BRETON, André

Lettre autographe signée à Jérôme Lindon

Paris, 11 décembre 1951

ANDRÉ BRETON S’OCCUPE DE SES INTÉRÊTS : DEUX LETTRES MANUSCRITES SIGNÉES À SES ÉDITEURS

1 p. in-4 (270 x 210 mm) manuscrite, encre noire, papier à en-tête de la revue Arts, nombreuses corrections autographes

“À M. Jérôme Lindon

Cher Monsieur,

Je regrette de ne pouvoir vous donner mon accord sur la base de la lettre que vous m’avez adressée le 7 décembre.

Avant tout, j’estime que des comptes précis devaient m’être rendus quant à la vente de mes ouvrages parus au Sagittaire et que le versement des droits correspondants devrait être effectué.

Je comprends mal que le sort de ces ouvrages soit entre plusieurs mains, les vôtres et celles de Léon Pierre-Quint d’une part, celles de René Laporte d’autre part. Comme je vous l’ai dit, la réédition de L’Anthologie de l’humour noir, ne m’a valu que deux versements, l’un de 50 000 fr, l’autre de 30 000 et non [illisible] (dont deux de 50 000). Je demande que vérification faite, cette situation soit régularisée. J’attends par ailleurs le règlement des comptes Manifestes, Position, Arcane et Martinique. Encore mille fois, ceci me paraît devoir être préalable à toute nouvelle transaction entre le Sagittaire et moi.

La solution que vous me proposez d’une avance de 150 000 francs, sans plus ample [...]  de ce qu’elle anticipe sur les conditions auxquelles paraîtraient de nouveaux ouvrages de moi au Sagittaire, ne me semble pas acceptable. À mon retour à Paris en 1946, j’ai conclu avec Léon Pierre-Quint un arrangement de cet ordre et il ne me contredira pas trop si j’ajoute que je m’en suis mal trouvé. Je n’ai de plus, à celui-ci aucun avantage, puisque trois versements mensuels de Gallimard m’apporteraient l’équivalent, tout en m’assurant de ne pas entrer en conflit avec lui.

Je vous prie donc jusqu’à nouvel avis, de ne pas mettre en réimpression Les Vases communicants dont renseignements pris, la longue carence du Sagittaire m’a rendu la propriété légale.

Veuillez agréer, monsieur, l’expression de mes meilleurs sentiments.

AB”

[Avec :] André Breton, Lettre autographe signée à René Laporte, même date, 1 p. in-4 (270 x 210 mm) manuscrite, encre noire, papier à en-tête de la revue Arts, nombreuses corrections autographes

“Cher René Laporte

J’ai attendu, comme vous me le demandiez, d’être informé des nouveaux projets du Sagittaire et il y a très peu de jours que Léon Pierre-Quint et Jérôme Lindon sont venus me les exposer sommairement. Je ne sais encore quelle suite personnelle je puis leur donner.

Il me faut entre autres choses, avant d’aller plus loin, vous dire que je conteste le nombre de versements que vous m’avez faits. Je suis absolument persuadé qu’il y a en deux versements et non de trois (soit une fois 50, une autre fois 30 mille), ainsi qu’en témoigne d’ailleurs ma déclaration d’impôts. Lorsque nous nous sommes rencontrés à la signature des exemplaires de presse, vous m’aviez bien annoncé comme très prochain mon second versement de 50 mille, mais je l’ai vainement attendu et c’est en réponse à la lettre ou je vous rappelais que j’ai reçu le chèque de 30 mille.

Je vous saurais grand gré de vouloir bien vérifier ces chiffres et au cas où une lettre incluant un chèque ne me serait parvenue, de me donner les dates des versements que vous mentionnez.

Veuillez, je vous prie, transmettre mes hommages à madame René Laporte. Amicalement à vous

AB”

Sous la présidence de Jérôme Lindon (1925-2001), les éditions de Minuit venaient de racheter “Le Sagittaire” pour le fonds d’auteurs, dont André Breton (1896-1966) qui y avait publié LeManifeste du surréalisme (1924), Second manifeste du surréalisme (1930), Position politique du surréalisme (1935), Anthologie de l’humour noir (1940), Arcane 17, Les Manifestes du surréalisme (1948), Martinique charmeuse de serpents (1950).

Dans la première lettre à Jérôme Lindon, Breton regrette de ne pas pouvoir donner son accord à une nouvelle édition des Vases communicants. Dans la seconde lettre, il demande un réexamen des comptes du Sagittaire à René Laporte (1905-1954). Ce dernier, ami de longue date, créa entre 1923 et 1934, la revue Les Cahiers libres et la maison d’édition éponyme. En 1941, Léon Pierre-Quint lui proposa d’entre au Sagittaire où il restera jusque dans les années 1950.

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