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[Sur l’élévation des montagnes de l’Inde]
IMPORTANT TEXTE SCIENTIFIQUE SUR LE CALCUL DE L’ALTITUDE DES SOMMETS DE L’INDE : À LA DÉCOUVERTE DE L’HIMALAYA.
PRÉCIEUX ET LONG ENVOI D’ALEXANDRE DE HUMBOLDT AU SAVANT CHARLES ATHANASE WALCKENAER.
L’EXEMPLAIRE A ENSUITE APPARTENU À HENRI DE SAUSSURE, MEMBRE DE LA CÉLÈBRE FAMILLE DE SCIENTIFIQUES GENEVOIS, DONT L’ANCÊTRE, HORACE BÉNÉDICT DE SAUSSURE, AVAIT ÉCRIT LE FAMEUX VOYAGE DANS LES ALPES AVANT D’ÊTRE VICTORIEUX DU MONT BLANC EN 1787
ÉDITION ORIGINALE d’un tiré-à-part publié dans les Annales de Chimie et de Physique (Paris, 1816, t. III, pp. 297-317). Ce texte fit l’objet de plusieurs traductions dont une publiée à Londres par John Murray en 1820 dans le Quaterly review, l’autre en allemand publiée à Leipzig en 1817. Il fut republié en français en 1818 et 1823
In-8 (201 x 125mm). Faux-titre
COLLATION : 4-23 pp.
ENVOI AUTOGRAPHE SIGNÉ sous forme d’une lettre reliée en tête du volume à l’époque de la reliure (1 p. 1/2 in-8)
Lorsque j’écris à mon respectable confrère M. le Chevalier Walckenaer, c’est toujours pour lui parler de ma reconnaissance ou pour lui adresser des prières. On n’a d’autres
rapports avec lui.
Je le supplie d’agréer avec indulgence mon petit mémoire sur les montagnes de l’Asie centrale. Quelques rapprochements des Andes, des Alpes et de l’Himalaya
l’intéresseront peut-être. C’est le fruit de mes études.
Je vous prie d’agréer l’expression de mon affectueux dévouement et de ma haute considération
Ce lundi Humboldt
RELIURE DE L’ÉPOQUE. Dos de veau beige avec filets dorés, plats de cartonnage beige, étiquette de titre manuscrite sur le plat supérieur
PROVENANCE : baron Charles Athanase Walckenaer (1771-1852 ; l’un des six membres fondateurs de la Société de Bibliophiles françois). L’exemplaire figure dans son catalogue de vente après-décès intitulé Catalogue des livres et cartes géographiques de la bibliothèque de feu M. le baron Walckenaer (Paris, Sibire, 1853, n° 323), dans la série “Montagnes et Volcans” : “demi reliure veau fauve, avec une lettre d’envoi autographe de M. de Humboldt à M. W.[alckenaer]” -- Henri de Saussure (1829-1905 ; cachet), zoologiste et minéralogiste, petit-fils d’Horace Bénédict de Saussure et père du linguiste Ferdinand de Saussure, avec la mention manuscrite sans doute autographe sur une garde : “de la bibliothèque de M. Walckenaer”. C’est la même main qui a rédigé la titraison manuscrite sur une étiquette collée sur le premier plat du volume
Grand voyageur et parisien dès 1798, Alexandre de Humboldt (1769-1859) se lança dans de longues et célèbres expéditions naturalistes. Il parcourut entre 1799 et 1804, en compagnie de son fidèle ami le botaniste Aimé Bonpland, les deux Amériques et les Antilles. Il explora également une grande partie de l’Europe et monta, en 1829, une expédition pour la Sibérie. Il écrit dans Cosmos (1855-1859) :
“Dans chaque époque, il y a des esprits faibles disposés à croire complaisamment que l’humanité est arrivée à l’apogée de son développement intellectuel. Ils oublient que, par l’effet de la liaison intime qui unit tous les phénomènes de la nature, le champ s’élargit à mesure que l’on avance, et que la limite qui borde l’horizon recule incessamment devant l’observateur”.
Humboldt était aussi un fervent “alpiniste”. En route vers l’Amérique espagnole, il gravit en 1799 le pic de Teide aux Canaries, premier sommet vaincu hors de l’Europe et alors considéré depuis longtemps comme le plus haut sommet du monde. En 1801, lors de son séjour à Quito, il gravit les volcans des environs. En juin 1802, il fait l’ascension du Chimborazo dans l’actuel Équateur (6310 m.). Ce sommet était regardé à l’époque comme le plus élevé du monde et Humboldt lui vouera un culte toute sa vie. Par manque d’oxygène, il s’arrêtera à 5878 mètres, bloqué par une crevasse : ce sera le record d’altitude de l’époque. Ce succès eut un retentissement considérable. De cette montagne, Humboldt publiera une célèbre carte. Le savant s’intéressait de près aux calculs relatifs à l’altitude des montagnes de la Cordillère des Andes (cf. “De quelques phénomènes qu’offrent les Cordillères des Andes de Quito et la partie occidentale de l’Himalaya”, Annales de Sciences Naturelles, 1825, vol. 4.).
Humboldt écrivit Sur l’élévation des montagnes de l’Inde en préparation d’un voyage en Inde, dans l’Himalaya et au Tibet. Dans la même veine, il publia deux ans plus tard un autre texte sur ces fameuses “montagnes de l’Inde” : “Sur la limite inférieure des neiges perpétuelles dans les montagnes de l'Himalaya et les régions équatoriales” (Annales de chimie et de physique, Paris, 1820, IV, pp. 5-55). Après avoir rappelé qu’en sanscrit Himalaya veut dire séjour des neiges, le présent ouvrage rapporte d’abord les différents calculs effectués par de savants voyageurs anglais depuis le début des années 1800. C’est en effet dans l’Europe intellectuelle le temps d’une passion pour la civilisation indienne dont Hegel, par exemple, se fera l’écho dans ses cours de l’Université d’Iéna. Humboldt résume ainsi les découvertes du jeune explorateur britannique William Spencer Webb (1784-1865) qui localisa les sources du Gange, vit de ses yeux le Dhaulagiri dont il calcula l’altitude, battant le record de Humboldt : c’était un nouveau toit du monde (8167 m.).
“Les principales expéditions qui permettent de mieux connaître la région de l’Himalaya commencent dans les années 1810 (...) Humboldt suit de très près ces expéditions et publie quelques textes de synthèse à ce sujet. Toutefois, quand il part en Sibérie en 1829, quantité d’incertitudes subsistent sur l’orientation des principaux massifs de la région, sur les altitudes des sommets et sur la limite inférieure des neiges éternelles” (Debarbieux).
La conviction de Humboldt fut établie dès ce premier texte ; elle est plusieurs fois répétée dans ce texte. Il s’agit impérieusement de mesurer la largeur de cet Himalaya peu connu et de vérifier s’il n’y a pas, au Nord de ce qu’avait vu Webb, d’autres montagnes plus élevées : “il est impossible de réfléchir sur le résultat de ces mesures, sans se demander si derrière le groupe de montagnes de l’Himalaya, il ne se trouve pas quelqu’autre chaîne plus élevée” (p. 10). Humboldt établissait ainsi dès le présent texte l’objectif d’une mission d’exploration qu’il s’efforça de monter depuis Londres mais dont le financement échoua à cause du refus de la Compagnie britannique des Indes orientales, malgré son voyage en Grande-Bretagne en 1817.
Les envois de Humbolt sont rares. Ce présent est exemplaire est adressé au baron Charles Athanase Walckenaer (1771-1852). Cet éminent géographe fut conservateur des Cartes et Plans de la BnF. Il avait épousé Joséphine Marcotte dont la famille était intimement liée à Ingres. Le peintre réalisa pour ce véritable réseau artistique un nombre impressionnant de portraits peints dont il subsiste aussi de remarquables dessins. Parmi eux, se trouve celui de Walckenaer. Notons aussi la provenance Saussure, si importante dans l’histoire de la montagne comme dans celle de l’alpinisme.
On rappellera aussi que les 17.000 volumes qui composaient la bibliothèque personnelle de Humboldt brûlèrent lors du célèbre incendie de Sotheby’s en 1865 ; le libraire Henry Stevens, qui avait acheté cette bibliothèque en bloc, avait déjà vendu certains exemplaires. Il avait pu imprimer un rare catalogue de 11.164 titres (The Humboldt Library, American Agency, Londres, 1862)
L. Kellner, Alexander von Humboldt, Londres, 1963
WEBOGRAPHIE : le site Alexander von Humboldt de l’Université de Berne : https://humboldt.unibe.ch/text/1816-Sur_l_Elevation-4-neu -- https://frenchbooksonindia.com/2015/10/28/1810-1820/ -- B. Debarbieux, “Figures et Unité de l’idée de montagne chez Alexandre von Humboldt” : https://journals.openedition.org/cybergeo/25486?lang=en