SIC
COLLECTION COMPLÈTE DES 54 NUMÉROS DE SIC, L’UNE DES PLUS IMPORTANTES REVUES D’AVANT-GARDE PARUE PENDANT LA GRANDE GUERRE.
PLACÉE SOUS LE PARRAINAGE D’APOLLINAIRE, ELLE PUBLIA, EN ÉDITION PRÉ-ORIGINALE, DE NOMBREUX POÈMES DE CALLIGRAMMES, ET OFFRIT UNE PREMIÈRE TRIBUNE À LA NOUVELLE GÉNÉRATION DE POÈTES, CELLE DE DADA ET DU SURRÉALISME
ÉDITION ORIGINALE
54 numéros en 41 cahiers de quatre, six, douze ou trente-deux pages in-4 (285 x 230mm)
ILLUSTRATION : nombreux bois gravés de Léopold Survage, Serge Férat, Chana Orloff, Gino Severini, Balla, Enrico Prampolini, Torowaï, et une composition typographique à pleine page, du poème “Il pleut” (n° 12). Le numéro 7 est bien complet du hors-texte en couleurs non signé tiré sur papier vergé de Hollande. A partir du numéro 25, la couverture illustrée uniquement par le sigle "SIC", dessiné et gravé par Pierre Albert-Birot, laisse la place à une reproduction d'œuvre originale. A partir du numéro 35, la première couverture est reprise
PIÈCE JOINTE : trois doublons (n° 1, 2 et 11)
EN FEUILLES. Chemise, étui
La revue SIC, sous-titrée Sons Idées Couleurs, Formes, est au carrefour de tous les mouvements artistiques ayant vu le jour avant ou pendant la guerre, au premier rang desquels le cubisme, le futurisme et le dadaïsme. Très visuelle et graphique, cette revue se veut ouverte à toutes les formes d’art moderne : dessin, sculpture, peinture, gravure, poésie, roman, essai, théâtre, épopée. Elle fut créée en janvier 1916 par le poète, sculpteur, peintre et typographe Pierre Albert-Birot, réformé pour cause d'insuffisance respiratoire. Il en rédigea entièrement le premier numéro, sans le signer. La publication détonne par son modernisme : “Notre volonté : Agir. Prendre des initiatives. Ne pas attendre qu'elles nous viennent d'Outre-Rhin”. Son maître-mot est : “Soyons modernes”. Albert-Birot n'est pas loin de l'affirmation vitaliste des dadaïstes de ne plus imiter la vie mais de créer de la vie : « L'Art commence où finit l'imitation » et devance d’un mois la naissance du mouvement zurichois. Mais surtout, il faut voir dans la publication de ce premier numéro de SIC la main tendue d'un artiste isolé à des milieux d’Avant-garde desquels il est à la fois totalement inconnu et ignorant : « je voudrais bien faire la connaissance d'un poète d'aujourd'hui ». Ce poète sera Apollinaire.
Pierre Albert-Birot est d’abord soutenu dans son entreprise par le peintre futuriste italien Gino Severini, grand admirateur de Guillaume Apollinaire. Le deuxième numéro, publié en février 1916, est consacré à la découverte du futurisme. Il fait le compte-rendu de l'exposition de Severini Première exposition d'Art plastique de la Guerre et d'autres œuvres antérieures, tenue à la galerie Boutet de Monvel, depuis la mi-janvier.
Le 17 mars 1916, dans une tranchée de Berry au Bac, Apollinaire est grièvement blessé à la tête. En juillet, il est transporté à l’hôpital italien de Paris et trépané. C’est alors que Severini obtient du convalescent qu’il accepte de rencontrer Pierre Albert-Birot. Tout de suite, une amitié se noue entre les deux hommes. Apollinaire accorde à Albert-Birot un entretien qui paraîtra sous le titre « Les Tendances nouvelles » dans le triple numéro 8-9-10 de SIC (août-octobre 1916). Selon le mot de Philippe Soupault, Apollinaire apporte son « patronage », à la revue. Dès lors la revue devient le lieu de rencontre de la jeunesse artistique parisienne. À sa sortie d'hôpital, Apollinaire conduit ses amis aux samedis de SIC, rue de la Tombe-Issoire : André Salmon, Reverdy, Max Jacob, Modigliani, Cendrars. S’y croisent également les peintres d'origine russe Alexandre Orloff, Léopold Survage, Ossip Zadkine, et les très jeunes Aragon, Soupault et Raymond Radiguet.
À son retour du front, Apollinaire - dont l’humeur est altérée par sa blessure -, ne sait pas comment revenir à la vie littéraire : « il lui semblait que toutes les places laissées vacantes par les mobilisés étaient occupées par des intrigants ou par ces embusqués de la pire espèce. Il comprenait qu’il lui faudrait jouer des coudes pour retrouver sa situation d’avant-guerre. Que faire ? Mobiliser sur le front littéraire les mêmes qualités qu’au feu, l’audace et la patience » (L. Campa, p. 650)
Albert-Birot publia dans SIC plusieurs poèmes inédits d’Apollinaire : “L’Avenir” (cahier n° 4), “Poème” (n° 7, qui s’intitulera Souvenirs” dans Calligrammes), “Il pleut” (n° 12), “Un Poème” (n° 14), “Le Pont” (n° 16), “Pablo Picasso” (n° 17) et “Six poèmes” (n° 18). La plupart d’entre eux seront publiés, en volume, dans Calligrammes. Le véritable moment de gloire de SIC est d’avoir rendu possible l’unique représentation des Mamelles de Tirésias, le 24 juin 1917. Pour créer la pièce, dans les conditions aventureuses du temps de guerre, Albert-Birot mit à la disposition d’Apollinaire la trésorerie de la revue. Annonçant la représentation comme une « Manifestation SIC », le programme rassemble un dessin de Picasso, un bois d'Henri Matisse, et des dessins de Jean Cocteau, Max Jacob et Pierre Reverdy. La pièce, dont Pierre Albert-Birot assura la mise en scène, déclencha une nouvelle « bataille d'Hernani ». Après la représentation, SIC se fit l'organe de défense des Mamelles de Tirésias qui attira les foudres du reste de la presse. Le numéro 18 de la revue fait le compte-rendu de la représentation. Le double-numéro 19-20 en fait la revue de presse. Un peu plus tard, en réponse à la presse qui continue de se déchaîner, Louis Aragon fait l'éloge de la pièce dans le n° 27. Les Éditions SIC (différentes de la revue) publient le texte des Mamelles de Tirésias (1918), augmenté des illustrations de Serge Férat, de la musique de scène de Germaine Albert-Birot, et d'une revue de presse.
Volontairement éclectique, SIC aura ouvert, pendant les quatre années de sa parution, ses pages à toutes les avant-gardes de son époque. Forte des contributions d'Apollinaire, elle s'enrichit également des apports des partisans du cubisme : poèmes de Reverdy, estampes de Serge Férat, et compte-rendu d'une exposition d’André Derain. Elle servit largement de tribune parisienne aux futuristes italiens, en accueillant les textes de Severini, Luciano Folgore et Gino Cantarelli, les estampes de Depero, Prampolini et Giacomo Balla, ainsi que les partitions de Pratella. En outre, Philippe Soupault y publia ses premiers poèmes, dont son tout premier, qu'il avait envoyé à Apollinaire, “Départ”, sous le pseudonyme de Philippe Verneuil dans le numéro 15. Louis Aragon (en tant que critique), Pierre Drieu La Rochelle et Raymond Radiguet y firent également leurs premiers pas. SIC se rapprocha, enfin, des dadaïstes zurichois, et Tzara y trouva le terrain de ses premières publications en France. Contrairement à Nord-Sud, l'autre revue patronnée par Apollinaire, SIC survécut un temps à l'auteur des Mamelles de Tirésias. Au début de l’année 1919, elle consacra son numéro le plus conséquent (le n° 37, 32 pages) à la mémoire du poète : vingt-six artistes de tous bords y publièrent une oraison. À la fin de l’année 1919, Pierre Albert-Birot, n'arrivant plus à faire face aux difficultés économiques de la revue, se résigna à la voir disparaître : « Les revues d'avant-garde doivent mourir jeunes ».
Cette revue fragile et publiée en temps de guerre est très rarement complète et en bon état. Seule une poignée d’exemplaires ont été proposés sur le marché national et international des ventes aux enchères depuis quarante ans.
Marie-Louise Lentengre, Pierre Albert-Birot, L'invention de soi, JM Place, 1993 – Laurence Campa, Guillaume Apollinaire, Paris, Gallimard, 2013 -- Georges Hugnet, Dictionnaire du Dadaïsme, Paris, J.-C. Simoën, 1976, pp. 309-321 : n'indique pas le hors-texte en couleurs
