Petites merveilles de la guerre
RÉCIT DE LA FABRICATION DU TRANCHMAN’S ECHO ET DE CASE D’ARMONS
RÉCITS DE GUERRE : DACTYLOGRAPHIES, COLLAGES ET FRAGMENTS AUTOGRAPHES.
LE DERNIER GRAND PROJET D’APOLLINAIRE.
EXEMPLAIRE HENRI MATARASSO PUIS ALFRED CORTOT
TAPUSCRIT avec nombreux ajouts et corrections autographes d’Apollinaire
67 pages sur 67 feuillets in-4 (268 x 210mm) dont 10 pages autographes d’Apollinaire
Titre général : 1 p. autographe, au verso d’un papier à en-tête du journal Le Siècle. Suivent cinq chapitres. Foliotation dans l’angle supérieur droit
1 - Contribution à l’étude du folklore et des superstitions du Front : 16 pages sur 16 feuillets, certains avec en-tête imprimé du journal Le Siècle. Ensemble dactylographié. Sont autographes : le titre, un paragraphe et une page (p. 17). Collages : quelques fragments parus en prépublication ont été découpés par Apollinaire, montés sur des pages blanches et corrigés de sa main. Double foliotation 2 à 17, à l’encre de la main d’Apollinaire, et au crayon bleu de l’imprimeur.
2 - Voyage du permissionnaire avec une contribution à l’étude du folklore de guerre de l’arrière et quelques prophéties touchant la fin de la guerre. Foliotation 18 à 30. Plusieurs foliotations à l’encre de la main d’Apollinaire, et au crayon bleu de l’imprimeur. Deux paragraphes autographes (pages 23 et 28) écrits au verso d’un article intitulé “Les catholiques italiens, la question romaine et la guerre”, avec date au cachet du “29 oct 1917”.
3 - Les agréments de la guerre au printemps 1915. Foliotation 31 à 53. Plusieurs foliotations à l’encre de la main d’Apollinaire, et au crayon bleu de l’imprimeur. Les pages 42 à 44 concernent la fabrication du Tranchman’ Echo.
4 - Les sigles et les vocables acrostiches. Fragments parus en prépublication, découpés et montés sur des pages blanches avec ajouts autographes. Foliotation 54 à 56. Verso Le Siècle5 - Le Sang noir des pavots. Foliotation 57 à 67 (Pr I, 939). Feuillets dactylographiés. Corrections autographes. Ajout d’un paragraphe autographe in fine sur le vin et le tabac (folio 67). Le verso de la dernière page est à en-tête de l’Agence Télégraphique ‘Radio’ et porte la date du 26 mai 1917
PROVENANCE : Henri Matarasso (1892-1985 ; étiquette contrecollée sur la chemise) -- Alfred Cortot (1877-1962 ; Paris, 7 octobre 2019, n° 1)
Petites merveilles de la guerre forme un livre conçu par Guillaume Apollinaire en 1918, rassemblant ses chroniques, notes et souvenirs de guerre. Apollinaire proposa ce projet à l'éditeur Payot, puis à Jean Cocteau pour les éditions de la Sirène, mais sa mort prématurée en novembre 1918 stoppa sa publication. Une partie de ces textes fut intégrée à titre posthume dans le recueil Anecdotiques en 1926, tandis que d'autres furent publiés plus tard sous le titre Petites merveilles du quotidien. Leur matière servit à nourrir différents textes comme La Dame blanche des Hohenzoller, La Femme assise, Trains de guerre, Traitements Tyrhoïdiens.
Le chapitre le plus important est certainement Les Agréments de la guerre au printemps 1915 dans lequel Apollinaire livre directement son expérience de la guerre à la façon d’un journal. Les autres chapitres sont thématiques : folklore, signes et acrostiches et un étonnant chapitre sur le vin et l’opium. Les Agréments de la guerre au printemps 1915 apporte une connaissance essentielle du poète en guerre, “Gui du temps qu’il était artiflot”. La luzerne et son cheval sont au cœur de ce récit, comme ils sont les motifs reconnaissables des poèmes qu’il envoie alors à Lou.
Surtout, quatre pages concernent l’histoire de la publication du Tranchman’ Echo (pages 40 à 43), le véritable incunable de la Case d’Armons :
“Il nous vint l’idée de fonder à notre tour une gazette hebdomadaire. Le sous-chef officier, qui était parisien, en trouva le titre destiné à honorer nos alliés les Anglais : le Tranchman’ Echo. Le logis chef de la 2e pièce [René Berthier] fournit le sous-titre journal mondain, et comme c’était un bon dessinateur on le chargea d’écrire et d’orner ce titre sous lequel les rédacteurs devaient écrire leurs articles. En effet, le Tranchman’ Echo devait être manuscrit et son unique exemplaire circulerait ensuite parmi les officiers tout d’abord, les gradés et les servants de la batterie de tir ensuite, après quoi, il irait à l’échelon recréer les conducteurs. Le premier numéro décida du succès qui ne fut pas mince. L’article de tête, de style légèrement soldatesque, mais d’intention excellente, était galamment dédié aux Dames [...] Ce numéro, qui amusa les officiers, circula aussi dans les pièces de la batterie de tir, mais il ne parvint pas à l’échelon.
On soupçonna véhémentement le maître ouvrier en bois de l’avoir envoyé à sa marraine en même temps qu’un coupe papier fait d’un bout de ceinture d’obus.
Le second numéro du Tranchman’ Echo fut aussi attrayant que le premier. Je me souviens que dans l’article de tête il était question de totos.
À cette époque, les artiflots n’en avaient pas encore. On les mettait en garde contre ces parasites qui gênaient fort les bobosses (en langage d’artilleur, les bobosses ce sont les fantassins). Pour minutieuse qu’elle fût, la description des mœurs du toto n’en était pas moins au chiqué et l’illustre Fabre ne l’eût point approuvée.
Plus tard, au demeurant, j’eus l’occasion d’étudier les totos de très près.
Un éreintement à fond du bureau de la batterie rangea du coup le Tranchman’ Echo dans l’opposition. Ce numéro contenait encore un portrait en pied du brigadier ordinaire en train d’assister à la naissance de Vénus qui, on le sait, sortit de l’onde amère. J’ajoute que je n’ai jamais compris le sens symbolique de cette allégorie. Une chanson en patois du Nord terminait fort poétiquement ce numéro 2 qui eut une fin singulière, car il tomba dans la marmite de campement tandis que la soupe y cuisait. Et on chercha en vain à le sauver ; l’encre s’était brouillée et il était devenu illisible.
À la suite de cet accident, on décida de tirer le Tranchman’ Echo à plusieurs exemplaires et le chef allant faire des achats à la ville voisine nous rapporta un rouleau de pâte à polycopier.
Le maréchal des logis, chef de la 2e pièce [Berthier], se mit avant tout à tracer le cadre du journal : titre, ornements et rubriques.
Il attendait la copie pour la transcrire avant de tirer le numéro dont il fallait douze exemplaires. Il y avait huit abonnés parmi lesquels le capitaine, un exemplaire était destiné à chacun des trois rédacteurs, et enfin, il y avait l’exemplaire du dépôt légal à la Bibliothèque Nationale.
La copie s’élaborait et devait être remise à l’imprimeur le soir même quand l’ordre de départ arriva. On plia bagages et l’on attendit les avant-trains.
Entre temps, pour ne pas avoir travaillé en vain et ne pas mécontenter les abonnés, “l’imprimeur” tira en blanc les deux pages de titres et de rubriques sur lesquelles il ajouta en travers : N° 3 tout particulièrement visé par la censure. Je te crois ! il ne restait que des blancs.
Mais le titre et les rubriques sont assez amusants pour que le numéro figure honorablement dans la collection de journaux du front que l’érudit M. de La Roncière conserve précieusement à la Bibliothèque Nationale, car le dépôt légal ne fut pas omis.
Le numéro 3 du Tranchman’ Echo, journal mondain se présente orné de canons croisés, d’obus et d’un monoplan en plein vol. Il contient une Dernière heure suivie de ces mentions caractéristiques : Fil spécial avec l’Infanterie. Correspondant à l’échelon. Aucune nouvelle du monde entier.
Bien en prit au logis de la 2e pièce de tirer en blanc quelques exemplaires du numéro 3 ; le souvenir au moins s’en peut conserver”.



