



Acheter
Estimation d'un livre ou d'un manuscrit
Méditations poétiques
LE CHEF-D’ŒUVRE DE LAMARTINE, AVEC LE CÉLÈBRE LAC : “Ô, TEMPS SUSPENDS TON VOL”.
PRÉCIEUX EXEMPLAIRE DU PROTECTEUR DE LAMARTINE, L’AMI DE CHATEAUBRIAND : MATHIEU DE MONTMORENCY
ÉDITION ORIGINALE
In-8 (195 x 125 mm)
COLLATION : VI pp., 116 pp.
RELIURE DE L’ÉPOQUE. Pleine basane racinée, dos lisse orné, pièce de titre rouge, tranches mouchetées de rouge
PROVENANCE : Mathieu de Montmorency, plutôt Mathieu de Montmorency-Laval (1767-1826 ; ex-libris armorié surmonté de la devise des Montmorency : “Dieu aide au premier baron chrétien”). Même ex-libris que https://www.instagram.com/p/DL6y2Q_Ix-M/?hl=af
Quoique vaguement oublié aujourd’hui, Alphonse de Lamartine (1790-1869) n’en est pas moins l’une des grandes figures du romantisme et de sa poésie. Tiré à 500 exemplaires seulement et publié le 11 mars 1820, ce premier livre, les Méditations poétiques, connut un succès immédiat et considérable. Son poème le plus célèbre, Le Lac, forme la dixième Méditation écrite en souvenir de Julie Charles (1784-1817), comme L’Immortalité, amour passionné du poète en octobre 1816 appelé Elvire sous sa plume.
Cet exemplaire a appartenu à Mathieu de Montmorency (1767-1826), protecteur du jeune Lamartine. Ce descendant de l’une des plus grandes familles de l’aristocratie française fut un temps fervent partisan de la Révolution dans son jeune âge. Il émigra en 1792 et se retira à Coppet chez son amie Madame de Staël devenant l’un des plus zélés partisans des Bourbon. Mathieu de Montmorency, ministre d’État, membre de l’Académie française, prédécesseur de Chateaubriand aux Affaires étrangères est surtout connu pour son amitié avec l’auteur des Mémoires d’outre-tombe. C’est pour lui qu’il achètera la Vallée-aux-Loups pour Chateaubriand en 1817.
Mais Mathieu de Montmorency veilla aussi aux premiers pas de Lamartine. Le 13 avril 1819, ce dernier décrit ainsi à son ami le comte de Virieu, alors en poste à la légation de Munich, les circonstances de la composition des Méditations poétiques : “j’arrive de La Roche-Guyon (...) tout ce que je vois ou connais ou qui m’entend n’a qu’une seule voix sur mon talent poétique. J’ai même fait des enthousiastes par delà tout ce que tu peux imaginer. Le duc de Rohan, Mathieu de Montmorency, sont du nombre. Je viens de faire pour eux, pendant la semaine sainte, les plus ravissantes stances religieuses que tu puisses imaginer (...) Didot les imprime dans ce moment-ci avec d’autres stances”... (Correspondance de Lamartine, Paris, 1872, t. II, p. 23). Au-delà de son appartenance à l’entourage des La Rochefoucauld et de leurs cousins Montmorency et Rohan à La Roche-Guyon, Lamartine est bel et bien protégé par Mathieu, comme il l’écrit à un ami le 23 décembre 1821 : “Voici un remuement de notre ministère. Peut-être, si M. Mathieu de Montmorency se souvenait de son ancien protégé et trouvait là quelque coin pour le niche convenablement...” (Correspondance de Lamartine, Paris, 1874, III, p. 127)
La présence de l’ex-libris armorié est piquante. On se souviendra en effet que, le 19 juin 1790, Mathieu avait proclamé à l’Assemblée l’abolition des armoiries, devenant le premier Montmorency à avoir “mis bas les armes”, selon le perfide Talleyrand.
L. Carteret, Le Trésor du bibliophile, II, p. 17 -- M. Clouzot, Guide du bibliophile français, p. 176