Deux poèmes autographes signés
POÉSIE D’UN AMI PEINTRE POUR ÉGAYER LES JOURS D’UN POÈTE AU FRONT.
EXEMPLAIRE D’APOLLINAIRE
Deux pages sur deux feuillets in-8 (246 x 167mm) et in-12 (142 x 91mm). Papier pelure et papier cartonné, encre noire
Transcription partielle du premier poème :
“De ton aguichante boutique / Ne te suffit point le décor / Ayant couleuvres, rats, moustiques / Tu voudrais des femmes, encor ! / Et cependant, par sa souplesse / Sinuant à la rue ou lovée aux draps, n’est-ce… / n’est-ce donc pas une couleuvre, la femme ? [...] Mais alors nul ne comprendra / les exigences de ton âme / Si moustiques, couleuvres et rats / peuvent suppléer une femme / Ce que tu réclames, tu l’as. [...] / - et d’autre chose aussi / qu’il m’essied de décrire / m’a dit Kostrowitzky / satyre./ Sans démenti de la part / de Berthier ni de Bodard ”.
Transcription partielle du second poème : “Pour hiverner au trou Bricot / Le poilu qui porte tricot, /flanelle et… kif kif bourriquot, / grelotterait comme asticot / s’il n’avait, après le fricot, / une provisiond’alco” [...]
PROVENANCE : archives de Guillaume Apollinaire -- puis sa femme, Jacqueline Apollinaire (1891-1967), qui les conserva jusqu’à sa mort dans leur appartement au 6e étage du 202 boulevard Saint-Germain (Paris, 31 mars 2011, lot 103)
Aloës (ou Aloyus Duravel) est un pseudonyme inventé par le peintre symboliste Joseph Granié (1861-1915). Il répond, avec ces deux poèmes qu’il adresse à Apollinaire, au front, aux frustrations du poète. Chacun de ces deux poèmes joue d’une contrainte qu’il s’impose. Le premier, le plus long, développe une phrase extraite d’une probable lettre d’Apollinaire : “Ma hutte est très jolie, nous avons des rats, des couleuvres et des moustiques ; dommage qu’il n’y ait pas de femme du tout. (G. Apollinaire de Kostrowitzky)”. Les noms de “Kostrowitzky”, “Berthier” et “Bodard” apparaissent dans la dernière strophe. Le second poème réussit la performance d’être construit selon une rime unique, en “cot”, répétée en queue de chacun des douze vers. Apollinaire dédicaça à Granié-Duravel son poème “Chant de l'horizon en Champagne”, dans Calligrammes.
