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VOGÜÉ, Melchior, comte puis marquis de, et William Henry WADDINGTON

Syrie centrale. Architecture civile et religieuse du Ier au VIIe siècle

Paris, J. Baudry, 1865-1877

FORMIDABLE OUVRAGE ASSOCIANT DEUX FAMEUX ORIENTALISTES, VOGÜÉ ET WADDINGTON, ET UN JEUNE ARCHITECTE DE VINGT-QUATRE ANS, EDMOND DUTHOIT, QU’EUGÈNE VIOLLET-LE-DUC APPELAIT “MON JEUNE AIDE DE CAMP”.

IL S’AGISSAIT DE DÉMONTRER, PAR UN VOYAGE ET DES RELEVÉS, LES ORIGINES ORIENTALES DE L’ART ROMAN ET DE L’ART GOTHIQUE : ON PEUT DIFFICILEMENT ÊTRE PLUS MODERNE AUJOURD’HUI.

ÉDITION ORIGINALE

2 volumes in-folio (355 x 273mm)
COLLATION et ILLUSTRATION : [2 ff. de faux-titre et titre], 2-154 pp., [6 ff.] et [4 ff.], 3 cartes dont deux à double page, et 152 planches hors-texte numérotées 1-151 avec la planche 98bis en double. Les illustrations gravées à l’eau-forte sont dessinées tantôt par Melchior de Vogüé et Edmond Duthoit tantôt par Duthoit seul, la dernière planche est rehaussée de rouge comme quelques autres planches
RELIURE STRICTEMENT DE L’ÉPOQUE. Dos de maroquin rouge à coins, bordures de filets estampés, dos dorés, têtes dorées
PROVENANCE : bibliothèque des marquis de Nicolaÿ

Quelques très pâles et minimes rousseurs aux premières pages de chacun des volumes puis l’exemplaire est très blanc. Quelques éraflures à la reliure aisément restaurables

Melchior de Vogüé (1829-1916) débuta sa vita activa comme diplomate. Il fut bien jeune nommé attaché d’ambassade à Londres en 1849. Il interrompit volontairement sa carrière pour deux décennies de recherches et de voyages avant de devenir ambassadeur auprès de la Sublime Porte, nommé par Thiers en 1871, puis à Vienne, d’où il signe l’Avertissement de cet ouvrage en 1876. L’archéologie et l’Orient furent l’horizon de sa vie. En 1901, il est élu à l’Académie française et doit être distingué d’Eugène-Melchior de Vogüé (1848-1910), également élu à l’Académie française : le célèbre introducteur du roman russe en France. Le Melchior de notre ouvrage parcourut la Méditerranée de mai 1853 à mai 1854, année où il visite Palmyre, puis de décembre 1861 à janvier 1863, sans doute à la suite de la mort de sa femme en novembre 1860. Félicien de Saulcy (1807-1880) et Charles Lenormant (1802-1859), le neveu de Madame Récamier, ses prédécesseurs, avaient orienté Vogüé vers l’étude de l’archéologie sémitique. Il s’était alors lancé dans l’étude de l’hébreu, du grec et du syriaque.

Leur démarche n’obéissait pas à une logique mondaine de la simple curiosité. Il s’agissait bien au contraire de découvrir les sources orientales de la civilisation occidentale pour mieux montrer que le progrès ne va pas de soi et que la raison n’est pas simplement née avec les temps modernes. À cet égard, Vogüé n’est pas l’ennemi d’Ernest Renan mais plutôt son successeur. Au-delà de toute considération religieuse, Vogüé est considéré comme celui qui achève le premier voyage en Orient de l’auteur de la Vie de Jésus (1860-1861).

William Waddington (1826-1894) est le fils d’un industriel protestant et écossais établi en Normandie. Élevé dans les grandes universités anglaises, Waddington choisit la nationalité française. Il fut “l’ami et le compagnon de voyage” (Avertissement) de Melchior de Vogüé avec lequel il publia ce livre, premier recueil systématique “d’architecture et d’épigraphie sémitiques” de la Syrie. Les découvertes présentées ici sont “personnelles à l’auteur qui écrit ces lignes” (Vogüé) puisque Waddington avait déjà publié quelques-unes de ses observations dans des publications séparées.

L’architecture syrienne, dans cet ouvrage commun aux deux auteurs, est dessinée par Edmond Duthoit (1837-1899), célèbre architecte qui participa au voyage. Duthoit fut le grand assistant d’Eugène Viollet-le-Duc qui l’appelait “mon jeune aide de camp”. Cette association consacrée par ce livre important fut si féconde que la salle des antiquités chypriotes du musée du Louvre s’appelle la salle Vogüé-Duthoit.

On aimera l’analyse remarquable de l’église romane de Pontorson (p. 24), à quelques encablures du Mont-Saint-Michel, quand les auteurs montrent ce que l’art roman du XIIe siècle doit à l’architecture de la “Syrie centrale”, la rapprochant des planches 124 et 132 du livre. Elles figurent les églises pré-Islamiques de Qualb Lozeh (pl. 122 à 129) et Turmanin (pl. 130 à 137) ; la première des deux étant aussi considérée comme un modèle de Notre-Dame de Paris. Ces deux édifices étaient alors en bien meilleur état qu’aujourd’hui.

Waddington fut aussi le fondateur de la fameuse École pratiques des Hautes Études en 1868. À la suite de l’effondrement français de 1870-1871, il entra en politique et fut successivement député puis sénateur de l’Aisne. Il fut plusieurs fois ministre, devenant Président du Conseil en 1879 et Ministre des Affaires étrangères avec Léon Say aux finances. C’est Waddington qui fit voter l’amnistie des communards. Il démissionne en décembre 1879 et sera nommé ambassadeur à Londres : rare exemple d’un sujet anciennement britannique devenant ambassadeur de son pays d’adoption dans son pays d’origine.

BIBLIOGRAPHIE : 

Blackmer 1744 : "An important work" -- Brunet (Supplement) II 924
WEBOGRAPHIE : N. Oulebsir et B. Toulier, Architecture d’Orient en France. Villas, folies et palais d’ailleurs : https://www.google.fr/books/edition/Architectures_d_Orient_en_France/pz4pEAAAQBAJhl=fr&gbpv=1&dq=%22ernest+renan%22+%22melchior+de+vog%C3%BC%C3%A9%22&pg=PA109&printsec=frontcover

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