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S'ensuyt le Jardin de plaisance
LA PREMIÈRE ANTHOLOGIE DE POÉSIE FRANÇAISE.
AVEC VINGT-DEUX POÈMES DE FRANÇOIS VILLON DANS L’ÉCLAT DE LEUR STYLE GOTHIQUE, AVANT LA RÉVISION DE CLÉMENT MAROT.
EXEMPLAIRE DE PROSPER BLANCHEMAIN
Titre imprimé en rouge et noir avec trois petites gravures sur bois. Caractères gothiques imprimés à deux colonnes, initiales gravées sur bois
COLLATION : a-z8 c8 t10 : 202 feuillets
CONTENU : a1r : titre, a2r : le recueil de poèmes est précédé par un traité en vers d'art poétique appelé à l'époque Seconde réthorique expliquant, entre autres, la nature de la "rime léonine" ou de la "rime croisée" ; c8r début du recueil de poésies "artificiellement soudées" (Lachèvre, Picot, Barbier) par la fiction du compilateur qui s'endort puis se réveille au jardin de plaisance, t7v : Cy finist de present livre intitulé le jardin de plaisance, t8r : Cy commence la Table de ce présent livre, t9r : Cy finist la table de ce présent livre Intitulé le Jardin de Plaisance & fleur de réthoricque. Imprimée nouvellement à Lyon par Olivier Arnollet, t10r marque typographique de Martin Boullion
ILLUSTRATION : 14 figures dont celle de la page de titre composées chacune de vignettes accolées et répétées, selon un procédé récemment mis au point par l'imprimeur strasbourgeois Grüninger : femmes, hommes, un arbre, châteaux et fragments de bandeaux à décors floraux ou animaliers
RELIURE SIGNÉE DE DUNEZAT (actif de 1870 à 1895). Peau de truie, décor estampé de style rétrospectif, encadrement d'une roulette et de filets estampés à froid, dos à nerfs orné d'un décor estampé à froid, tranches rouges
PROVENANCE : Nicolas de Caze (ex-libris manuscrit du XVIe siècle en e4v) -- E. Conzeau (ex-libris manuscrit du XVIe siècle en e5v et sur le dernier feuillet au-dessus de la marque typographique) -- un certain Bernardi qui ajoute une sorte de devise "digne de foy" (ex-libris manuscrit du XVIe siècle en h2r et au verso du feuillet de marque) -- Prosper Blanchemain (ex-libris) -- M. Desjardins (ex-libris et fiche manuscrite rédigée à l'encre noire (Paris, 15 mai 2013, 12.000€ sans les frais)
Ce célèbre recueil est la première grande anthologie poétique française. Il est une somme de poésie destinée à l'usage du roi Charles VIII mais en réalité tournée vers un nouveau public de lecteurs. Frédéric Lachèvre la qualifie de "première de toutes les anthologies imprimées" et ne lui trouve pas "d'équivalent au XVIe siècle". Conçue par Antoine Vérard et publiée pour la première fois vers 1501-1502, elle contenait alors un plus grand nombre de pièces. La compilation en aurait été assurée, selon E. Picot et F. Lachèvre, par un nommé Jourdain dit l’Infortuné (cf. le verso du feuillet 9), sans doute un employé de Vérard qui aurait "imaginé une sorte de roman dont la scène est au Jardin de plaisance". Cette édition, généralement datée de 1525, reprend celle donnée par la veuve Trepperel et Jean Jehannot. Elle contient 302 pièces dont 237 anonymes.
Après quelques longs poèmes, dont le Débat du Cueur et de l'Oeil de Michault Taillevent, on trouve au f. 54 une série de ballades et rondeaux, dont certains sont d'Eustache Deschamps (3 ballades), Othon de Grandson (2 pièces), Hugues de St-Maard et parmi lesquels on trouve plusieurs ballades et rondeaux de François Villon (22 pièces : quinze ballades et sept rondels) dont la fameuse Ballade des pendus, Frères humains qui après nous vivez (f. 72 et 73, i8v et k1r).
Parmi les autres poèmes de Villon ici publiés dans leur forme gothique, c'est-à-dire avant leur révision par Clément Marot, on peut citer : Balade pour un prisonnier, Balade moralle, Balade de mariage, Las je me plais d'amour et de ma dame, À bien juger mon affaire, Je connais bien mouches en laict, On parle des champs labourer, etc. La publication de ces poèmes de Villon place le Jardin de plaisance parmi les sept sources authentiques de sa poésie, telles que recensées par Auguste Longnon en 1911.
La malléabilité de cette immense matière verbale poétique est ici recueillie et réorganisée. Les trois anthologies publiées au début du XVIe siècle par Antoine Vérard et Michel Le Noir – puisqu'au Jardin de plaisance, il faut ajouter Le Vergier d'Honneur (1502-1503) et La Chasse et le départ d'Amours (1509) – ouvrent la poésie courtoise à de nouveaux lecteurs. Le texte du Jardin de plaisance, tourné vers son lecteur, s'organise comme un récit placé sous la signature d'un auteur-poète fictif. Il s'arroge toutes les créations poétiques ici présentées. Comme le note S. Kovacs : "l'imprimeur ou son compilateur a consciemment éliminé les traces de l'identité des autres auteurs" jusqu'à faire disparaître l'identification d'Alain Chartier procurée par l'un des poèmes (p. 117). De son côté, le traité de seconde rhétorique vise à enseigner la "noble colocucion" (f° 3r) à ce public lettré, formé d'avocats et de juristes, qui n'appartient pas aux sociétés de cour médiévales. Le Jardin de plaisance, véritable somme imprimée de la culture courtoise des XIV e et XVe siècles, leur permet de maîtriser le langage courtois et en même temps il marque une nouvelle étape dans l'histoire de la poésie française.
Une longue note à l'encre sur deux feuillets de garde est écrite par Prosper Blanchemain. Il recopie la "note de Paulmy extraite de l'exemplaire de l'Arsenal "qui est fort incomplet, provient de la bibliothèque Crozat et porte sur les plats les armoires de Madame de Pompadour". On sait qu'elle aimait la poésie ancienne puisqu'elle possédait une édition incunable de François Villon, relié en veau à ses armes. Prosper Blanchemain (1816-1879), membre de la Société des Bibliophiles françois, édita de nombreux poètes des seizième et dix-septième siècles : Vauquelin des Yveteaux, Louise Labbé, Mellin de Saint-Gelais, Jacques Tahureau et principalement Ronsard, dont il publia les œuvres de 1857 à 1867.
Jean-Paul Barbier, Ma bibliothèque poétique, I, n° 37, pp. 93-94 -- F. Lachèvre, Bibliographie des recueils collectifs de Poésies du XVIe siècle, Paris, 1922, p. 11 -- E. Picot, Catalogue des livres de la bibliothèque de M. le baron James de Rothschild, Paris, 1912, t. IV, n° 2799, pp. 104-114, qui détaille le contenu de l'ouvrage -- Bechtel, Catalogue des gothiques français 1476-1560, Paris, Librairie Giraud-Badin, 2008, J-79, p. 392 -- C. Fairfax-Murray, French Books, n° 292 -- Baudrier III, p. 51 -- Tchemerzine, V, p. 987 (pour l'édition de 1502) -- [A. Longnon], Oeuvres de François Villon publiées avec une introduction, Paris, Champion, 1911 -- Susan Kovacs, "Forme de médiation du texte littéraire : usages de l'anthologie imprimée au XVIe siècle", Communication et langages, n° 129, 2001, pp. 110-124