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APOLLINAIRE, Guillaume

[Discours au déjeuner Apollinaire du Palais d'Orléans].

Paris, 1916, 30 décembre

L’IMPORTANT DISCOURS DU PRINCE DES POÈTES QUI, ASSASSINÉ LE 17 MARS 1916, RESSUSCITE ICI DEVANT LA “FOULE” DE SES AMIS.

SONT CITÉS TOUS LES ARTISTES QUI ENTOURENT APOLLINAIRE : PICASSO, BRAQUE, MATISSE, JUAN GRIS, REVERDY, MAX JACOB ET CENDRARS...

IL NOUS A ÉTÉ IMPOSSIBLE DE RETROUVER UNE TRACE DE PUBLICATION DE CE DISCOURS SI BIEN QUE CE BROUILLON AUTOGRAPHE SEMBLE INÉDIT.

MANUSCRIT AUTOGRAPHE à l’encre bleue, brouillon, ratures et surcharges, 1 p. in-4, au verso d’un texte de dépêche sur la guerre ronéoté et daté “Genève, 30 décembre” [1916], (nous ajoutons la ponctuation)

“Mes chers amis

Laissez-moi remercier d’abord les organisateurs de cette petite fête. Vous Juan Gris qui en avez eu l’idée. Vous les peintres Matisse, Picasso, Braque, qui la soutenant de l’éclat de votre nom, m’avez donné une marque d’estime que je n’oublierai pas. Vous Reverdy, Max Jacob, toi courageux Cendrars, et mes camarades dont l’amitié se marque ainsi par un touchant témoignage et vous surtout Paul Dermée qui avez tout organisé.

Je remercie aussi ceux qui ayant accepté de faire partie du comité d’Honneur ont voulu honorer à la fois le soldat et le poète. D’illustres noms ornent cette guirlande à laquelle ne manquent point les précieuses gemmes de la grâce féminine.

Enfin soyez tous remerciés, mes chers amis qui êtes venus en foule. Car, c’est là l’inattendu. Se fiant au témoignage antique de Socrate qui souhaitait avoir assez d’amis pour emplir sa maisonnette, les organisateurs de ce déjeuner intime avaient pensé qu’il viendrait juste assez de monde pour emplir la petite cagnat que j’ai bâtie sur mon toit. Voyez, il a fallu vous réunir au Palais d’Orléans.

Et encore beaucoup manquent de mes amis les plus chers, beaucoup n’ont pas été touchés par la poste, beaucoup enfin sont au front, d’autres enfin comme André Dupont sont morts au champ d’Honneur et je les sens parmi nous, dans nos cœurs.”

PROVENANCE : Jacqueline Apollinaire et archives du poète -- vente Magnin-Vedry

Pour fêter la publication du Poète assassiné, qui venait de paraître à la Bibliothèque des Curieux, les amis d’Apollinaire décidèrent de lui organiser, au Palais d’Orléans, le 31 décembre 1916, un banquet d’hommage. Le comité d’organisation de ce déjeuner comprenait Paul Dermée, Henri Matisse, Pablo Picasso, Georges Braque, Juan Gris, Max Jacob, Blaise Cendrars et Pierre Reverdy. On organisa en parallèle un comité d’honneur où se joignirent maints artistes tels Félix Fénéon, Cocteau, Gide, Salmon, Vlaminck, Hayden, Metzinger, Kubin, Zborowski, Rachilde, Georges Auric, Satie et bien d’autres encore. Apollinaire, agacé par la tournure mondaine que prenait ce déjeuner, demanda à son ami Juan Gris d’annuler le déjeuner ou au moins de supprimer ce comité d’honneur. Il était trop tard. Une centaine de personnes y participa, parmi lesquelles les Vallette, les Zetlin, Dufy, Salmon, Dumur, Bakst. Le banquet eut lieu au Palais d’Orléans, 200 avenue du Maine. Le déjeuner commença à 12 h 30 et dégénéra au dessert en bruyant chahut où “cubistes”, “futuristes” et “orphistes” se déchaînèrent. Aucun des orateurs prévus ne put se faire entendre.

Ce manuscrit est très certainement celui du discours véritablement prononcé par Guillaume Apollinaire. Il est impossible de dire s’il en forme le texte complet. Mais son achèvement sur l’évocation de la mort du camarade de tranchées André Dupont porte à le croire. Ce dernier est aussi le dédicataire de l’un des contes du Poète assassiné : “Cas du brigadier masqué c’est-à-dire le poète ressuscité”.

Apollinaire avait été blessé dans les tranchées le 17 mars 1916 par un éclat d’obus à la tempe alors qu’il lisait le Mercure de France. Il combattait dans l'Aisne, au bois des Buttes, près de La Ville-aux-Bois et avait obtenu la nationalité française quelques jours avant, le 9 mars 1916. Le poète assassiné sera trépané le 9 ou 10 mai au Val-de-Grâce. Il ressuscite ici comme Prince des poètes prononçant un discours dont nous n’avons trouvé aucune trace de publication, ne sachant pas même si ce texte fut prononcé, s’il est complet ou si le chahut empêcha toute déclamation.

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