Calligrammes. [Épreuves d’imprimerie]
RARE ET PRÉCIEUX JEU D’ÉPREUVES APRÈS CORRECTIONS DE SOIXANTE-QUATRE POÈMES DE CALLIGRAMMES, AVEC LE CACHET SEC SUR LE PREMIER FEUILLET “2EME ÉPREUVE, À RETOURNER”.
APOLLINAIRE À L’IMPRIMERIE : L’ATELIER DU POÈTE
In-4 (243 x 190 mm) de 64 poèmes sur 84 feuillets non paginés, tous imprimés sur le recto seulement, mais foliotés au crayon bleu, avec le cachet sec “2e épreuves à retourner”
Ces épreuves d’imprimerie contiennent soixante-quatre des quatre-vingt-quatre poèmes publiés en 1918 pour la première édition de Calligrammes. Le poème "Paris", apparaissant ici dans la section "Tête étoilée", ne fait pas partie de l'édition définitive. La foliotation, inscrite au crayon bleu, très probablement par le prototypiste, se suit. La plupart des poèmes absents sont des calligrammes, exceptés “Les Collines”, “À travers l’Europe”, “Ombre”, “Océan de terre”, “Chant de l’honneur” et “La Jolie Rousse”. Cette absence témoigne sans doute de l’extrême difficulté par les imprimeurs à imprimer les calligrammes d’Apollinaire. En outre, la plupart d’entre eux avaient déjà été publiés dans la revue Les Soirées de Paris ou dans la revue SIC. C’est le cas de “Paysage” (publié sous le titre “Paysage animé”, n° 27, août 1914), “Lettre-Océan” (n° 25, 15 juin 1914), “La Cravate et la montre” (n° 27, août 1914), “Cœur couronne et miroir” (n° 27, août 1914), “Voyage” (n° 27, août 1914), “Il pleut” (n° 12, SIC, décembre 1916), “2e canonnier conducteur” (prépublié sous le titre “Feldpost brief”, Der Mistral, Zurich, nº 1, 3 mars 1915). Le papier sur lequel ces épreuves sont imprimées diffère du papier de l’édition originale, ce dernier est un papier de bois relativement rigide et friable. Nos épreuves sont imprimées sur un papier vélin fin, il est bien plus souple que celui de l’édition définitive.
CONTENU : ces épreuves contiennent, dans l’ordre :
Pour Ondes : "Liens", "Arbre", "Les Fenêtres", "Tours", "Lundi rue Christine", "Prophéties", "Le musicien de Saint-Merry", "Un fantôme de nuées"
Pour Étendards : "Fumée", "À Nîmes", "Vieille", "C'est Lou qu'elle ne nomme"
Pour Case d'Armons : "Reconnaissance", "Fête", "Saillant", "Guerre", "Mutation", "Oracles", "14 Juin 1915", "De la Batterie de Tir", "Échelon", "Les Saisons", "Vers le Sud", "Les soupirs du servant de Dakar", “Toujours", "La Nuit d'Avril 1915"
Pour Lueurs des Tirs : "L'inscription anglaise", "Photographie", "Fusée", "Désir", "À L'Italie", "La Grâce exilée, "La boucle retrouvée", "Refus de la Colombe", "Les feux du bivouac", "Les Grenadines repentantes", "Tourbillon de Mouches", "L'adieu du cavalier", "La Traversée", "Il y a", "Le Palais du tonnerre", "Du coton dans les oreilles", "Le chant d'amour", "Chant de l'horizon en Champagne", "Dans l'abri caverne"
Pour La Tête étoilée : "Carte postale", "Chef de section", "Exercice", "L'Espionne", "Merveille de la Guerre", "Aussi bien que les cigales", "Souvenirs", "Chevaux de frise", "Simultanéités", "L'Avenir", "Le vigneron champenois", "Un oiseau chante", "Paris", "Le Départ", "Tristesse d'étoile", "La Victoire"
RELIURE MODERNE. Chemise en demi maroquin noir, dos à nerfs, étui assorti
Tous ces poèmes sont imprimés à la suite, sans saut de page entre les pièces. En outre, la mise en page ne connaît pas l’ordonnancement de l’édition définitive. Par exemple, le poème “Arbre”, qui est le deuxième de ces épreuves, est le cinquième du recueil définitif. “Tour”, qui est en quatrième position dans cet exemplaire, apparaît en treizième position de l’édition originale.
La cinquième section "Obus couleur de Lune" n'existe pas dans ces épreuves. Les poèmes de cette division sont partagés entre "Lueurs de Tirs" et "La Tête étoilée". Les dédicaces pour le poème "Arbre" ("À Frédéric Boutet"), et "À Nîmes” (“À Émile Léonard"), n'existent pas dans les épreuves, elles sont ajoutées par la suite. Dans ces épreuves, le poème "14 Juin 1915" est dédicacé "À maman". Cette mention disparaît dans la version éditée. De même, le poème "Échelon" est dédicacé "Au maréchal des logis Piot" dans les épreuves, mais cette mention disparaît dans la version imprimée. Dans les épreuves, le poème "Toujours" est dédicacé à "Louise Faure-Favier". L’hommage devient "à Madame Faure-Favier" dans l'édition définitive.
Le titre du poème "Prophéties" devient "Sur les Prophéties" dans la version définitive. De même, "C'est Lou qu'elle se nomme" devient "C'est Lou qu'on la nommait" et "Tristesse d'étoile" devient "Tristesse d'une étoile". L’orthographe du titre du poème "Échelon" change légèrement dans la version définitive pour intégrer l'accent à la majuscule. L’agencement typographique de l'avant-dernier vers de "La Nuit d'Avril 1915" change dans la version définitive.
Ces épreuves rarissimes sur papier peu commun ont déjà intégré les corrections du premier jeu d’épreuves conservé à la Bibliothèque nationale de France. Elles présentent d’importantes variantes par rapport à l’édition originale et témoignent du formidable travail d’imprimerie qui présida à la publication de l’un des recueils les plus originaux de la poésie mondiale.
Il conviendrait de situer précisément par de plus amples recherches la place de ces épreuves dans le processus d’imprimerie éminemment compliqué qui présida à la publication des Calligrammes : “reconstituer la genèse du recueil pendant cette année 1917 revient à démêler un écheveau de laine” (C. Debon, op. cit., p. 25). L’extrême rareté d’un tel jeu d’épreuves est en tout cas acquise, tant la BnF et la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet concentrent la quasi totalité des épreuves et maquettes. Pour ce qui est des épreuves numérotées de D1 à D4 par Claude Debon, la série de la BnF a été considérablement étoffée par le don de Bernard Poissonnier en 1989. Ces épreuves précèdent la grande maquette de la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet. D2 et D3 se présentent ainsi, comme ici, en 84 feuillets également foliotés au crayon bleu (à D2 il manque néanmoins quelques feuillets). On connaît un jeu d’épreuves d’une troisième série, appelé “épreuves en tierce”, dédicacé à Gonzague-Frick, qui ne présente aucune différence par rapport à l’édition originale.
Comme nos épreuves, ils ne possèdent pas certains poèmes calligrammatiques dont la composition typographique “ont fait l’objet d’épreuves séparées, non intégrées aux autres épreuves, compte tenu de la difficulté technique liée à leur composition (...) Les calligrammes ont probablement été confiés à Paul Birault, dont Apollinaire dresse un portrait plein de sympathie dans Le Flâneur des deux rives. C’est lui qui avait imprimé L’Enchanteur pourrissant : “Dans la petite imprimerie de la rue Tardieu (...) furent (...) composés un certain nombre de poèmes formels de mon recueil intitulé Calligrammes” (Cit. de G. A., in C. Debon, op. cit., p. 32). Ces poèmes ne “manquent” donc pas au présent jeu d’épreuves qui constituent peut-être le “jeu intermédiaire disparu” mentionné par Claude Debon (op. cit., p. 31).
Claude Debon, Calligrammes dans tous ses état, Paris, 2008



