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BAUDELAIRE, Charles

Œuvres complètes

Paris, Michel Lévy frères, 1868-1870

EXCEPTIONNEL EXEMPLAIRE IMPRIMÉ SUR HOLLANDE ET RELIÉ À L’ÉPOQUE POUR JULES LE PETIT, L’UN DES PREMIERS ET DES PLUS GRANDS COLLECTIONNEURS DE BAUDELAIRE.

EXEMPLAIRE CITÉ PAR CARTERET.

L’ÉDITION RÊVÉE DE CHARLES BAUDELAIRE : PREMIÈRE ÉDITION COMPLÈTE DE SES ŒUVRES, VOULUE PAR LUI MAIS PARUE JUSTE APRÈS SA MORT. ELLE A ÉTÉ ÉTABLIE PAR SES PLUS PROCHES AMIS, THÉOPHILE GAUTIER, CHARLES ASSELINEAU, THÉODORE DE BANVILLE ET AUGUSTE POULET-MALASSIS.

CES ŒUVRES COMPLÈTES CONTIENNENT DE NOMBREUSES PIÈCES EN ÉDITION ORIGINALE, DONT LA PRÉFACE DE THÉOPHILE GAUTIER, LES "PETITS POÈMES EN PROSE", ET TOUS LES POÈMES DES FLEURS DU MAL (JULES LE PETIT A FAIT RELIER, À LA FIN DU PREMIER VOLUME, LE COMPLÉMENT CONTENANT LES PIÈCES CONDAMNÉES).

ANCIENNE COLLECTION BERNARD MALLE

PREMIÈRE ÉDITION COMPLÈTE, contenant de nombreuses pièces en ÉDITION ORIGINALE

7 volumes in-12 (182 x 119mm)
CONTENU : vol. I : Les Fleurs du Mal. [Relié à la suite :] Complément aux Fleurs du mal. Bruxelles, Michel Lévy, 1869 ; vol. II : Curiosités esthétiques ; vol. III : L’Art romantique ; vol. IV : Petits poèmes en proses -- Les Paradis artificiels ; vol. V : Histoires extraordinaires par Edgar Poë, traduction ; vol. VI : Nouvelles histoires extraordinaires, traduction ; vol. VII : Aventures d'Arthur Gordon Pym -- Euréka, traduction
TIRAGE : un des "quelques exemplaires sur papier de Hollande" (Carteret). Un des "quelques très rares exemplaires sur hollande extrêmement recherché" (Clouzot). Le Complément aux Fleurs du mal, relié à la fin du premier volume, est imprimé sur papier courant
ILLUSTRATION : six portraits de Baudelaire, placés en frontispice des six premiers volumes, gravés d’après des dessins d’Adrien-Jean Nargeot (vol. I), Édouard Manet (vol. II et VI), Gustave Courbet (vol. III), Baudelaire lui-même (vol. IV) et Émile de Roy (vol. V)

RELIURES UNIFORMES DE L'ÉPOQUE SIGNÉES DE SMEERS. Dos et coins de maroquin vert, dos à nerfs très ornés, filets dorés en encadrement, plats de papier marbré, tranches supérieures dorées, non rognés
PROVENANCE : Jules Le Petit (ex-libris et cachet ; vente : Catalogue de livres modernes, 10 au 15 avril 1917, n° 359, 1410 FF :) -- succession Bernard Malle (cachet discret sur le dernier feuillet de garde du premier volume)

"La postérité me concerne"

Le jeune Baudelaire, âgé de vingt-cinq ans, écrivait déjà à sa mère : "la postérité me concerne” (lettre du 4 décembre 1847). Grâce à cette édition collective, Baudelaire devenait, selon la bonne formule de l’éditeur Hetzel, “un étrange classique”, et l'auteur condamné des Fleurs du mal prenait pour la postérité sa revanche sur son temps.

Depuis son exil en Belgique en 1864, Baudelaire a souhaité ardemment cette édition collective, ainsi qu'une nouvelle édition définitive des Fleurs du mal. Voir de son vivant l'ensemble de ses œuvres rassemblé en une seule édition représente, pour l'écrivain du XIXe siècle, la consécration et l’entrée au Panthéon des classiques. Pour ces Œuvres complètes, Baudelaire avait désigné l'éditeur Michel Lévy. Le fidèle Poulet-Malassis, écrasé par les dettes, s'en souviendra au lendemain de la mort du poète : "Il voulait Lévy. En fait Lévy fait partie de ses volontés dernières. C'est pourquoi il me semble qu'on ne doit renoncer à Lévy" (lettre de Poulet-Malassis à Asselineau, 18 septembre 1867).

Les Fleurs du mal, Le Spleen de Paris, Les Paradis artificiels, les articles de critique littéraire, les Salons, l'essai sur Wagner, quelques autres textes pouvaient constituer un ensemble de quatre ou cinq volumes auxquels s'ajouteraient les traductions de Poe qui appartenaient déjà à Lévy. Un jour, Michel Lévy accompagna Asselineau à la maison de santé où Baudelaire était soigné :

“Le poète se montra très sensible à cette démarche. Il causa par mon intermédiaire de la publication de ses ouvrages ; mais quand M. Lévy lui proposa de commencer immédiatement une nouvelle édition des Fleurs du mal, il refusa obstinément. Il prit sur sa table un almanach, et nous fit compter trois mois (on était en janvier 1867), exprimant qu'à cette époque il espérait être capable de surveiller lui-même l'impression de son livre. Cette opération avait été de tout temps pour lui de la plus grande importance. Ce délai de trois mois paraît avoir été le terme de ses espérances” (souvenirs d’Asselineau cités par Pichois, p. 587).

Lors de ses sorties, Baudelaire se rendit lui-même plusieurs fois à la librairie Michel Lévy frères. Mais à la fin du mois de janvier, son état empira considérablement. Il mourut le dernier jour d'août 1867. Ce vœu d'une édition de ses Œuvres complètes sera réalisé immédiatement après sa mort par ses amis : Théophile Gautier, illustre dédicataire des Fleurs du mal, Charles Asselineau, ami de toujours, premier et dernier soutien de Baudelaire, et Théodore de Banville chargé d'établir avec Asselineau l'édition définitive des Fleurs du mal. Poulet-Malassis, s'il n'était pas l'éditeur, restait évidemment au cœur de tout ce qui concernait son "frère d'élection" (lettre à Ancelle, 1867).

Claude Pichois termine sa biographie consacrée au poète en soulignant l'importance de cette édition collective, véritable consécration de l'auteur des Fleurs du mal  :

"Telles qu'elles sont, ces Œuvres complètes ont immédiatement donné à Baudelaire une place dans la littérature contemporaine. Au commencement de 1870, un lecteur, peut-être alerté par la légende, avait la possibilité de placer sur un rayon les sept volumes de ces Œuvres complètes. Poulet-Malassis écrivait à Narcisse Ancelle à propos de ce travail : “Vous serez sensible, comme moi, Monsieur, à ce que Baudelaire, du fait de cette publication, soit traité, ainsi qu'il convenait, comme un classique de la littérature française” (Derniers mois, p. 164). L'amitié avait permis au grand navire Baudelaire de gagner le large sans retard" (Pichois, p. 612).

Les trois éditions des Fleurs du mal et le Complément.

Les trois éditions des Fleurs du mal (1857, 1861 et 1868) se distinguent par l’ajout successif de nouvelles pièces au recueil d’origine. La première édition comptait cent un poèmes ; la seconde, cent vingt-sept, la troisième, déclarée “édition définitive” par Michel Lévy, en contient cent cinquante-deux. Les vingt-cinq pièces nouvelles de la troisième édition, par rapport à la deuxième, avaient paru en revue (treize) et dans Les Épaves (onze, mais parmi elles aucune des pièces condamnées). Un seul poème, À Théodore de Banville, n’avait jamais été publié, ni en revue ni en volume. Certaines des pièces ajoutées à l’édition de 1868, et seulement parues en revue, figurent parmi les plus belles que Baudelaire ait jamais écrites, comme Le Jet d’eau ou Recueillement.

Les pièces condamnées n’avaient toujours pas droit d’être publiées, ce qui laissait incomplètes ces œuvres complètes. Michel Lévy eut l’idée de les publier à part, clandestinement, et exactement en même temps que ses Œuvres complètes, dans une petite brochure intitulée Complément aux Fleurs du mal. Pour avoir tous les poèmes de Baudelaire, le premier possesseur de cet exemplaire des Œuvres complètes - sans aucun doute Jules Le Petit -, fit relier ce petit Complément à la fin du volume des Fleurs. Michel Lévy fut donc assez inspiré de faire cette petite édition réservée aux “happy few” désireux de posséder Les Fleurs du mal en leur entier. Le Complément comprend dix poèmes, soit les six pièces condamnées plus quatre autres. Cet exemplaire comprend donc cent soixante-deux poèmes, soit toute l’oeuvre poétique en vers de Charles Baudelaire.

Jules Le Petit, un des premiers et des plus grands collectionneurs de Baudelaire.

Jules Le Petit (1845-1915), premier possesseur de cet exemplaire, fut homme de lettres, libraire, journaliste et bibliophile. Il est l’auteur de la fameuse bibliographie d’éditions originales des écrivains français du XVe au XVIIIe siècle. Mais il appartient surtout à la deuxième génération de baudelairiens, soit, celle qui succède immédiatement aux amis de Baudelaire – principalement Poulet-Malassis, Asselineau, Théophile Gautier et Banville.

Le catalogue de vente de sa bibliothèque (1917) rassemble plus de mille numéros, classés par ordre alphabétique. Cette collection résolument tournée vers la modernité s’établit selon deux axes évidents : le choix des auteurs bien sûr, au premier rang desquels se tiennent Charles Baudelaire et son cercle, et dont un ensemble d’ouvrages exhaustif et d’une qualité remarquable forme le cœur de la collection. Le second axe est le choix des exemplaires selon une logique moderne de collectionneur : on trouve souvent deux exemplaires d’un même livre, l’un broché, l’autre relié, l’un en grand papier, l’autre en papier courant, l’un avec envoi, l’autre sans etc. Jules Le Petit, en « bibliophile » avisé (il a écrit un Art d’aimer les livres), suit ses propres préceptes de circonscrire avec exigence son champ de collection :

« Soyons impitoyable pour les mauvais livres, même pour les livres médiocres ! Place aux bons ! Je ne veux plus désormais avoir que de ceux-là. Et s’il ne me reste enfin qu’un volume sur dix ou vingt, ce sera bien, j’aurai eu de l’énergie ; s’il ne m’en reste qu’un sur cent ou même sur mille, ce sera encore mieux, j’aurai fait preuve de goût » (p. 14).

Trois exemplaires de choix pour les trois éditions des Fleurs du mal.

Les trois éditions des Fleurs du mal, de 1857, 1861 et 1868, sont admirablement représentées dans sa bibliothèque. Pour l’édition de 1857, Jules Le Petit possédait l’exemplaire avec envoi de Baudelaire à Théophile Gautier (n° 341, reproduit dans le catalogue), soit l’un des plus beaux exemplaires imaginables de la littérature mondiale. Cet exemplaire, passé ensuite dans la collection Alexandrine de Rothschild, a été spolié.

Son exemplaire de l’édition de 1861, sur grand papier, comporte un long envoi à Paul de Saint-Victor (n° 345). Paul de Saint-Victor était un destinataire de choix pour les envois de Baudelaire puisqu’il était le seul à avoir reçu précédemment, du poète, deux exemplaires avec envoi de l’édition des Fleurs de 1857, l’un sur hollande, l’autre sur papier ordinaire. L’exemplaire de 1861 avec envoi à Paul de Saint-Victor, est non seulement sur grand papier, mais il indique, dans l’envoi, quelles sont les pièces condamnées.

Quant à la troisième édition des Fleurs du mal, il s’agit de cet exemplaire-ci (n° 359) formant le premier volume des Œuvres complètes, imprimé sur papier de Hollande, et avec, relié in fine, le fameux Complément aux Fleurs du mal contenant les pièces condamnées (et quelques autres pièces dignes de l’être).

Les autographes de la collection Jules Le Petit.

Les plus importants, parmi les nombreux autographes du catalogue de la vente Le Petit, sont évidemment relatifs aux différentes éditions des Fleurs du mal et à leur principe de constitution. Chacune des trois éditions est cernée de lettres, contrats et poèmes établissant sa genèse et son essence. Se succèdent ainsi l’« original sur papier timbré du traité, écrit de la main de Baudelaire, fait avec Poulet-Malassis pour la première édition des Fleurs du mal », soit le contrat des Fleurs du mal de 1857, entièrement autographe de Baudelaire, et signé par Baudelaire et Poulet-Malassis, plusieurs lettres de Baudelaire à Poulet-Malassis, certaines concernant le procès, l’une « entièrement relative à la nouvelle édition des Fleurs du mal [1861] » (n° 348). Sont ensuite proposés les deux manuscrits autographes des poèmes Obsession (n° 350) et Le Possédé (n° 349) qui seront insérés dans la deuxième édition des Fleurs, des épreuves de sa notice sur Théophile Gautier contenant « des corrections nombreuses et de longues notes, changements et très curieuses observations autographes » (n° 351), plusieurs lettres autographes choisies à Asselineau, Carjat et d’autres, des photographies (certaines portant la signature de Baudelaire) et des dessins originaux de Baudelaire.

À propos des Œuvres complètes de Baudelaire de 1868, on découvre un ensemble intitulé Dossier relatif, en majeure partie, à la dernière maladie et à la mort de Baudelaire et à la publication de ses œuvres après sa mort (n° 372), et ainsi décrit : « ce dossier se compose de sept lettres autographes signées de Mme Aupick, mère de Baudelaire, à Charles Asselineau ; trente-neuf lettres autographes de Poulet-Malassis, éditeur de Baudelaire, à Charles Asselineau, donnant des détails curieux sur la biographie de Baudelaire… racontée presque jour par jour ». Puis, quelques lignes plus loin, au milieu d’un ensemble de documents, un lot comprend une « lettre de Mme Aupick à Charles Asselineau, fort intéressante, relative à la publication des Œuvres complètes de Baudelaire ; une lettre de Ch. Asselineau à Mme Aupick, relative aux Épaves, aux Fleurs du mal et à Poulet-Malassis ; un dessin satirique à la plume par Baudelaire » (n° 375).

Jules Le Petit, premier collectionneur de Baudelaire.

À défaut d’avoir rencontré Baudelaire lui-même (il avait vingt-deux ans à la mort du poète), Jules Le Petit a fréquenté son premier cercle d’amis, au moment de la préparation des Œuvres complètes. Charles Asselineau lui a adressé des exemplaires sur grand papier avec envoi de ses propres œuvres. Tous les livres de Banville sont présents dans sa bibliothèque, en grand papier et souvent avec des poèmes autographes. Jules Le Petit va jusqu’à posséder l’exemplaire des Odes funambulesques ayant appartenu à Baudelaire, décrit comme « imprimé sur papier de Hollande pour Charles Baudelaire » (n° 164). Plusieurs correspondances de Banville avec des intimes de Baudelaire, et au sujet de Baudelaire, complètent cet ensemble. Parmi elles, vingt-sept lettres échangées entre Théodore de Banville et Auguste Poulet-Malassis, certaines « relatives au procès intenté à Poulet-Malassis pour l’édition des Fleurs du mal » (n° 187) ; treize lettres autographes de Théodore de Banville à Charles Asselineau, de 1859 à 1870 (n° 188), relatives à Poulet-Malassis et « au séjour d’Asselineau chez Mme Aupick à Honfleur » au moment de la préparation des Œuvres complètes de Baudelaire.

La section Barbey d’Aurevilly est encore plus importante que la section Banville puisqu’elle compte presque cent numéros. Un des exemplaires de Du Dandysme comporte un envoi autographe de Baudelaire (n° 200) : « Offert à Mr Ancelle par Ch. Baudelaire le 17 mars 1855 ». L’exemplaire d’Eugénie de Guérin, essai de Barbey, porte un envoi de Barbey d’Aurevilly à Baudelaire (n° 270). D’autres exemplaires de livres de Barbey présentent des envois à Poulet-Malassis. Il y a tout un jeu de croisement dans les correspondances et les envois formant une toile ou une constellation au centre de laquelle se tiennent Baudelaire et la publication de ses Œuvres complètes.

Les Œuvres complètes de Baudelaire au temps de Jules Le Petit.

Jules Le Petit est bien plus qu’un collectionneur avisé. Il est un lecteur épris de la modernité de son temps, qui comprit l’importance capitale de Baudelaire. Sa démarche de collectionneur allant à la rencontre de l’œuvre de Baudelaire au lendemain de sa mort, est affiliée à celle entreprise par les amis de Baudelaire en 1867. Jules Le Petit est un collectionneur du présent (on remarquera d’ailleurs qu’à la veille de sa propre mort en 1915, il possédait une importante collection d’ouvrages et de manuscrits de son parfait contemporain Léon Bloy). Or Baudelaire entre dans sa vie de collectionneur exactement au moment où il vient de mourir, soit au moment de la publication des Œuvres complètes. C’est pourquoi les correspondances et les documents relatifs à Baudelaire ou à la recherche de Baudelaire, datant de cette époque, sont si nombreux dans cette collection. Contrairement aux deux exemplaires des Fleurs du mal de 1857 et 1861 qui – aussi remarquables soient ils -, appartinrent à d’autres auparavant (Théophie Gautier et Paul de Saint-Victor), cet exemplaire de la troisième édition des Fleurs du mal ouvrant les Œuvres complètes est proprement le sien. Nul doute que Jules Le Petit en fit exécuter la reliure, comme une marque d’appropriation. Dans son Art d’aimer les livres et de les connaître, il rappelle qu’ “on commence à choisir l’édition, le format, la belle impression, le beau papier, on cherche un bon relieur auquel on recommande de ne pas rogner les marges. Il faut être déjà connaisseur, surtout pour reconnaître la qualité des reliures et ne pas se laisser séduire par des apparences éblouissantes” (p. 11). Il fit appel au relieur belge Isidore Smeers, qui exerça son métier à Paris, de 1865 à 1890.

Un principe de « complétude ».

Jules Le Petit rassembla les différents exemplaires des Fleurs du mal et les documents et lettres qui leur sont relatifs selon un principe de complétude. Parmi ses travaux, il publia un article intitulé “Notes sur Charles Baudelaire” paru dans La Plume (n° 101, 1er juillet 1893), principalement consacré aux pièces condamnées. Le Petit présente son exemplaire de la deuxième édition des Fleurs dans lequel Baudelaire a inscrit, à la fin de l’envoi à Paul de Saint-Victor, le titre des pièces “manquantes”. Il retranscrit cet envoi en entier. Il reproduit, en fac-similé, deux manuscrits autographes de Baudelaire : le contrat des Fleurs du mal de 1857 et le manuscrit du Possédé. À la fin du poème autographe, Baudelaire a inscrit son désir de voir une édition augmentée de son recueil, d’au moins “vingt fleurs”. Ce poème du Possédé sera bien intégré à la deuxième édition des Fleurs du mal avec bien plus que vingt nouveaux poèmes mais, comme le rappelle Baudelaire dans l’envoi à Saint-Victor, sans les six pièces condamnées. Ces documents que présente et reproduit Jules Le Petit ont tous trait à cette notion de complétude de l’œuvre poétique de Baudelaire. Ces pièces condamnées, successivement manquantes et remplacées, les poèmes ajoutés d’une édition à l’autre, tous trouveront à être réunis, au lendemain de la mort de Baudelaire, par Jules Le Petit, dans son exemplaire des Œuvres complètes sur papier de Hollande, qu’il augmenta du fameux Complément aux Fleurs du mal et fit immédiatement relier.

Les exemplaires de la bibliothèque Jules Le Petit parlent d’eux-mêmes. Mais le collectionneur se fait critique en étayant ses recherches avec les pièces originales de sa collection. À la fin de l’article, Jules Le Petit s’engage à publier “prochainement d’autres pièces inédites, portraits ou lettres de Baudelaire”. Un tel article ne fait que confirmer la grande connaissance qu’il avait de Baudelaire, ce “styliste impeccable”, à la fois dans les vicissitudes de la publication de son œuvre et dans sa poésie elle-même.

Les exemplaires des Œuvres complètes sur hollande connus sont les suivants : celui vendu par Sotheby's lors de la dernière vente Charles Hayoit (Paris, 30 novembre 2005, n° 39, €60.000 avec les frais, estimé €7.500-10.000), puis à nouveau proposé à la vente dans la vente Leroy (27 juin 2007, n° 36, à nouveau €60.000 avec les frais). Il était relié postérieurement par Chambolle-Duru. Un autre exemplaire sur hollande, proposé par Sotheby’s le 9 novembre 2011, s’est vendu €138.750 avec les frais alors qu’il était relié de façon malhabile dans une épaisse reliure de maroquin brun. Ces deux exemplaires possédaient bien le Complément aux Fleurs du mal.

Le fichier Berès mentionne encore deux autres exemplaires : celui de Fernand Vanderem vendu lors de la vente Hirsch (Paris, 12 juin 1978, n° 59, FF36.000) en reliure postérieure de Canape. Et celui de la vente Jean Lanssade (26 novembre 1993, n° 29, FF82.000, également avec le Complément aux Fleurs du mal, en reliure de l'époque signée d’Allô. L'exemplaire de Banville fut divisé et dispersé dans les années 1980.

BIBLIOGRAPHIE : 

Œuvres Complètes, Paris, 1975, I, p. LV et pp. 816 et suiv. -- Carteret, Le Trésor du bibliophile, I, p. 129, qui cite cet exemplaire : "ensemble fort rare en grand papier" -- Clouzot, Guide du bibliophile français, p. 46 : édition "extrêmement importante -- Claude Pichois et Jean Ziegler, Charles Baudelaire, p. 603 et suiv. -- Fléty, Dictionnaire des relieurs français, p. 163
-- Pour le Complément aux Fleurs du mal : Carteret, Le Trésor du bibliophile, I, p. 126 (qui annonce une collation de 30 pp. au lieu de 36) -- Clouzot, Guide du bibliophile français, p. 44
Jules Le Petit, L’Art d’aimer les livres et de les connaître, Paris, 1938 (rééd.) -- Jules Le Petit, “Notes sur Charles Baudelaire”, in La Plume, n° 101, 1er juillet 1893, consultable en ligne : https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k15597z/f292.imagevec