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DELACROIX, Eugène

Hamlet. Treize sujets dessinés par Eug. Delacroix

Paris, Gihaut frères, [1843]

UN MOMENT-CLÉ DANS L’HISTOIRE DU ROMANTISME COMME DANS CELLE DE LA RÉCEPTION DE SHAKESPEARE EN FRANCE.

LES FAMEUSES ESTAMPES DU HAMLET DE DELACROIX QUE BAUDELAIRE AVAIT ENCADRÉES ET ACCROCHÉES AU MUR DE SA CHAMBRE DE L’HÔTEL DE PIMODAN

PREMIER TIRAGE

In-folio (340 x 550mm)
ILLUSTRATION : suite complète de 13 lithographies originales d’Eugène Delacroix, signées et datées dans la planche, pour l'illustration de Hamlet. Au-dessous de chaque planche, on lit une ligne ou deux du texte, traduit, de Shakespeare
TIRAGE LIMITÉ à 80 exemplaires, entièrement épuisé à la mort de l’artiste en 1863, celui-ci sur vélin blanc
ILLUSTRATION AJOUTÉE : les trois planches complémentaires imprimées sur les dessins originaux de Delacroix, après la mort de l’artiste en 1863, ajoutées à la seconde édtion de l’ouvrage publiée en 1864. Elles sont ici en premier tirage, imprimées sur papier fort et sans aucune lettre : La Mort d'Orphée. - Hamlet et Horatio devant les fossoyeurs. - Hamlet et Laërtes

RELIURE SIGNÉE D’YSEUX SUCCESSEUR DE SIMIER. Dos lisse de maroquin rouge à grain long et coins, filets doré et estampé à froid, entièrement monté sur onglet saignant, à toutes marges et non rogné, LES DEUX PLATS DE LA COUVERTURE JAUNE CHAMOIS IMPRIMÉE ONT ÉTÉ CONSERVÉS

Commencée en 1834, comme l’indiquent plusieurs dates imprimées dans les planches, et terminée en 1843, cette œuvre est aussi significative dans la carrière de Delacroix que celle que lui avait précédemment inspiré le Faust de Gœthe et exprime, de façon magistrale, l'attrait qu'exerça sur sa sensibilité le drame de Shakespeare. Les treize sujets sont traités avec autant d'intensité dans l'expression que d'harmonie dans la forme.

Hamlet demeure une des créations capitales d'Eugène Delacroix : l'une de celles où il s'est particulièrement investi de 1834 à 1843. Publié à compte d'auteur, selon un tirage restreint, le peintre en fut pour ses frais car les ventes comme la critique furent décevantes. Après le retirage de 1864, conformément au vœu du peintre, l'éditeur Paul Meurice fit scier les pierres dans leur épaisseur de façon à éviter de nouveaux tirages et les fit encadrer; elles sont désormais la propriété du musée Delacroix.

Baudelaire avait tapissé de ces estampes les murs de son appartement de l'hôtel de Pimodan. À propos de cette suite, Raymond Escholier écrivait en 1927, dans Arts et métiers graphiques :

“D'années en années Hamlet s'impose davantage à Delacroix, Hamlet qui le hante depuis le séjour à Londres et les fameuses représentations de la troupe anglaise à l'Odéon, Hamlet dont il a déjà en 1828 dessiné sur pierre la scène des funérailles.
Jamais Delacroix lithographe ne fut aussi maître de sa technique.
Hamlet inspira à Delacroix seize lithographies d'une technique et d'un art évidemment très supérieur au Faust. Pour qui l'a longuement observée, la figure de ce Hamlet reste inoubliable ; presque féminine (et cela se comprend puisque Mme Pierret posa pour Hamlet) et tout ensemble douce et pathétique, féline et violente, frénétique et rêveuse, d'un sentiment, d'une expression infiniment moderne. Comme l'a dit George Sand, dans une lettre écrite en janvier 1853, à Théophile Silvestre, "personne n'a senti comme Delacroix le type douloureux de Hamlet ; personne n'a encadré dans une lumière plus poétique, et posé dans une attitude plus réelle, ce héros de la souffrance, de l'indignation, du doute et de l'ironie, qui fut pourtant, avant ses extases, le miroir de la mode et le moule de la forme, c'est-à-dire, en son temps, un homme du monde accompli."

BIBLIOGRAPHIE : 

L. Carteret, Le Trésor du bibliophile, III, p. 191 -- L. Delteil, 103-106, 108-113, 115-116, 118 -- Ray, The Art of the French Illustrated Book, 1700 to 1914, n° 145, pour la seconde édition : “A masterpiece of illustration”.

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