FERMAT, Pierre de

Varia Opera mathematica D. Petri de Femat, Senatoris Tolosani.

Toulouse, Jean Pech, 1679.

EXEMPLAIRE DE FRANCOIS ARAGO DES ŒUVRES DU GRAND ET MYSTERIEUX MATHÉMATICIEN PIERRE DE FERMAT QUI NE PUBLIA JAMAIS RIEN DE SON VIVANT.

RARE, SURTOUT AVEC UNE PROVENANCE SIGNIFICATIVE DANS L'HISTOIRE DES SCIENCES.

"CELUY DE TOUTE L'EUROPE QUE JE TIENS POUR LE PLUS GRAND GÉOMETRE" (PASCAL)

ÉDITION ORIGINALE, dédiée par Samuel de Fermat au cardinal de Furstenberg. Cette édition publie pour la première fois les opuscules de Fermat, en latin, et ses lettres en français, latin ou italien dont celles, célèbres, de et à Pascal  I

In-folio (338 x 215mm)
Très nombreux diagrammes gravés dans le texte. Fleuron gravé sur la page de titre, 2 vignettes gravées sur cuivre par Rabault, nombreux bandeaux, culs-de-lampe et intiales gravés

ÉTAT : second état de la page de titre, tel que décrit par Horblit, avec le fleuron de la page de titre, les pages ã2r et ê2r sont en premier état, c'est-à-dire avec les deux vignettes gravées ; sans le portrait gravé non requis par la collation, comme pour les exemplaires Horblit, Honeyman et Norman
COLLATION : ã2 ê2 î2 A-Z 2A-C42D22E2 [2F4] + 5 planches gravées, sans le feuillet blanc 2D2
RELIURE VERS 1820. Dos, coins et plats de papier maroquiné rouge, dos long à décor doré, tranches jaunes
PROVENANCE : annotations manuscrites d'une main contemporaine de l'édition, deux lignes à l'encre brune, en latin (p. 190) -- François Arago, ex-libris manuscrit sur la page de titre (Catalogue des livres composant la bibliothèque de M. François Arago. Secrétaire perpétuel de l'Académie française, Paris, Dusacq, 1854, n° 824 : "in-f. dem. m. r.") -- note manuscrite à l'encre d'un collectionneur anglais : "From the library of F. Arago. H. S."

Cahier C et Z très légèrement brunis, léger empoussiérage de quelques marges supérieures

Né en 1601 à Beaumont-de-Lomagne dans une famille de marchands, Fermat passa sa carrière au Parlement de Toulouse (Conseiller aux Enquêtes en 1638, puis à la Grand Chambre en 1642). A partir de 1638, il fut aussi Conseiller au Parlement de l'Edit qui, siégeant à Castres, avait juridiction sur les problèmes religieux. Il possédait une solide formation juridique puisque diplômé de la célèbre Université d'Orléans en 1631 après avoir commencé ses études de droit à Bordeaux dans les années 1620. Il semble que ce soit dès ces premières années que Fermat se soit passionné pour l'étude des mathématiques, en particulier grâce à la lecture des œuvres de François Viète dont il reprit à son compte les innovations dans le domaine de l'algèbre et de la théorie des équations. Assumant de loin ses devoirs de grand parlementaire comme bon nombre de ses contemporains de la “République des lettres”, Fermat consacra son temps à l'otium romain et, donc, aux mathématiques. En 1664 l'intendant de Languedoc se plaignait à Colbert du peu de goût du parlementaire mathématicien pour les matières juridiques.

Pierre de Fermat (1601-1665) ne publia jamais aucun texte ni livre de son vivant. Il fut pourtant célèbre dès 1636 et entretint avec les plus éminents membres de la République des Lettres l'une des correspondances les plus influentes du XVIIe siècle, parmi eux Mersenne, Huyghens, Descartes, Gassendi, Roberval, Pascal, Kenelm Digby et de nombreux autres. Mais les lettres ou les opuscules manuscrits de Fermat sont également très rares, certaines n'étant connues que par leur publication dans le présent volume. Pierre de Fermat est surtout admiré pour son célèbre théorème (il n'existe pas de nombres entiers non nul pour lesquels xn +yn = zn, dès que n est un entier strictement supérieur à 2). Il l'aurait formulé dans la note manuscrite d'une marge de son édition de Diophante donnée en 1621 par Bachet de Méziriac, note qui s'achève sur cette formule aporétique : "j'ai trouvé une merveilleuse démonstration de cette proposition mais la marge est trop étroite pour la contenir"). Ce n'est qu'en 1994 qu'Andrew Wiles l'aurait enfin démontrée.

Samuel de Fermat, fils du mathématicien, publia le Diophante annoté de son père à Toulouse chez Bernard Bosc en 1670 et ces Varia Opera en 1679. Sans les deux publications du fils, l'œuvre du père aurait sans doute disparu.  Fermat a été le précurseur et l'inventeur de presque toutes les branches nouvelles des mathématiques qui ont vu le jour au XVIIe siècle : de la façon la plus nette celui du calcul différentiel dans sa Méthode de recherche des maximums et des minimums (écrite dès 1629, p. 63 du présent volume) et du calcul intégral (Quadrature des paraboles généralisées, 1636). Il est le cofondateur de la géométrie analytique, avec Descartes mais indépendamment de lui (Traité des lieux plans et solides, 1636, p. 1 de ce volume). Sa correspondance avec Blaise Pascal de l'été 1654 est imprimée pour la première fois ici, dans ces Varia opera mathematica ; elle fonde le calcul des probabilités (cf. pp. 184-188, 200). Pascal écrit le 10 août 1660 à Fermat qu'il était "celuy de toute l'Europe que je tiens pour le plus grand géomètre" ajoutant aussitôt, souverainement, que "pour vous parler de la géométrie, je la trouve le plus haut exercice de l'esprit, mais en même temps, je la connais pour si inutile que je fais peu de différence entre un homme qui n'est que géomètre et un habile artisan" (p. 200 du présent volume). Le mathématicien et escroc Guglielmo Libri, essentiel dans la redécouverte de Fermat au XIXe siècle, paraphrasa ce célèbre mot (Revue des Deux Mondes, 1845, pp. 356-378). En théorie des nombres, Fermat introduit des méthodes radicalement nouvelles, comme sa fameuse "descente infinie", qui prouveront leur puissance entre les mains des mathématiciens comme Euler, Lagrange, Legendre et Gauss.

Enfin, cet exemplaire possède la remarquable provenance de François Arago (1786-1853). Le grand savant et homme politique français, redoutable ennemi de l'escroc Gugliemo Libri, fut aussi l'inventeur des "mathématiques nationales" dont il écrivit la grande histoire, s'attachant en particulier à tirer Fermat de l'oubli. Il entendait republier ses œuvres et toucha pour ce faire une subvention de 15,000 francs. Possesseur de cet exemplaire, Arago s'appuya sur l'analyse des Varia opera mathematica pour montrer que le véritable inventeur du calculus n'était ni Leibniz ni Newton mais bien notre Fermat. Il conclut ainsi son article sur Poisson :

"Lorsqu'à la suite d'une profonde étude des pièces du mémorable procès, lorsqu'après avoir consulté de nouveau les Varia opera mathematica de Fermat, publiés en 1679, quinze après la mort du célèbre auteur, Lagrange et Laplace reconnurent, il y a peu d'années, qu'il fallait regarder Fermat comme le véritable inventeur du calcul différentiel, nos voisins d'outre-Manche se montrèrent vivement émus (...) l'inventeur du calcul différentiel restera donc, conformément à la décision des trois géomètres illustres que je viens de nommer [d'Alembert et les deux précédents], non pas Newton, non pas Leibniz, comme on l'avait cru longtemps, mais Fermat." (François Arago, Œuvres complètes, Paris, 1854, t. II, pp. 613-615, cf. aussi sa longue notice sur Fermat au t. III)

On notera que la Bibliothèque Universitaire de Toulouse possède un second exemplaire de Varia opera mathematica ayant appartenu à François Arago. Il l'offrit à l'un de ses collègues de l'Académie des Sciences, le mathématicien Joseph Liouville.

BIBLIOGRAPHIE : 

Dibner, Herald of sciences, n° 108 -- Grolier/Horblit, One Hundred Books famous in Science, New York, 1964, n° 30 -- J. M. Norman et D. Hook, The Haskell F. Norman Library of Science and Medicine, San Francisco, 1994, n° 778 -- En français dans le texte, n° 115 -- Dictionnary of Scientific biography, vol. IV, pp. 566-575

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