Voyage à Athènes et à Constantinople. Ou Collection de portraits, de vues et de costumes grecs et ottomans, peints sur les lieux, d'après nature, lithographiés et coloriés
LE PLUS BEAU LIVRE CONSACRÉ À LA TURQUIE ET À LA GRÈCE.
EXEMPLAIRE EN COLORIS D'ÉPOQUE PARTICULIÈREMENT FIN ET LUMINEUX
In-plano (605 x 450mm) Complet du fac-similé lithographié d'un passeport turc devant former les deux derniers feuillets
COLLATION ET ILLUSTRATION : (3 ff.), 52 pp. avec 12 lithographies en noir imprimées dans le texte, et 40 lithographies imprimées à pleine page par C. Motte, Thierry frères, etc. d'après les dessins de Louis Dupré et REHAUSSÉES D'UN SUPERBE COLORIS D'ÉPOQUE PARTICULIÈREMENT FIN
PIÈCE JOINTE : une lithographie imprimée en noir et signée d'Alessandro Jocosi (1836-1869) représentant un guerrier turc
RELIURE DE L'ÉPOQUE. Dos de percaline verte et plats de papier marbré dans les tons bruns, étiquette de livraison sur le plat supérieur
À peine âgé de vingt-deux ans, Louis Dupré, élève de David, fut nommé peintre du roi de Wesphalie, Jérôme Bonaparte. Il commença d'exposer au Salon en 1817 et deux ans plus tard, résidant à Rome, il fut invité par trois riches Anglais, Hyett, Hay et Viwian, à les accompagner en Grèce. Parti de Naples, il parvint à Corfou et visita Athènes, puis la Thessalie et Constantinople. De là, il revint en Italie en passant par Vienne où résidait son protecteur, le roi Jérôme Bonaparte. À son retour, il fit lithographier et publier ce recueil de quelques-unes de ses compositions évoquant les sites de la Grèce, ses mœurs et les costumes de ses habitants. Les dix livraisons, de quatre planches chacune, parurent de 1825 à 1835, dédiées à son nouveau protecteur le comte Clément de Ris, pair de France.
Les grandes planches en couleurs de ce livre ont souvent été reproduites et sont célèbres, mais on ne semble pas avoir prêté attention aux remarquables lithographies en noir qui fixent des sites et des scènes avec une précision et un charme exceptionnels. La dernière d'entre elles, qui clôt le récit du voyageur, montre le Kan du Prince de Moldavie. On y voit au tout premier plan l'artiste lui-même dessinant.
Le texte est d'un grand intérêt. Dupré ne manque pas de remarquer comme il retrouve, mélangés, en Grèce comme en Turquie, le luxe et la mesquinerie, l'orgueil et la misère réunis sous le même toit. Présenté par le commissaire britannique, Sir Thomas Maytland, il est reçu par Ali Pacha qui depuis trente années, exerçait d'une manière si terrible le pouvoir commis à ses mains. Sa physionomie douce et riante, ses manières simples et engageantes, sa longue barbe blanche donnant à sa figure un air vénérable, était bien propre à tromper, au premier abord, ceux qui n'avaient pas été prévenus des dehors artificieux dont il couvrait son naturel féroce, puis par le fils de celui-ci, Véli-Pacha, qui ne ressemblait à son père que par sa cruauté et par ses vices. À Corfou, les voyageurs rendent visite aux exilés suliotes, traqués comme des bêtes fauves sur tout le territoire de l'Épire. C'est de l'un de ces palicares que Dupré fit un très beau portrait, reproduit dans l'ouvrage. À Janina, il s'émeut de se trouver là où était la forêt sacrée, la source prophétique, où s'élevait l'autel de Jupiter. Il visite le Bazar, gardé en tous tems par des chiens féroces. Dupré et ses compagnons franchissent le Pinde dont les rochers enneigés et les chemins affreux rendent la traversée épouvantable. Leurs pensées sont occupées par les rappels antiques de ces paysages et par la délivrance, espérée depuis 1819, des Hellènes. Ils voient se déployer devant eux les plaines de la Thessalie, parées d'une agréable verdure et brillantes de l'éclat du soleil couchant. Dupré dessine le mont Olympe qui élève majestueusement ses cimes brillantes de verdure en été, puis Tempé où un laurier que les Grecs nomment Daphné rappelait aux voyageurs la métamorphose de la nymphe aimée d'Apollon. Ils atteignent enfin les Thermopyles où ils déposent une couronne de fleurs sans doute les mêmes fleurs dont les guerriers de Sparte avaient orné leurs chevaux au jour du combat. Dupré décrit le magnifique panorama :
Au-dessous de Delphes, des abîmes imposans ; à droite le golfe de Corinthe avec une partie de la Morée. La caravane parvient à l'emplacement de la ville d'Apollon. Les environs sont couverts de tombeaux et de chambres sépulcrales ; leurs parois sont chargées d'inscriptions. On en lit partout, sur les marbres, sur les rochers, sur des pans de murs, dans les grottes... Il y aurait aussi de précieuses découvertes à faire pour les arts, s'il était vrai que Néron, spoliateur de la Grèce, et qui prit à Delphes sept cents statues, y en laissa pourtant plus de cinq mille. – Thèbes... qui s'enorgueillit en outre d'avoir donné naissance à Plutarque... n'est plus cette cité dont les murailles s'élevèrent au son de la lyre d'Anthion. Les voyageurs sont logés au village de Lepsina qui n'a pas même conservé intact le nom d'Éleusis... leurs yeux ne pouvant se détacher de la colline d'où Xerxès contempla le désastre immense de sa flotte.
Dupré est reçu par le consul de France, Fauvel, qui avait reçu Chateaubriand et dont il évoque la riche collection où, à côté de statues, de pierres sépulcrales, de marbres, etc., il remarque de petites idoles, plusieurs ustensiles de ménage et une machoire humaine qui tenait encore entre ses dents l'obole due à Caron pour le passage du Styx. Ces richesses devaient être rasées en 1829 et les sculptures joncher le sol. En peignant ce qui reste du Parthénon, dont les chrétiens avaient exilé la statue de Minerve pour y placer l'image de la Vierge, et qui est aujourd'hui une mosquée ; chef-d'œuvre d'Ictinus et de Phidias, respecté par le tems, mutilé par les hommes, Dupré s'indigne de la profanation par Lord Elgin : Les Grecs, dont l'imagination est toujours vive, disaient qu'on entendait alors des gémissemens pendant la nuit, et que ces sœurs, réunies depuis tant de siècles, pleuraient leur séparation. Après avoir admiré au Pirée le tombeau de Thémistocle au milieu des noirs rochers que baigne la mer, il décrit, avant son départ, la charmante société d'Athènes, composée, outre le consul Fauvel, de M. de Saint-André, consul de France à Napoli de Romanie, de Lord et de Lady Ruthwen, de M. Gropius, consul d'Autriche, et de son épouse, de M. Lusieri, peintre italien, enfin, de plusieurs dames grecques, qui en faisaient l'ornement, entre lesquelles je citerai les trois Consolines, qui ont inspiré la muse de Lord Byron, et Mlle Roques, la jeune personne la plus accomplie d'Athènes, pleine de grâce, de talens, et de modestie. Une de ces dames me permit de faire son portrait, occupation interrompue par la musique d'un mariage albanais, rapporté de façon fort pittoresque.
Au-dessus d'une de ses ravissantes lithographies en noir représentant une rue d'Athènes, Dupré reproduit en fac-similé exact, une lettre de Fauvel du 28 février 1832. Âgé de soixante-dix neuf ans et endetté, l'ancien consul est réfugié à Smyrne : “Rien de mon musée n'a pu être sauvé, cinquante-quatre caisses qui le contenaient ont été pillées, brûlées par ces Grecs dont vous raffolez encore à Paris. Ils ont constamment refusé de les laisser enlever à deux corvettes qu'envoya M. le comte de Rigny. Tout a été perdu.” (Annales de la Société libre des Beaux-Arts, 1832, t. II, p. 7) Les voyageurs manquent de périr en franchissant le détroit et abordent au château des Dardanelles où ils sont reçus par le consul anglais. L'un d'entre eux traverse à la nage le détroit d'Abydos, comme Léandre et Lord Byron. Il mit une heure et un quart à faire ce trajet. Dépassant ensuite l'île de Marmara, ils virent le 16 juin se lever majestueusement le soleil derrière les minarets de Sainte-Sophie... Comme du temps du Bas-Empire, deux grands fléaux caractérisent encore Constantinople, la révolte et les incendies ; ajoutez-y la peste et vous aurez une idée de cette capitale de l'Orient pendant presque toute l'année. Mais Constantinople a aussi ses magnificences et ses fêtes. Rien de plus beau qu'un grand nombre de ses édifices ; rien de plus vivant que ce canal qu'on voit souvent couvert d'une multitude de caïques, les plus jolies barques qui soient au monde et dont plusieurs sont toutes dorées. Deux jours après son départ de Constantinople, Dupré apprenait le massacre de ses hôtes, la noble famille des Duz-Oglou. A Bucarest, il fait le portrait du prince Michel Soutzo, lointain ancêtre du premier mari de l'amie de Proust. Il met trente-six jours ensuite pour se rendre de Constantinople à Cronstadt où il retrouve deux de ses compagnons de route, puis à Vienne où réside son protecteur. Mais la patrie me manquait, comme elle m'avait manqué en Grèce et sur les rives du Bosphore, et lorsqu'enfin, après avoir traversé Perugia, Spoletta et Terni, j'arrivai le 18 avril à Rome, je compris qu'un voyage me restait encore à faire, celui de Rome à Paris.
Colas 916 -- Lipperheide 1434 -- Blackmer 517 : "probably the most beautiful [book] ever produced on Greece and Turkey"




