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Les Œuvres de François Villon
EXEMPLAIRE DU DUC DE LA VALLIÈRE, LE SEUL CITÉ PAR BRUNET ET TCHEMERZINE.
FRÈRES HUMAINS, QUI APRÈS NOUS VIVEZ
In-8 (114 x 72mm)
“Édition en petites lettres rondes et assez jolie” (Brunet)
30 lignes à la page, deux initiales gravées en blanc sur fond noir
COLLATION : 3A-G8 : 56 feuillets (sans le dernier feuillet blanc), les feuillets 3G3 e 3G4 ont été inversés
CONTENU : 3A1r titre, 3A1v : le prologue de Clément Marot : “Entre tous les bon livres imprimez de la langue Françoyse, ne s’en veoit ung si incorrect ne si lourdement corrompu que celui de Villon”, 3A4r : Le petit Testament de Villon, 3A8v : Cy commence le grant testament de Francoys Villon, 3B6v : “Balade des dames du temps jadis”, 3B8v : “les regrets de la belle Heaumière”, 3C2r : “Balade & doctrine de la belle Heaulmière aux filles de joye”, 3C2v : “l’autheur”, 3C3v “Double Ballade continuant le premier propos”, 3C6v : “Icy commence Villon à tester”, 3C8r : “Ballade que Villon feit a la requeste de sa mere pour prier nostre dame”, 3D1v : “Ballade de Villon à s’amye”, 3D2v : “Lay ou plustost rondeau”, 3D7r : “Ballade & oraison”, 3E1r : “Ballade que Villon donna a ung Gentilhomme nouvellement marié”, 3E3v : “Clement Marot au lecteur”, 3E4v : “Ballade intitulée, les contredicts de franc Gontier”, 3E5v : “Ballade des femmes de Paris”, 3E6r : “Ballade”, 3E8v : “Belle leçon de Villon aux enfanz perdus”, 3F1r : “Ballade de bonne doctrine à ceulx de mauvaise vie”, 3F4r : “Rondeau”, F6V : “Ballade par laquelle Villon crye merci à chascun”, 3F7r : Fin du grand testament de Villon Et commencent plusieurs autres oeuuvres de icelluy, 3F7v : Autres oevvres de Villon dont le célèbre “Lepitaphe en forme de ballade que feit pour luy & pour ses compagnons s’attendant estre pendu avec eux”
Frères humains, qui après nous vivez
3G1r : Ballade de lappel de Villon, 3G1v : “La Requeste de Villon presentee à la cour de parlemont”, 3G3r : “Le débat du cueur et du corps”, 3G4r : “Envoy”, 3GRv : “La requeste que Villon bailla a monseigneur de Bourbon”, 3G6v : Subscription de ladicte requeste, 3G7r : Fin des œuvres de Francoys Villon de Paris, reueues & remises en leur entier.…
RELIURE DU XVIIIe SIÈCLE. Veau moucheté, légèrement glacé, filet doré autour des plats, DOS LONG AVEC TITRAISON LONGITUDINALE EN LETTRES DORÉES, tranches rouges
PROVENANCE : note manuscrite vers 1800 au bas de la page de garde “Cat. de Nyon 12905” il s’agit de la référence au catalogue de la vente des livres de César de La Baume le Blanc, duc de La Vallière (1708-1780) : “v. marb.” et dans la marge de l’exemplaire il est inscrit par une main de l’époque : “double à vendre”. Sur la page de notre exemplaire on note “do. à vendre”. Catalogue des livres de feu M. de duc de La Vallière, seconde partie, Paris, Nyon, 1784, n° 12905. https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k10414051/f94.image
"Enfin il y eut Villon. La poésie de ce voyou sublime"… (Claude Bonnefoy, La Poésie française).
Vingt-sept éditions de Villon ont été imprimées entre 1489 (la première, imprimée par Levet) et 1540 (notre exemplaire). Ces vingt-sept éditions (dont neuf incunables) sont aujourd’hui connues à trente-quatre exemplaires conservés dans des institutions publiques. La BnF conserve à elle seule dix-neuf de ces exemplaires. On ne connaît que quinze exemplaires des éditions incunables dont un seul conservé en mains privées, celui de la collection Jean A. Bonna.
1532-1533
C’est François Ier qui demande à Clément Marot d’établir une nouvelle édition des poésies de Villon. On sait qu’il a sous la main la dernière édition du Villon gothique, celle donnée par Galiot du Pré en 1532 qui, aujourd’hui, n’est pas un livre rare. Les éditions revues par Clément Marot commencent à être publiées en 1533 (cf. Sturm 24). Huit exemplaires (pour sept éditions) imprimés entre 1533 et 1540 sont conservés dans des institutions. Cet exemplaire, qui a sans doute appartenu au duc de La Vallière, est le seul dont une provenance ancienne est donnée. Il est par ailleurs le seul toujours cité pour cette édition de Renault de 1540 (cité par Brunet, repris par Tchemerzine puis les bibliographies modernes de Villon, comme celle de Rudolf Sturm).
De l'édition Bonnemere, autre adresse de la dernière édition gothique de Galiot du Pré et datant aussi 1532, trois exemplaires sont passés sur le marché international et national des ventes aux enchères depuis 1977. L'un d'eux, relié par Trautz-Bauzonnet, avait le fond des quatre premiers feuillets refait (Paris, 17-18 avril 1997, n° 74, €28.000). Le second est l'exemplaire Berès, relié en vélin de l'époque, qui faisait partie de son cabinet (Paris, 20 juin 2006, n° 9, €151.000).
La Bibliothèque nationale de France possède trois exemplaires des Œuvres de Villon éditées en 1532 : un par Galiot du Pré dont le feuillet de titre et sept autres feuillets furent remontés, un par Bonnemere, et un troisième imprimé à Lyon en caractères gothiques chez la veuve Chaussard. Pour les bibliothèques américaines, OCLC recense seulement trois exemplaires de Villon édités en 1532, dont l'un est à Yale University (Beinecke Library) et un autre à la Pierpont Morgan Library. Tous les trois furent imprimés chez Galiot du Pré, comme celui que possède la British Library.
François Ier avait d'ailleurs ordonné à Marot d'entreprendre la révision des œuvres de Villon, en 1533, un siècle après la naissance du poète. L'infinie rareté des Villon incunables - dont on ne connaît qu'un seul exemplaire conservé en mains privées - oblige ainsi à porter attention aux éditions de Villon imprimées au XVIe siècle. Marot eut recours à des éditions incunables qui étaient pour la plupart toutes incomplètes. Il ne se servit pas de sources manuscrites. Quand le texte manquait, il le restituait. Toujours est-il que malgré ses défauts, inhérents aux lacunes de ses sources, Villon entra dans la postérité de la langue française grâce à Marot.
Et s'il est un poète, avant Ronsard, que l'on retient par cœur, c'est Villon. Loin des Rutebeuf, Charles d'Orléans, Marot, Maurice Scève, Louise Labé. "C'est à un mauvais sujet, souteneur, homicide, supplicié, voué à la potence, gracié puis banni par Louis XI, et mort sans doute à trente-deux ans, dont on ne sait même pas le véritable nom, que l'on doit quelques-uns des vers qui, depuis cinq siècles, chantent dans les mémoires" (catalogue Des Valois à Henri IV, librairie Pierre Berès).
Propos parfaitement illustré par l'écrivain contemporain Pierre Michon, dans Corps du Roi, lorsqu'il évoque la mort de sa mère :
"Quand j’entrai dans la chambre de ma mère, elle ne râlait plus, elle ne respirait plus, sa main que je pris était encore tout à fait tiède. L’infirmière appelée ayant ratifié la mort, on me laissa. Mon esprit seul était là et constatait, comme tout à l’heure. Les livres étaient bien sagement posés au pied du lit dans leur petite pochette, près des pieds des cadavres qui sont tout petits. La muraille verte était bonne à l’esprit. L’esprit était tiède, lui aussi, comme il l’est toujours. Je devais prier, appeler le cœur et l’âme, que cette femme méritait. J’essayai une de ces choses apprises au catéchisme, sans doute le Notre Père, je m’arrêtai très vite. Et puis le texte, la prière, s’imposa, venue de très loin, comme envoyée par un autre, et je la dis haut, pour que la morte l’entende, en quelque sorte : “Frères humains qui après nous vivez, n’ayez les cœurs contre nous endurcis, car si pitié de nous autres avez, Dieu en aura plus tôt de vous merci.” Le cœur et l’âme accoururent, je dis le poème d’un bout à l’autre comme il doit être dit, dans les larmes, je me tins debout devant le cadavre de ma mère comme on doit s’y tenir, dans les larmes".
De cette édition de François Renault, on recense deux autres exemplaires passés sur le marché : celui de l’ancienne collection de Burton relié en veau du XVIIe siècle mais très abîmé (Christie’s New York, avril 1994, lot 177, $24.000 avec les frais) et celui de la collection Jean A. Bonna relié par Bauzonnet, imprimé par Jehan Andry (Sturm 29) et ayant appartenu aux anciennes collections Robert Samuel Turner et Georges Heilbrun (Artcurial 2009, €29,593 avec les frais).
L’exemplaire La Vallière
Cette édition “faisait suite aux Œuvres de Marot” comme quelques autres éditions publiées dans les années 1530 chez Denis Lelong, Nicolas Gille, François Juste… ce qui explique les signatures en Aaa. Mais elle a été considérée comme une entité typographique autonome, entre autres par le duc de La Vallière. La Manuel du libraire de Jacques-Charles Brunet ne cite cette édition que par l’exemplaire du duc de La Vallière. Dans le catalogue de sa seconde vente, il est désigné comme étant en “v.[eau] mar.[bré]” ce qui correspond précisément à la reliure de notre exemplaire. La présence d’une pièce de titre longitudinale semble aussi caractériser la provenance La Vallière. Mais c’est surtout la mention “do. à vend” présente en seconde ligne de l’inscription de provenance de notre exemplaire qui fait explicitement référence à celle figurant dans la marge de l’exemplaire du catalogue La Vallière de la Bnf : “doubl. a vend” (cf. https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k10414051/f94.image) et qui nous permet d’affirmer que cet exemplaire est bien celui du duc de La Vallière.
A. Tchemerzine, Bibliographie des éditions originales et rares d'auteurs français, V, 978, d., “cité par Brunet d’après le cat. La Vallière, Nyon 12905” -- J.-C. Brunet, Manuel du libraire, V, 1249 et Supplément II, 899 -- sur le travail de Clément Marot, cf. Madeleine Lazard, “Clément Marot éditeur et lecteur de de Villon”, Cahier de l’Association internationale des Études Françaises, 32 (1980), pp. 7-20 -- V. de Diesbach, Six siècles de littérature française. XVe siècle, cat. de la coll. Jean A. Bonna, n° 42 -- C. Dop-Miller, “Clément Marot et l’édition humaniste des œuvres de François Villon” Romania 112 (1991), pp. 217-242 -- J. Cerquiglini, “Clément Marot et la critique littéraire textuelle : du bien nommé au mal imprimé Villon”, Clément Marot, “prince des poëtes françois” 1496-1996, Paris, 1999, pp. 157-164 -- et l’art. plus récent de C. Thiry, “Marot, éditeur de Villon”, Villon entre mythe et poésieçàç)opl=, Paris, 2014, pp. 282-290