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LABÉ, Louise

ŒUVRES

Lyon et Paris, Chez les principaux libraires et Techener, place du Louvre, 1845

SUPERBE EXEMPLAIRE RELIÉ PAR NIEDRÉE DANS UN JOLI VEAU FAUVE AUX VEINES APPARENTES

Première édition du Testament de Louise Labé

In-8 (168 x 105mm). Faux-titre, titre imprimé en noir placé dans l’encadrement caractéristique des éditions de de Tournes et reproduisant celui de l’édition originale de 1555, d’après P. M. Gonon et lithographié à l’encre rouge par E. Storck
TIRAGE restreint à 200 exemplaires selon la justification imprimée au verso du faux-titre
COLLATION et CONTENU : 2 f. n. ch, II-XVI pp. pour la préface signée de François Zénon Collombet (1808-1853), second faux-titre, XIX-XXIV pp. : dédicace à Clémence de Bourges, 4-150 pp. : Élégies… , Sonnets… , Débat de folie et d’amour, 153-167 pp. Testament de Louise Labbé
RELIURE SIGNÉE D’E. NIEDRÉE. Veau blond, décro doré, triple filet en encadrement, dos à nerfs très orné et doré, dentelle intérieure dorée, tranches dorées

La poésie française a connu dans son histoire quelques années charnières : 1555, avec la parution des Œuvres de Louise Labé, en est une. Ce mince recueil se place parmi ceux qui ont participé au renouvellement poétique de la Renaissance française. Profondément transformée par l’irruption du pétrarquisme quelques dizaines d’années plus tôt, une nouvelle génération de poètes imposait maintenant d’autres harmonies. 1549 voit l’impression de La Deffence et Illustration de la Langue Francoyse par Du Bellay. Ronsard publie ses Amours en 1552 et sa Continuation des Amours en 1555. Cette fois, c’est une femme qui inaugure un “moment unique de l’histoire poétique” (Mireille Huchon, p. 270) et fait entendre une voix à la vigueur inconnue. Si elle se place sans doute pour certains dans la lignée d’une écriture dite féminine (celle des Pernette du Guillet, d’Hélisenne de Crenne ou de Christine de Pisan), Louise Labé est surtout l’un de ces “auteurs d’une seule date” (ibid.) qui, comme Rimbaud, ont ouvert en grand le champ des possibles poétiques.

De la vie elle-même de Louise Labé, il est depuis longtemps connu qu’on sait peu de choses : “les documents qui la concernent personnellement sont rares : six ou huit” (M. Lazard, p. 29). Comme Maurice Scève, on ignore la date de naissance de la Belle Cordière comme celle de sa mort. Mais peu de choses ne sont pas rien, à la différence de Pernette du Guillet qui, elle, a toujours échappé au filet des historiens. Au moins a-t-on de Louise Labé ce testament qu’elle fit le 28 avril 1565, malade et alitée, sous la forme d’un acte notarié très typé à l’époque. Ce testament a été publié par F. Rigolot (Louise Labé. Œuvres complètes, Paris, 2004, pp. 205-213). L’exécuteur testamentaire est Thomas Fortin, riche financier originaire d’Italie qui fut sans doute son protecteur. Dès 1926, la thèse de Sorbonne soutenue par Dorothy O’Connor (Louise Labé. Sa vie et son œuvre, Paris, 1926) puis les travaux de Georges Tricou (“Louise Labé et sa famille”, Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance, V, 1944) permirent d’analyser plus de deux cents pièces d’archives. Ainsi put-on découvrir l’entourage familial de Louise Labé et ce monde culturel de Lyon vers 1550 qui permit l’éclosion d’une telle poésie. Cependant, le mystère plane toujours sur des pans entiers de la vie de Louise Labé. Comment une fille de cordier, aussi fortuné que l’ait été son père Pierre Charly, devint-elle aussi savante ? L’éducation qu’elle suivit – et dont témoigne l’œuvre – demeure inconnue. Et, comme pour celle de Maurice Scève d’ailleurs, tout n’est alors qu’hypothèse.

Il est cependant certain qu’au XVIe siècle l’éducation n’obéit pas à la verticalité d’aujourd’hui. Louise Labé apprit davantage des cercles lettrés lyonnais que dans d’éventuelles écoles. Les humanistes ne s’instruisent pas seuls mais s’instruisent les uns les autres. Ils pratiquent une intertextualité permanente et orale que l’on retrouve dans leurs poèmes, comme ceux de Scève ou de Labé, lorsqu’on s’attache à en dégager les sources. Plus que jamais sans doute, la création artistique passe par l’imitation des anciens. Après la parution de Délie (1544), Maurice Scève devint l’un des maîtres du pétrarquisme en France. Les impressions d’ouvrages italiens se multiplient à Lyon où les imprimeurs célèbres (Gryphe, de Tournes, etc.) s’entourent de correcteurs d’italien. Par eux, les chefs-d’œuvre de la poésie italienne fécondent les cercles intellectuels de la bourgeoisie lyonnaise et créent ce climat artistique unique en son genre dont la poésie de Louise Labé est la fille.

Cette éclosion fut de brève durée. Plusieurs événements majeurs entraînèrent la disparition d’un art à peine né. En mars 1562, le massacre des protestants de Wassy par François de Guise marque le début des guerres de religion. Dès avril 1564, la peste ravage Lyon ; Charles IX doit y écourter son séjour. Désormais, les grandes initiatives artistiques seront le fruit du Prince et de sa Cour et non plus d’une ville de province, fût-elle Lyon, pour longtemps appauvrie. L’alexandrin de la Pléiade domine irréversiblement le décasyllabe des sonnets de Louise Labé. Maurice Scève, Pernette du Guillet et Louise Labé n’eurent pas de successeurs, sans pour autant entrer dans l’oubli.

La génération suivante conserva la trace de Louise Labé. En 1573, Guillaume Paradin publiait chez Sébastien Gryphe ses Mémoires pour servir à l’histoire de Lyon dans lesquels il dressait un portrait un peu trop louangeur d’une “nymphe” qui s’est “fait connaître par ses écrits” (liv. III, ch. 29). Dans les années 1580, interviennent deux auteurs célèbres dans l’histoire de la bibliographie. En 1584, François de La Croix du Maine publiait le premier volume de sa Bibliothèque… qui est un Catalogue général de toutes sortes d'auteurs qui ont escrit en français dans laquelle il mentionne Louise comme “femme très docte [qui] savait fort bien composer en vers et prose”. Enfin, Antoine du Verdier (1544-1600), contrôleur général de Lyon, ambitionne de créer avec sa Bibliothèque le catalogue de tous les auteurs qui ont écrit en français (1585). Cette prosopographie “ne retient donc que les auteurs dont [du Verdier] peut précisément citer les livres” (M. Lazard, p. 228). S’il parle de la générosité physique de Louise Labé qui “faisait part de son corps à ceux qui fonçaient ; non toutefois à tous et nullement à gens mécaniques et de vile condition”, il évoque aussi ces réceptions d’hôtes de marque pendant lesquelles elle “communiquait brièvement les pièces les plus secrètes qu’elle eut”. Sans doute parle-t-il de ces poésies manuscrites qui circulaient dans la sodalitas des humanistes lyonnais. Du Verdier lui confère alors la dignité d’auteur par cette phrase capitale : “ce n’est pas pour être courtisane que je lui donne place en cette Bibliothèque, mais seulement pour avoir écrit”. Au XVIIIe siècle, les ouvrages de La Croix du Maine et Du Verdier furent republiés par Jean-Antoine Rigoley de Juvigny en 1772 et devinrent prescripteurs pour toute une génération de bibliophiles. De 1815 à 1887, le XIXe siècle connut huit éditions de Louise Labé dont les principales sont celles de Breghot du Lut en 1824, celle de Prosper Blanchemain en 1875, et celle-ci.

Quelques piqûres sur le faux-titre

BIBLIOGRAPHIE : 

Mireille Huchon, Louise Labé. Une créature de papier, Genève, 2006 -- Madeleine Lazard, Louise Labé, Paris, 2004

WEBOGRAPHIE : Michèle Clément, “La réception de Louise Labé dans les éditions du XIXe siècle : la résistance au féminin”, https://books.openedition.org/pul/6279 ?lang=fr