
MALLARMÉ, StéphaneÉva princesse ou ménagère
QUATRAIN AUTOGRAPHE DE STÉPHANE MALLARMÉ ADRESSÉ À ÉVA PONSOT…

Ensemble mallarméen présenté au salon F.A.B. de novembre 2023 sur notre stand A-46 du jeudi 22 novembre au dimanche 26.
C’est d’une des grandes collections de livres et de manuscrits encore en mains privées du siècle dernier qu’est extrait cet ensemble de lettres de Mallarmé rassemblées ici une dernière fois dans ce volume avant de faire le bonheur d’autres collectionneurs, petits ou grands. Plus qu’un simple catalogue, ce volume est le témoignage de la passion pour Mallarmé d’un grand diplomate qui a fait bénéficier de sa collection accumulée au fil des années, que ce soit chez lui, à Paris, ou par transmission de documents qu’il photocopiait et annotait lui-même, les éditeurs du poète de la rue de Rome, Lloyd James Austin et l’auteur de ces lignes. Ce collectionneur ne fut pas seulement un collectionneur généreux, mais contribua aussi plus directement, à partir des documents de sa collection, aux études mallarméennes, que ce soit dans le Bulletin du Bibliophile (« Stéphane Mallarmé aux derniers jours de Villiers de l’Isle-Adam », « Stéphane Mallarmé et Méry Laurent »), ou dans Commentaire (« Encore Mallarmé et Valéry »).
C’est donc la correspondance qui se trouve ici à l’honneur, sous la forme de cent quarante-six documents. Si l’on distingue trois grandes périodes dans la vie et dans la correspondance de Mallarmé, celle des débuts et de l’exil en province (1862-1871), celle du retour à Paris d’un poète encore méconnu ou qui passe pour un fou littéraire (1872-1885), celle de la reconnaissance enfin par les nouvelles générations (1886-1898), la quasi-totalité des lettres ici rassemblées appartient à la deuxième et surtout à la troisième période. Seule la toute première lettre, la plus longue, et peut-être la plus touchante, fait transition entre la première et la deuxième période en évoquant, dans la perspective du retour à Paris, les choix qui conditionnent un avenir professionnel et littéraire bien loin d’être garanti (n° 13). La plus grande partie de ces lettres évoquent donc le quotidien d’un homme de lettres désormais reconnu et consacré, qui remercie des envois de livres, répond aux sollicitations de la presse (notamment le fameux entretien avec Jules Huret sur l’évolution littéraire (n°60 et 63), des jeunes revues, du photographe Pol Marsan alias Dornac, portraitiste des célébrités chez elles (80), ou répond aux invitations, envoie ses condoléances à la mort de Roumanille (64), de Leconte de Lisle (93), de Jules Boissière (136), de Raphaël Mendès (119), et intervient quand il peut pour des confrères ou des artistes plus malheureux. C’est ainsi qu’au lendemain de la deuxième vente Gauguin, qui fut un échec, il salue par lettre le peintre avant son départ (101).
Mais par-delà la diversité de toute collection liée aux hasards des découvertes dans les ventes publiques ou privées, le cœur de cette collection, qui définit sa particularité, c’est la présence de quelques figures privilégiées, par Mallarmé sans doute mais aussi par le collectionneur, et ces figures sont celles de trois femmes : Méry Laurent, Berthe Morisot (et sa fille Julie), Marguerite Ponsot (et ses enfants Willy et Eva).
Avec ces trois dames, qui cumulent plus du tiers des documents, Mallarmé a noué des relations variées : amoureuses mais probablement platonique avec Méry ; quasi familiales avec Berthe Morisot, puisque celle-ci et son mari, Eugène Manet, frère d’Edouard, instituèrent le poète comme subrogé tuteur de leur fille Julie ; amicales avec Mme Ponsot, mère divorcée de deux enfants, Eva et Willy, amis de Geneviève Mallarmé. Elle avait invité Geneviève à Honfleur en 1891, elle devait y inviter Geneviève et ses parents en 1892 et 1894.
Ces trois amitiés bien différentes ont suscité, en plus de la correspondance habituelle, une pratique intermédiaire entre la lettre et le poème, celle du court poème, quatrain ou distique, qui peut n’être qu’une simple partie ou le tout de la lettre, la correspondance devenant ainsi œuvre poétique à part entière. Œuvre poétique et objet poétique par le choix du carton (ou de la carte de visite plutôt que du papier) qui constitue à la fois le support et le cadre du quatrain calligraphié. Il n’est pas jusqu’à l’adresse qui ne puisse devenir poème avec le quatrain-adresse qui donnera lieu au projet des « Récréations postales » ou des « Loisirs de la Poste », et dont Mallarmé avouera à Méry en 1892 : « cela sort de chez toi ». Cette poésie-là, qui sera rassemblée et publiée bien après la mort de Mallarmé sous le titre de Vers de circonstance, témoigne de la sociabilité aussi affectueuse que badine du poète qui ne fut pas qu’un chercheur d’absolu.
Mallarmé devait ainsi, à partir de 1891, célébrer le 20 juillet de chaque année la Sainte-Marguerite par un quatrain à Marguerite Ponsot (dont le véritable prénom était en fait Marie-Arthémise), et inventer pour ses enfants Willy et Eva le genre du galet poétique d’Honfleur sur d’authentiques galets ou sur des galets de papier comme le n° 92 où le distique est simplement entouré d’un dessin de galet.
Pour Berthe Morisot, l’amitié quasi familiale se doublait d’un sentiment de parité pour celle qui n’était pas seulement la belle-sœur d’Edouard Manet ou la femme d’Eugène, mais une artiste à part entière. Ce n’est pas un hasard si, en 1888, s’ouvrant allusivement d’un projet qui nous apparaît comme celui du « Livre », il le fait pour de très rares correspondants, Verhaeren, le poète ami, Deman, l’éditeur, et Berthe Morisot, à qui il écrit le 1er novembre :
Je travaille beaucoup, aux Lectures, toujours, dont quatre sont pour l’an prochain. (37)
C’est dire qu’il en avait déjà parlé avec elle. A sa mort prématurée en 1895, Mallarmé s’occupa d’organiser la grande exposition en son honneur et d’en préfacer le catalogue, et surtout il prit à cœur son rôle, jusqu’à sa propre mort, de tuteur de Julie, rôle qui avait suscité dès 1893 un quatrain, filant la métaphore, à la jeune plante :
Celle qui sous le ciel si vite
Atteint une exacte hauteur
Fleurit, svelte lys et n’évite
Qu’à son pied reste le tuteur (2)
Il reste que la femme qui a suscité le plus de correspondance et de vers de la part de Mallarmé fut bien celle à qui le maître d’œuvre de cette collection a consacré l’étude plus haut citée, « Stéphane Mallarmé et Méry Laurent », à une époque où la plus grande partie des lettres du poète à son petit paon n’étaient pas encore accessibles, et qui est ici largement représentée par vingt-quatre documents, lettres, quatrains et distiques, qui ne relèvent pas du seul badinage, puisque Mallarmé y évoque aussi l’affaire Dreyfus et les réactions qu’elle suscite chez Degas (140).

QUATRAIN AUTOGRAPHE DE STÉPHANE MALLARMÉ ADRESSÉ À ÉVA PONSOT…

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