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CUSTINE, Astolphe de

La Russie en 1839

Paris, Migneret, An IX [1801]

REMARQUABLE ET RARE EXEMPLAIRE AVEC ENVOI D’ASTOLPHE DE CUSTINE À CORDÉLIA DE CASTELLANE, L’UNE DES PLUS FOLLES PASSIONS DE CHATEAUBRIAND.

AU “ROYAUME DES FAÇADES” : TRÈS BEL EXEMPLAIRE DE CE TRISTE TABLEAU DE LA RUSSIE SOUS NICOLAS IER

ÉDITION ORIGINALE

4 tomes en quatre volumes in-8 (208 x 130mm). 4 faux-titres
COLLATION : (t. I) : 2 ff.n.ch., xxxi, 354 pp. ; (t. II) : 2 ff.n.ch., 416 pp. ; (t. III) : 2 ff.n.ch., 470 pp. ; (t. IV) : 2 ff.n.ch., 544 pp.
ILLUSTRATION : 1 planche généalogique dépliante dans le quatrième tome
ENVOI AUTOGRAPHE SIGNÉ, à l’encre brune :

à madame de Castellane.

A de Custine, C. de. 

RELIURES DE L’ÉPOQUE. Dos longs de basane verte, ornés de filets à froid et dorés, tranches jaspées
PROVENANCE : Cordélia de Castellane (1796-1847 ; envoi) -- Cabinet littéraire Blanchard, Orléans (cachet humide sur les faux-titres)

Reliures légèrement frottées. Rousseurs éparses, parfois prononcées, petite auréole claire en marge haute sur une partie du vol. I, quelques taches occasionnelles, vol. I avec coin de la p. 131 manquant

Astolphe de Custine (1790-1857), fils et petit-fils d’officiers généraux girondins appartenait à une grande famille de l’Ancien Régime. Le jeune marquis de Custine n’avait que vingt-cinq ans lorsqu’il assista au Congrès de Vienne. De son voyage en Russie entre juin et septembre 1839, il tira un texte (soi-disant) prophétique. La Russie en 1839 constitue une attaque du pouvoir absolu, de la Russie des Tsars et particulièrement du régime de Nicolas Ier. Custine anticipe également sur le rôle à venir de la Russie en Europe. L’ouvrage connut un succès immédiat mais fut interdit en Russie. Il circula tout de même sous le manteau. Six rééditions suivront et pas moins de dix-neuf éditions en quatre langues, entre 1843 et 1855. Il fut remis à l’ordre du jour par la CIA dans les années 1960 qui voulut en faire l’équivalent de Tocqueville pour la Russie.

Custine met en lumière des thèmes récurrents de l’histoire politique russe, d’Ivan le Terrible à Pierre le Grand : un pouvoir absolu exercé sans contrepoids institutionnel, une soumission généralisée des élites et du peuple – qu'il décrit comme “ivres d’esclavage” –, ainsi que l'usage systématique de la violence et du mensonge comme outils de domination, dans un contexte où la vie humaine a peu de valeur. L’ouvrage, publié en Allemagne et en Angleterre, sera interdit en Russie dont le gouvernement n'apprécie pas les jugements sans complaisance de l'auteur, comme celui-ci :

"Si le Czar Pierre, au lieu de s'amuser et à habiller des ours en singes, si Catherine II, au lieu de faire de la philosophie, si tous les souverains de la Russie enfin eussent voulu civiliser leur nation par elle-même, en cultivant lentement les admirables germes que Dieu avait déposés dans le cœur de ces peuples, les derniers venus de l'Asie, ils auraient moins ébloui l'Europe, mais ils eussent acquis une gloire plus durable et plus universelle, et nous verrions aujourd'hui cette nation continuer sa tâche providentielle, c'est à dire la guerre aux vieux gouvernements de l'Asie... Mais à présent que cette nation a déraillé sur la grande voie de la civilisation, nul homme ne peut lui reprendre sa ligne" (vol. IV, p. 68).

Exceptionnellement chez Custine, cet exemplaire est enrichi d'un bel envoi autographe signé "à madame de Castellane. A de Custine, C. de". Il s'agit sans aucun doute de Louise Cordélia Eucharis Greffulhe (1796-1847), fille du banquier suisse Louis Greffulhe (1741-1810) et peut-être désignée par ce “C. de” placé à la fin de l’envoi. Elle épousa le 22 juin 1813 Boniface comte de Castellane (1782-1862), brillant et jeune officier au service de l’Empereur qui deviendra maréchal de France en décembre 1852. Cordélia de Castellane tint au Faubourg-Saint-Honoré un salon très fréquenté, libre et peu marqué par la sensibilité des ultras. S’y retrouvaient Stendhal, Mérimée, Molé (qui fut un temps son amant et avec lequel elle vécut en faux ménage officiel à partir de 1827), Thiers, Béranger, Arago, Villemain et sans doute Astolphe de Custine. Tocqueville y fut aussi accueilli, immédiatement après la parution de la première Démocratie en 1835.

Cordélia de Castellane fut l’une des plus folles passions de Chateaubriand. Leur liaison fulgurante dura de septembre 1823 au printemps 1824, époque où il était ministre des Affaires étrangères. Madame Récamier préféra partir pour l’Italie.

Chateaubriand avait aussi aimé passionnément la propre mère d'Astolphe de Custine, Delphine de Sabran, marquise de Custine (1770-1826), la “reine des roses” pour l’Enchanteur. Cordélia de Castellane inspira le personnage de Marcelle de Castellane dans La Vie de Rancé (1844). En juillet 1827, peu de temps après la mort de Delphine de Custine, Chateaubriand écrit à Cordélia de Castellane :

“Son cercueil a passé ici hier ! C’est tout ce que j’ai revu d’elle ! Elle avait trois ou quatre causes de mort, et une sans remède, le chagrin. Astolphe est venu m’embrasser (…) Je suis bien découragé, bien triste, je compte dix fois par jour les amis que j’ai perdus et je ne souhaite plus que de me rapprocher de ceux qui me restent. Je n’écrirai pas plus longtemps, je tourne aux larmes et vous avez assez de vos maux” (17 juillet, Correspondance, t. VII).

Les envois de Custine sont d’une grande rareté. On n’en retrouve aucun sur les sites internet des ventes aux enchères (RBH, Biblio et Gazette de Drouot). Le fichier Berès en propose deux, celui, célèbre, à Balzac sur Le Monde comme il va en 1835 (“hommage d’un pygmée à un géant”, vente Sickles, 20 avril 1989, FF 310.000) et celui au grand ami Édouard de Sainte-Barbe sur Mémoires et Voyages publié en 1830 (“À Édouard”, même vente, FF 100.000).

BIBLIOGRAPHIE : 

Victor Giraud, “Sur deux contrefaçons d’Atala et de René”, in Revue d’histoire littéraire de la France, Paris, 18e Année, No. 3, 1911, pp. 666-668

WEBOGRAPHIE : article de Giraud : https://www.jstor.org/stable/40517043?seq=2