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FARGUE, Léon-Paul

Pour la musique. Poëmes

Paris, Éditions de la Nouvelle Revue française, 1914

ENVOI DE LÉON-PAUL FARGUE À ÉRIK SATIE, LES DEUX GRANDS AMIS DE LA BOHÈME PARISIENNE.

CET ENVOI CONSTITUE L’APOGÉE DE LEUR AMITIÉ AVANT LA RUPTURE VIOLENTE SURVENUE LORS DU BAL DU COMTE DE BEAUMONT.

REMARQUABLE RELIURE DE JEAN DE GONET

ÉDITION ORIGINALE

In-8 (285 x 180mm). Exemplaire de second tirage avec l’achevé d’imprimer du 1er mars 1914. Le premier tirage fut "presque entièrement détruit par l'auteur, parce qu'il manquait deux vers au poème Intérieur" (H. Vignes).

TIRAGE UNIQUE à 100 exemplaires sur vergé d’Arches, celui-ci numéroté 53

ENVOI AUTOGRAPHE SIGNÉ, sur la première garde blanche :

À Érik Satie

Léon-Paul Fargue

RELIURE SIGNÉE DE JEAN DE GONET, datée de 2009. Plats rigides en médium, encollé d’un tirage numérique à motif d’enroulements tamponnés en noir sur un fond orangé, avec barrette d’ébène aux angles, couture sur deux lanières de veau noir gaufré "petits carrés" soulignées de rivets d’ébène, dos veau noir gaufré à l’identique, doublure de nubuck brun rouge, gardes de papier noir, couverture et dos, étui à dos de veau havane avec titre en noir en long

PROVENANCE : Hubert Heilbronn (ex-libris ; Paris, 11 mai 2021, lot 260)

Le titre du recueil, Pour la musique, dit assez l’importance de celle-ci dans la poésie de Fargue ; tant dans le travail des vers (rythmes, assonances, allitérations) que dans les thèmes, par exemple dans le motif récurent de l’orgue de Laforgue et Mallarmé. Les rimes sont fausses, comme celles d’Apollinaire à la même époque, et la prose du monde se mêle à un lyrisme onirique et intime. Léon-Paul Fargue est le “Prince de la métaphore”, antichambre du rêve, selon Paul Valéry.

Érik Satie et Léon-Paul Fargue sont des “vieux compères de bistrot des années montmartroises” (Bruno Giner), quartier où habitait Satie, au 6 rue Cortot. Ils se retrouvent, avec Jean Cocteau et Maurice Ravel, à la libraire d’Adrienne Monnier pendant la guerre.

En 1922, le comte Étienne de Beaumont demande à Érik Satie de composer une musique pour un “bal baroque” qu’il compte donner en son hôtel de Masseran et dont le thème choisi est “L’Antiquité sous Louis XIV”. Étienne de Beaumont, ami de Cocteau, mécène des ballets russes de Serge de Diaghilev, de Braque et de Picasso, a donné des fêtes costumées célèbres : des danses cérémonieuses du roi Henri III, des Ballets de Cour, mascarades et carrousels si aimés par le jeune Louis XIV, des quadrilles costumés et “entrées” allégoriques aussi bien que des bals travestis et tableaux vivants du Second Empire. Nous connaissons la genèse des bals du comte de Beaumont grâce aux souvenirs de Jean-Louis de Faucigny-Lucinge, autre initiateur de célèbres bals, avec sa femme Baba (dont le “Bal Proust”, en 1929) :

“Ce monsieur Loyal de génie réunissait en grand secret quelques amis. On choisissait une date longtemps à l’avance. Ensuite, le comte Étienne laissait filtrer la nouvelle par quelques initiés : ceci avait pour but de faire parler, de piquer la curiosité et, surtout, comme la bonté n’était pas son fort, d’inquiéter les malheureux qui tremblaient de ne pas être invités”.

En 1923, c’est donc un “bal Louis XIV” qui est à l’honneur. Le comte de Beaumont demande à Érik Satie de composer un “divertissement” pour “une entrée”. Satie compose des petites mélodies et choisit pour livret des poèmes de Léon-Paul Fargue. Il conserve pour ses compositions le nom de Ludions choisi originellement par Fargue pour ses poèmes. Le soir du bal, Fargue découvre que son nom n’est pas mentionné au programme. Il en prend ombrage. Il écrit, le lendemain du bal et les jours suivants, des lettres violentes à Satie, les postant, ou se rendant à Arcueil-Cachant pour les glisser sous sa porte, parfois le même jour. Il insulte également le comte de Beaumont, de manière si véhémente que le comte se sent obligé de le provoquer en duel. Fargue accepte. Sylvia Beach, amie des deux parties, intervient. Le combat singulier n’a pas lieu mais la fâcherie entre Fargue et Satie est définitivement consommée.