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L’HUILLIER DE MAISONFLEUR, Étienne & VALAGRE

Les Cantiques du sieur de Valagre et les cantiques du sieur de Maizonfleur

Tours, Claude de Montr’œil & Jean Riché, 1592

BELLE ANTHOLOGIE FRANÇAISE PUBLIÉE DANS LE TUMULTE DES GUERRES DE RELIGIONS

NOUVELLE ÉDITION

In-12 (139 x 74 mm)
COLLATION : a6 A-P12 A-B12
RELIURE SIGNÉE DE CHAMBOLLE-DURU. Maroquin bleu nuit, double encadrement estampé à froid, fleurons dorés dans les coins et au centre des plats, dos à nerfs avec titres et date dorées, tranches dorées, pagination non continue

[Suivi de :] 1. PYBRAC, Guy du Faur, Les Quatrains du sieur de Pybrac, Conseiller du Roi en son Conseil privé. Tours, Claude de Montrœil & Jean Riché, 1592
2. Guy du Faur de Pibrac, Les Plaisirs de la vie rustique
3. Philippe Desportes, Odes de Philippe Desportes sur le plaisir de la vie rustique

Mouillures marginales aux feuillets les plus centraux, très légère entaille à la coiffe supérieure

Les Cantiques du sieur de Valagre et les cantiques du sieur de Maisonfleur juxtaposent des poèmes qualifiés de “chrestiens” écrits par des poètes dont les uns sont fidèles à Rome et les autres tournés vers Genève dont L’Huillier de Maisonfleur qui se convertit à la Réforme en 1560.

Cette alternance de poètes permet de rendre le recueil plus poétique que confessionnel. En effet, à côté des textes de Maizonfleur, des vers de Joachim du Bellay, Pierre de Ronsard ou encore de Philippe Desportes sont présentés. Cette anthologie de poésie chrétienne fait l’objet de huit éditions, dans trois pays différents entre 1582 et 1613, toutes avec les noms d’auteur apparents, toutes avec la même inspiration pénitentielle issue du Livre des Psaumes et du Livre de Job. Il en résulte une unité poétique, morale et religieuse. Cependant, seuls les poètes protestants depuis Clément Marot cherchent à créer des rimes dans la traduction des textes sacrés.

L’universalité chrétienne de cette anthologie n’allait pas de soi dans les années 1590. Depuis le massacre de la Saint-Barthélemy d’août 1572 et jusqu’à l’édit de Nantes de 1598, les auteurs étaient chargés de choisir leur camp, avec chacun une identité propre, mais dans une langue commune. Cette dualité poétique se confond avec celle de la Chair et de l’Esprit, mais aussi celle du respect envers la Monarchie française et l’appartenance à la cause réformée. En outre, l’écriture de ces Cantiques et des autres poèmes s’écrivent à la première personne comme les psaumes de David (Je bénirai ton nom Seigneur, Ps 144). Cette syntaxe permet de lier le lecteur et le poète à la question de la délibération, du choix et de la “liberté de conscience”.

Il est à noter que cette édition fut publiée par Claude de Montr’œil et Jean Richer, deux imprimeurs parisiens huguenots réfugiés Tours à la suite de la Cour pendant les troubles de la Ligue à partir de 1591. Les autres éditions d’Anvers, de Paris ou de Lyon semblent être un hapax dans le catalogue strictement catholique ou protestant des libraires. Selon Audrey Duru, la publication de cette "anthologie à contribuer à acclimater la notion de “liberté de conscience” hors du milieu réformé”, mais proche de la Reine Margot (1553-1615).

BIBLIOGRAPHIE : 

Audrey Duru, Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance, tome LXXIII, n°1 pp. 33-60