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BRETON, André

Introduction au discours sur le peu de réalité

Paris, Librairie Gallimard, 1927

"VIVE GARINE".

ÉTONNANT ENVOI D'ANDRÉ BRETON À ANDRÉ MALRAUX. CELUI QUI CHERCHE "L'OR DU TEMPS" ADMIRE LE CRÉATEUR DE GARINE ET DES CONQUÉRANTS.

ANDRÉ BRETON ORGANISA EN 1924 UNE PÉTITION POUR DÉFENDRE MALRAUX LORS DE SON PROCÈS POUR PILLAGE DE RUINES AU CAMBODGE

ÉDITION ORIGINALE

In-4 (243 x 191mm)

TIRAGE : un des 100 exemplaires réservés au Service de Presse, avec la mention S. P. sur la couverture et l'un des 80 exemplaires sur vélin bouffant Lafuma Navarre

ILLUSTRATION : reproduction photographique d'un manuscrit de Breton placée en frontispice.

ENVOI :

À André Malraux

Vive Garine

BROCHÉ, tel que paru, non coupé et non rogné. Boite

Les relations d’André Breton et d’André Malraux furent tour à tour proches sans être intimes dans les années 20 (la première lettre de Malraux date de 1920), distantes mais réelles au début des années 30 (celles où ils partagent le combat anti-fasciste puisque Malraux signe Appel à la lutte en 1934), puis quasi inexistantes durant la guerre et l'après-guerre, surtout après les dissensions du congrès des écrivains antifascistes de 1935. Malraux ne s'enthousiasme ni pour Freud ni pour Lautréamont. Il ne voit en ce dernier qu'un plagiaire du roman noir et d'Edgar Poe. S'il se distancie des surréalistes, il ne parvient cependant pas à se soustraire à leur influence. Sa pratique littéraire d'un style nommé par lui farfelu rejoint en effet, dans sa passion du bric-à-brac, les expériences de l'écriture automatique.

À lire l'enthousiasme de l'envoi de Breton célébrant Garine, le héros des Conquérants, bien des choses les rapprochaient. Si ce premier des grands romans de Malraux fut publié en 1928 chez Grasset, la Nouvelle Revue française l'avait auparavant donné en feuilletons en 1926. Breton l'y lut à l'évidence puisque l'Introduction au discours sur le peu de réalité date de 1927. Ce texte même avait été auparavant publié dans la revue Commerce, datée de l'hiver 1924 mais diffusée en mars 1925. À cette date, celui qui affirme dès le premier paragraphe de l'Introduction qu'il "cherche l'or du temps" – formule célèbre ici créée qui figurera sur le faire-part de décès du maître du surréalisme – a pris la défense du pilleur d'Angkor. André Malraux, chercheur d'or tout court, avait été condamné en juin 1924 par le tribunal de Phnom Penh "à trois ans de prison sans sursis" (Breton) pour avoir dérobé au temple de Banteai Srey, à des fins bassement commerciales, de merveilleux bas-reliefs.

André Breton publie alors en première page des Nouvelles littéraires, le 16 août 1924, un manifeste intitulé Pour André Malraux. Il est signé par les plus grands figures littéraires du temps : Gide, Mauriac, Paulhan, Mac Orlan, Max Jacob et Aragon, Gaston et Raymond Gallimard, qui, tous, se portent garants "de la réelle valeur littéraire de Malraux" (Pléiade, t. I, pp. 474-475). Certains propos de cette pétition résonnent mal aujourd'hui : "Qui se soucie réellement de la conservation dans leur pays d'origine de ces œuvres d'art ?" La levée de boucliers influença les juges français du Cambodge. Ils ne condamnèrent Malraux qu'à une peine d'un an avec sursis lui permettant, selon Breton, de "servir l'art de notre temps en France, de réaliser, qui sait, une œuvre plus haute que celle qu'il a menacée" (ibid.).

Malraux, s'il n'a pas coupé les pages de ce texte (qu'il a pu lire dès 1925 dans Commerce), partage pourtant, et à l'évidence, la plupart des pensées qui le sous-tendent. La place prédominante donnée par Breton à l'imagination (celle des "chercheurs d'or”) ne pouvait que le ravir. L'Introduction au discours sur le peu de réalité défend une sorte de nominalisme moderne, absolu dit Aragon dans Une vague de rêves : "Le nominalisme absolu trouvait dans le surréalisme une démonstration éclatante (…) Il n'y a pas de pensée hors les mots". Selon Breton, le seul réel se retrouve être alors la femme et l'action. L'action en 1925, c'est l'orient qui enthousiasme Malraux comme toute sa génération ainsi que l'écrit Marguerite Bonnet lorsqu'elle présente ce texte :

"l'or du temps" se convertit en espace, "l'imagination sans fil" entraîne le rêveur vers l'Orient. La civilisation latine et son prolongement occidental sont totalement rejetés tandis que Breton voit dans l'Orient, autour duquel en ces années la pensée occidentale s'agite vivement, le lieu d'un espoir, "des prochaines révolutions". (Pléiade, p. 1445).

On comprend pourquoi André Breton crie "Vive Garine", héros oriental de l'action et du rêve. Dès 1929 cependant, le fossé avec Malraux s'est creusé. Il y eut d'abord polémique avec Emmanuel Berl et Malraux à propos de la publication par la revue belge Variétés d'un numéro spécial sur le surréalisme. Cette même année, désavouant Garine, Breton fait de Jean Carrive, dans son Second Manifeste du surréalisme, le "pauvre apologiste en fin de compte du Garine de M. Malraux".

BIBLIOGRAPHIE : 

André Breton, Œuvres, Pléiade, I, p. 474 et notes, II, p. 265 et notes -- Oliver Todd, André Malraux. Une vie, Paris, 2001 -- Dictionnaire André Breton, Paris, Garnier, 2012