaginaire, Louis de Montalte. En quelques années, il en parut non seulement des éditions complètes mais aussi des traductions latine et anglaise. Les éditions se multiplièrent au long du XVIIe siècle faisant de ce joyau de langue un immense succès éditorial.

C'est après la célèbre nuit du 23 novembre 1654, dont Pascal a conservé le souvenir dans le Mémorial, que l'écrivain, entré en janvier 1655 à Port-Royal, apporte aux "solitaires" sa culture profane nourrie des philosophes plus que des théologiens, et tout son génie, comme en témoigne l'Entretien avec M. de Sacy. Sa culture laïque permet à Pascal, pour le plus grand bénéfice des messieurs de Port-Royal, de s'adresser au monde en général, de l'émouvoir et de le convaincre, et d'exposer à un vaste public les problèmes qui semblaient par leur nature n'être qu'affaire de spécialistes.

En 1655, le duc de Liancourt, connu pour sa grande piété, se vit refuser la confession par le prêtre de Saint-Sulpice à cause de ses attaches avec la communauté de Port-Royal. Arnaud fut chargé de rédiger une lettre publique, qui parut en février 1655, pour stigmatiser la conduite du prêtre et où il réfutait les raisons données par les ennemis de Port-Royal pour tenter d'exclure ce mouvement de l'Église.

La protestation d'Arnaud fut attaquée par des pamphlets injurieux et une querelle s'ensuivit autour de l'Augustinus de Jansenius, condamné à Rome en 1653 ; Arnaud, déféré en Sorbonne devant la Faculté de Théologie, fut condamné tant sur la question de fait que sur celle de droit, ayant été censuré par une assemblée régulièrement constituée composée de plus de quarante docteurs des ordres mendiants au lieu des huit qui avaient droit d'y assister. Ces messieurs de Port-Royal passèrent dès lors pour être hérétiques. Arnaud composa une réponse qui ne parut pas satisfaisante et se tourna alors vers le jeune Pascal qui connaissait, mieux que lui, les moyens d'atteindre le public.

Un succès prodigieux salua la première Lettre écrite par un provincial à un de ses amis sur le sujet des disputes présentes de la Sorbonne. Pascal y raillait la Sorbonne et le texte fut censuré. Pour chercher noise à Port-Royal, tous les prétextes étaient bons. Le 29 janvier, Pascal, installé en face du collège de Clermont, avec tous les documents d'Arnaud, achevait sa seconde Provinciale. Le propos de la grâce et la lecture de l'Évangile donnaient lieu à toutes les confusions et la censure prononcée contre Arnaud était injuste et absurde, puisqu'on lui reprochait d'avancer une proposition tirée de l'Église et appuyée par les Pères de l'Église.

Pascal arrêta la polémique après la dix-huitième lettre. La lutte avait duré deux années et les Provinciales, définitivement condamnées par le parlement de Provence, furent mises à l'index. En 1660, un rapport d'une commission ecclésiastique au Conseil d'État faisait brûler la traduction latine du livre faite par Nicole, où l'on craignait de trouver une note de celui-ci injurieuse pour la mémoire de Louis XIII.

Mais les jansénistes triomphaient cependant de leurs adversaires jésuites. Ils avaient mis au jour les ressorts de leur politique et exposé devant un immense public leurs "chicaneries" ; c'était cela qui comptait et cela était l'œuvre personnelle de Pascal. Les autorités ecclésiastiques ne pouvaient que condamner la morale relâchée des casuistes, donc des jésuites.

Cette œuvre, qui exprime la polémique d'une époque, n'a pas eu le sort des pamphlets de son temps, sans doute parce que Pascal, avec son génie, s'est posé les problèmes essentiels et a élevé le débat au point qu'il intéresse l'homme de tous les temps. C'est surtout parce que les Provinciales sont un des plus purs chefs-d'œuvre de la langue française. Voltaire, dans Le Siècle de Louis XIV, les a appelées le premier livre de génie qu'on vit en prose, ajoutant que les premières lettres, valent les meilleures comédies de Molière.

BIBLIOGRAPHIE : 

J. H. Basse, Monographie des éditions des Lettres provinciales par Blaise Pascal, Paris, Téchener, 1878, p. 30, n° 45, qualifiée de “charmante édition elzévirienne”” par Basse -- voir aussi sur les La Vieuville bibliophiles : Reliures françaises du XVIIe siècle. Chefs-d’œuvres du Musée Condé, Paris, 2002

2 500 €
Acheter
Estimation d'un livre ou d'un manuscrit