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MALLARMÉ, Stéphane

Victor, Tu me traites royalement

Valvins, 22 juin 1898

LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE DE STÉPHANE MALLARMÉ ADRESSÉE À VICTOR MARGUERITTE

[5 pp. in-8 encre noire :]

“Victor
Tu me traites royalement ; et j’accepte que mon nom, sur la page de dédicace, imprimé, se fonde plus impersonnellement avec le livre, à cause que le vif émerveillement, senti devant, n’emprunte rien même à notre vielle amitié. J’ai lu Au Fil de l’Heure, laissant, chez moi, chanter les réminiscences des morceaux sus déjà, admirant les autres très nombreux, comme comme [sic] un livre soudain rencontré et jamais considéré, en effet, d’ensemble ; c’est tout-à-fait un beau livre, dont l’auteur doit être fier. Voici, cher, à quoi je juge, vois-tu, le poëte de race : que tous les types par excellence du Vers se reproduisent, comme à son insu, dans l’œuvre, perpétuellement en causant un délice de nouveauté. Tu te sers - certes, ayant bien prévu, aux jeunes pages, les jeux à côté - du vers éternel comme s’il se présentait à toi d’évidence et que tu fusses le premier à l’employer ; en toute fraîcheur, innée : on le fera d’autres fois encore, rarement avec une aptitude aussi spontanée. Notre art, plus je le considère implique un concours, à qui, sur l’instrument parfait, jouera d’originalité. Ton répertoire imaginatif et d’émotion, va d’une franchise superbe à de bien fines ténuités ; tu mets la main sur ce qu’il faut, directement et ajoutes une délicatesse de doigté infinie.
Je te remercie du Parc Enchanté, dont tu as deviné l’ampleur, luxueuse et grave, faite pour me séduire.
Vous déménagez ou vous êtes de frais installés aujourd’hui, retrouvez dans la nouvelle maison notre sourire à tous trois encore qu’absents.
Ah ! la tante vous paie des châteaux, elle est toujours la même personne magnifique : oui, oui, on ira à Vétheuil, pas d’ici mais dans quelque escapade, une fois, en l’avenir. Je suis bien heureux de ce coin, qui vous sera de travail et familial, pour tous. On dit le pays très bien ; Monet y vécut, des années. La nouvelle, donnée par les journaux, que Pointcarré [sic] refuse tout ministère, nous est précieuse ; son concours reste acquis au cher Paul. Ah ! qu’il faut en finir. - Presse-lui la main, embrasse les deux Dames et, Victor, crois-moi, tendrement aussi, ton
Stéphane Mallarmé”

[Joint :] Adresse postale manuscrite de Stéphane Mallarmé, 1 enveloppe in-12, encre noire : “Monsieur Victor Margueritte Villa Scheffer rue Scheffer”

BIBLIOGRAPHIE : 

Correspondance Stéphane Mallarmé, éd. B. Marchal, 2019, 3298 p. 1773